Le Midi Libre - Société - La protection des enfants sur la sellette
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Edition du 28 Juin 2011



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Mendicité, vols, prostitution...
La protection des enfants sur la sellette
5 Juin 2011

JournĂ©e mondiale de l’enfance... journĂ©e de l’espoir, une journĂ©e suffit-elle pour redonner le sourire de l’innocence et de l’insouciance aux enfants des rues alors que tous les jours devraient ĂȘtre leur fĂȘte. La mobilisation de tous est fondamentale pour que la rue ne soit plus jamais l’avenir de milliers d’enfants.

DĂšs que vous mettez un pied dehors, c‘est une forĂȘt de mains qui se tendent vers vous quĂ©mandant, qui une piĂšce, qui un quignon de pain, qui du lait pour un nourisson famĂ©lique... Les mendiants sont partout, ils envahissent les villes fuyant les campagnes et la prĂ©caritĂ© de la vie rurale ou simplement attirĂ©s par le leurre des lumiĂšres de la capitane. Qu‘est-ce que la mendicité ? « Un mendiant est une personne qui vit matĂ©riellement d‘aumĂŽne, de l‘argent ou de la nourriture donnĂ©s par charité », nous apprend-on. Cette dĂ©finition est bien rĂ©volue, laissant place Ă  un vĂ©ritable mĂ©tier basĂ© sur de nombreuses stratĂ©gies auxqueles des milliers de personnes ont de plus en plus recours pour se faire de l‘argent facile exploitant la "sensiblerie" des passants. Aujourd‘hui on en est arrivĂ© Ă  nous demander, parmi toute cette faune, qui est vĂ©ritablement nĂ©cessiteux et qui nous exploite sans vergogne.

L‘enfance sacrifiĂ©e sur l‘autel de la mendicitĂ©
Aujourd‘hui plusieurs villes du pays, pour ne pas dire la totalitĂ©, sont en proie au phĂ©nomĂšne de la mendicitĂ©, les rues sont devenues leur fief incontestĂ©. Les plus dĂ©brouillards, donc les plus forts, accaparent les lieux trĂšs frĂ©quentĂ©s Ă  l‘instar des gares routiĂšres et proximitĂ© de grands commerces oĂč ils finissent par faire partie intĂ©grante d‘un dĂ©cor plantĂ©. La mendicitĂ© est un fait qui ne peut ĂȘtre, en lui-mĂȘme, condamnable ou condamnĂ©, du moins pour ceux qui y ont recours en dĂ©sespoir de cause, mais lĂ  oĂč on est rĂ©voltĂ© et oĂč cela devient inadmissible, c‘est quand on y implique des enfants. La rĂ©alitĂ© nous oblige pourtant Ă  dire que la mendicitĂ© est incontestablement devenue une nouvelle forme d‘esclavagisme du moment que le choix n‘est, Ă  aucun moment, laissĂ© Ă  l‘enfant.
La misĂšre, le chĂŽmage, la violence conjugale et les divorces sont les principaux facteurs, poussant les enfants vers la rue et donc Ă  la mendicitĂ©. Mais il y a des « gĂ©niteurs » qui mettent en avant leurs enfants. Ces parents indignes sont de plus en plus nombreux, la sonnette d‘alarme est tirĂ©e et il est plus que temps de mettre un terme Ă  l‘exploitation de ces ĂȘtres vulnĂ©rables et sans dĂ©fense. Justifier la mendicitĂ© des enfants, c‘est oublier qu‘ils sont instrumentalisĂ©s et soumis Ă  la violence quotidienne d‘une rue soumise Ă  tous les vices et qui les expose Ă  un supplice moral et corporel ; sans oublier que cette exploitation dont font l‘objet les enfants issus de milieux dĂ©favorisĂ©s fait que la dĂ©linquance des mineurs est en nette augmentation.

Les droits de l‘enfant... juste sur papier
Une vision des droits de l‘Enfant est vĂ©hiculĂ©e par la Convention internationale des droits de l‘Enfant du 20 novembre 1989. Elle met en avant les droits fondamentaux dont tout enfant doit jouir, tout comme elle oblige les Ă©tats signataires Ă  prendre des dispositions afin de rendre effectives les rĂšgles fixĂ©es par le texte. Des États ont ƓuvrĂ© afin que leurs lĂ©gislations s‘adaptent Ă  la Convention. L‘AlgĂ©rie a ratifiĂ© cette convention le 19 dĂ©cembre 1992 et elle est entrĂ© en vigueur le 16 mai 1993 ainsi, comme tout Ă©tat signataire, et pour une modernitĂ© sociale digne d‘une RĂ©publique dĂ©mocratique et populaire. L‘AlgĂ©rie a mis en Ɠuvre plusieurs projets de loi pour la protection de l‘enfance mais qui sont restĂ©s inefficaces. Elle s‘est fixĂ©e une nouvelle mission Ă  travers un nouveau projet Ă©laborĂ© par le ministre de la SolidaritĂ© nationale et de la Famille, SaĂŻd Barkat, en dĂ©cembre 2010. Le texte de loi en question a pour objectif de lutter contre les rĂ©seaux de mendicitĂ© qui vont jusqu‘Ă  exploiter des bĂ©bĂ©s et des personnes handicapĂ©es en guise de leurre pour toucher la sensibilitĂ© des gens. La rĂ©alitĂ© nous oblige malheureusement Ă  confirmer que ce texte de loi a prouvĂ©, comme les prĂ©cĂ©dents, son incapacitĂ© Ă  mettre fin au supplice d‘enfants qui ne sont mĂȘme pas en Ăąge de choisir. La vision de la mendicitĂ© vĂ©hiculĂ© et alimentĂ©e par les faux mendiants et les diffĂ©rents rĂ©seaux qui ne cessent de prendre de l‘ampleur condamne les personnes qui ont vĂ©ritablement besoin d‘aumĂŽne pour vivre.

