Le Midi Libre - Culture - Quand Gibraltar ne séparait pas les hommes

Edition du 3 Octobre 2010



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Rhapsodie méditerranéenne, de Jean-Marie Lamblard
Quand Gibraltar ne séparait pas les hommes
3 Octobre 2010

La méditerranée, la Mare nostrum a toujours été à travers l’histoire un carrefour d’échanges entre les différents peuples, religions et cultures, même si souvent les confrontations n’ont pas manqué comme lors de l’épisode des Croisades

Jean- Marie Lamblard, docteur en ethnozoologie, écrivain, vient de publier chez les Nouvelles Éditions Loubatières « Rhapsodie méditerranéenne. Essais métissé », un livre qui raconte l’histoire de cette rencontre extraordinaire entre les diverses ethnies qui se sont côtoyées autour de cet immense bassin d’eau. C’est un défilé de peuples dont certains ont disparu : Ostrogoths, Vandales, Byzantins, Wisigoths, Etrusques, Francs, Maures, Berbères, Arabes, etc. Tel un spéléologue, l’auteur aborde son sujet par le biais du présent, en auscultant les réalités contemporaines avant de faire une plongée dans le passé lointain. Une famille immigrée agglomérée dans un HLM peut-elle perpétuer la pureté de la race quand bien même elle se serait conformée aux rites religieux ? Pas sûr que cela. Car comme le dit Lamblard, les peuples « s’assemblent et finissent parfois par se ressembler ». C’est une éternelle histoire qui recommence. On peut imaginer les nombreuses fois que les peuples ont eu à se soumettre au brassage, à se fusionner par le truchement de multiples croisements naturels ou forcés : esclaves, captives. Même si aujourd’hui, l’esclavage est à peu près banni, le commerce des prisonnières interdit, il n’en demeure pas moins que la servitude se recrée dans les milieux urbains et la prison se perpétue d’une manière ou d’une autre dans les systèmes sociopolitiques modernes iniques. L’auteur s’improvise conteur qui tente d’étancher la soif de savoir de l’auditoire qui s’est réuni autour de lui. Le ton est libre, de manière à marquer sa distance avec l’écrit universitaire, trop sobre pour être intrépide. La note d’historicité se perçoit à travers l’évocation d’une foultitude de personnages qui ont marqué de leur empreinte l’histoire des pays méditerranéens. Les deux rives sont revisitées, l’on ira en Andalousie à la rencontre de Sarrazins. L’auteur qui déjà a publié des livres sur les mythes et les contes s’intéressent à la part du fabuleux que recèle la culture méditerranéenne. Il déterrera ainsi la légende de la Chèvre d’or, qui au détour de la conquête musulmane de l’Espagne avait préservé la mémoire d’un trésor qu’Abd er-Rahman aurait caché dans une des grottes des Alpilles. Le chef sarrasin y aurait mis en place sûre « un monceau d’or et de pierreries », butin ramassé suite à une série de razzias qu’il aurait dirigées dans le sud de la France. On redécouvrira aussi le lyrisme des troubadours, et un Charles Marlel, « écraseur des Arabes » quelque peu écorné par la tonalité du récit qui ne lui accorde guère la prestance qu’on a coutume de lui prêter. C’est un voyage en fait qu’aucun obstacle ne peut arrêter, on traversera bien les Pyrénées et le détroit de Gibraltar avec Hannibal. Le livre de Jean- Marie Lamblard est un plaidoyer en faveur de la solidarité entre les peuples dans un contexte contemporain marqué par la xénophobie et le rejet de l’autre.
L.G.
Rhapsodie méditerranéenne. Essai métissé, de Jean-Marie Lamblard, Nouvelles Éditions Loubatières, Paris, 2010.

Par : LARBI GRAÏNE

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