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Edition du 29 Mai 2025



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Maroc
Une normalisation contestée par la société civile et des voix intellectuelles
29 Mai 2025

– Le Maroc fait face Ă  une contestation croissante sur la scène nationale, nourrie par le maintien et le renforcement de ses relations diplomatiques et militaires avec l’État d’IsraĂ«l.

Dans un contexte de guerre prolongĂ©e Ă  Ghaza et d’accusations internationales croissantes Ă  l’encontre de l’armĂ©e israĂ©lienne pour crimes de guerre, plusieurs voix marocaines dĂ©noncent une trahison flagrante des principes historiques de solidaritĂ© avec le peuple palestinien.

Une opposition populaire constante et massive

Depuis la signature des accords de normalisation entre le Maroc et IsraĂ«l en dĂ©cembre 2020, dans le cadre des « Accords d’Abraham » impulsĂ©s par l’administration amĂ©ricaine de Donald Trump, une large frange de la sociĂ©tĂ© marocaine n’a cessĂ© d’exprimer son rejet. Des manifestations rĂ©gulières, des pĂ©titions, des campagnes sur les rĂ©seaux sociaux et des appels d’intellectuels n’ont eu de cesse de rappeler que « la normalisation n’est pas faite en notre nom ».

Chaque semaine, dans plusieurs villes du pays, des milliers de Marocains descendent dans les rues, brandissant des drapeaux palestiniens et scandant des slogans dĂ©nonçant le « soutien honteux » du pouvoir marocain Ă  une entitĂ© accusĂ©e de colonisation, d’occupation militaire et de nettoyage ethnique. Ces protestations, bien que largement pacifiques, sont parfois encadrĂ©es ou dispersĂ©es par les forces de l’ordre, signe du malaise au sommet de l’État.

Des intellectuels et des militants montent au créneau

Dans une tribune largement relayĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux et les plateformes d’information indĂ©pendantes, le journaliste Ali Anouzla a publiĂ© un article cinglant intitulĂ© « Pas en notre nom, nous les Marocains ». Il y Ă©crit : « Le maintien des relations avec un rĂ©gime criminel, raciste et obsĂ©dĂ© par le meurtre est une insulte Ă  chaque Marocain libre. » Anouzla accuse le pouvoir marocain de ne plus se contenter de garder le silence sur les crimes de l’armĂ©e israĂ©lienne, mais d’avoir franchi une ligne rouge : celle de la complicitĂ© active.

Selon lui, « accueillir des responsables israĂ©liens, ouvrir les ports marocains Ă  des navires transportant des armes, et permettre Ă  des soldats sionistes de s’entraĂ®ner sur notre sol Ă  des techniques de guerre de tunnels – celles-lĂ  mĂŞmes utilisĂ©es pour tuer des Palestiniens – est un acte de collaboration militaire que rien ne peut justifier. »

Cette critique est partagĂ©e par Ali Badi, cadre du mouvement islamiste Justice et Bienfaisance, qui s’Ă©tonne de la prĂ©sence de la brigade Golani – tristement cĂ©lèbre pour son implication dans des opĂ©rations militaires brutales Ă  Gaza – lors de manoeuvres militaires internationales organisĂ©es au Maroc. Il questionne : « Quelle expertise les responsables marocains peuvent-ils espĂ©rer d’un bataillon accusĂ© de crimes de guerre ? Quel prix paie notre souverainetĂ© pour cette participation ? »

La complicité dénoncée sur le plan juridique

Au-delĂ  du symbole, certains observateurs commencent Ă  Ă©voquer les risques juridiques que fait courir cette collaboration. Le militant des droits humains Fouad Abd elmoumni met en garde contre les consĂ©quences d’une telle politique : « Le Maroc pourrait ĂŞtre exposĂ© Ă  des procĂ©dures internationales pour complicitĂ© ou incitation Ă  des crimes de guerre, voire Ă  des actes de gĂ©nocide. » Il rappelle que les conventions internationales interdisent tout appui direct ou indirect Ă  des armĂ©es ou rĂ©gimes accusĂ©s de crimes contre l’humanitĂ©. « Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement la morale, c’est aussi le droit », affirme-t-il.

L’État marocain dans une position ambivalente

Alors que les autoritĂ©s marocaines continuent d’affirmer leur attachement « historique et indĂ©fectible Ă  la cause palestinienne », leurs actes sont jugĂ©s incohĂ©rents. Le ministère des Affaires Ă©trangères se limite Ă  qualifier la guerre Ă  Gaza d’« affrontements » ou « d’attaques », et la rĂ©sistance palestinienne de « factions extrĂ©mistes ». Une rhĂ©torique qui, pour les dĂ©tracteurs, s’aligne sur les Ă©lĂ©ments de langage israĂ©liens et nie la rĂ©alitĂ© du conflit.

De plus, le rĂ©cent hommage rendu au commandant de la brigade israĂ©lienne lors d’une cĂ©rĂ©monie officielle Ă  Rabat a dĂ©clenchĂ© une nouvelle vague d’indignation. Le journaliste Omar AĂŻt Lektaib dĂ©nonce ce geste : « Comment notre pays peut-il honorer des individus que la communautĂ© internationale identifie comme criminels de guerre ? C’est une chute morale sans prĂ©cĂ©dent. »

Un clivage profond entre État et société

Ce divorce entre la position officielle du Royaume et celle de sa population rĂ©vèle un clivage inquiĂ©tant. Pour de nombreux observateurs, cette fracture n’est pas seulement idĂ©ologique, mais Ă©galement politique et identitaire. La cause palestinienne, au Maroc, dĂ©passe les clivages partisans.

Elle touche Ă  une mĂ©moire collective, Ă  une solidaritĂ© arabo-musulmane et Ă  une perception morale de la justice. « En s’alignant sur IsraĂ«l, le pouvoir marocain joue avec une ligne rouge historique. Il parie sur les bĂ©nĂ©fices gĂ©opolitiques d’une alliance stratĂ©gique, mais en paie le prix sur le plan national », explique un analyste politique de Casablanca sous couvert d’anonymat.

Vers un tournant ?

Ă€ mesure que les exactions israĂ©liennes se multiplient Ă  Ghaza, les voix dissidentes au Maroc se font plus nombreuses, plus audibles, et plus dĂ©terminĂ©es. La question aujourd’hui n’est plus seulement celle de la normalisation, mais celle d’une rupture de confiance entre un État et son peuple. Alors que la guerre continue de ravager la bande de Gaza, les Marocains, dans leur grande majoritĂ©, semblent clamer haut et fort : la Palestine, c’est notre combat – et aucune stratĂ©gie diplomatique ne pourra les en dĂ©tourner.

Par : HAMROUCHE MOUNIR

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