Un air de banjo contre quelques dinars
Qui ne connaĂźt pas l‘homme au banjo, dont la mĂ©lodie mĂ©lancolique attire les personnes passant par le passage souterrain de la place Audin. Cet homme, aveugle, offre ces mĂ©lodies jouĂ©es sur son banjo pour pouvoir survivre. Il ne tend pas la main, il se contente de jouer sans interruption, plongĂ© dans son monde et loin des vicissitudes de son triste quotidien. Les rares personnes qui ne le connaissent pas, attirĂ©es par les sons mĂ©lodieux s‘Ă©chappant du passage, ne peuvent s‘empĂȘcher de s‘y engouffrer pour dĂ©couvrir le musicien Ă  l‘origine de ces notes Ă©mouvantes traduisant Ă  la fois gĂ©nie et souffrances. Ce vieillard mĂ©rite, ĂŽ combien les quelques piĂšces dĂ©posĂ©es dans la sebile posĂ©e devant son siĂšge. Ainsi de vrais nĂ©cessiteux tentent de mĂ©riter les piĂšces offertes, Ă  l‘instar de la jeune femme au niveau de la rue Didouche-Mourad qui au lieu de tendre la main proposent aux passants de croquer leurs portraits ou effectuer des portraits au fusain Ă  partir de photos.

Nacéra, une mÚre courage
Nous sommes allĂ©s Ă  la rencontre d‘une jeune mendiante accompagnĂ©e de ses quatre enfants. Elle nous explique qu‘elle s‘est trouvĂ©e dans la nĂ©cessitĂ© de tendre la main pour subvenir aux besoins de ses enfants. La prĂ©nommĂ©e NacĂ©ra a Ă©tĂ© abandonnĂ© par un premier mari qui n‘a pas eu de mal Ă  s‘en « dĂ©barrasser » vu que leur mariage n‘Ă©tait que religieux « sans acte »- Une pratique qui perdure malgrĂ© les innombrables dĂ©gĂąts qu‘elle cause - alors qu‘elle Ă©tait enceinte d‘un garçon qui a aujourd‘hui six ans et qui n‘est toujours pas reconnu par son pĂšre. Elle s‘est estimĂ© heureuse de trouver un homme qui prĂȘt Ă  Ă©pouser une divorcĂ©e mĂšre d‘un enfant non reconnu, elle se retrouve rejetĂ©e par sa belle-famille. Aujourd‘hui elle est mĂšre de trois enfants et son mari est sans travail. La dure rĂ©alitĂ© l‘a obligĂ© Ă  mendier en passant par Chlef -la ville natale de son mari - BousĂąada pour atterrir dans la capitale dans l‘espoir que sa dĂ©tresse trouve enfin une oreille attentive.
Depuis son arrivĂ©e dans la capitale elle ne cesse de frapper aux portes des associations pour la protection des femmes et des enfants. Elle n‘a pas hĂ©sitĂ© Ă  se prĂ©senter au ministĂšre de la SolidaritĂ©, mais nous dit-elle avec amertume « qui peut Ă©couter une mendiante avec quatre enfants Ă  charge et un mari pratiquement absent. Qu‘est ce qui prouve que je ne joue pas la comĂ©die comme bon nombre de mendiantes ». En dĂ©pit de toute cette misĂšre, elle ne veur pas baisser les bras et affiche un courage sans faille. « Je dois me battre pour mes enfants, pour leur permettre de connaĂźtre un sort meilleur que le mien. Je ne demande qu‘Ă  avoir un toit dĂ©cent et sauver mes enfants de la rue, que mon mari puisse avoir du travail » plaide-t-elle. Cette mĂšre est certes confrontĂ©e Ă  un quotidien pĂ©nible mais pas autant que les jeunes enfants qui l‘accompagnent et dont le plus jeune n‘est ĂągĂ© que de sept mois. Une implication gĂ©nĂ©rale pourrait ĂȘtre la solution pour mettre fin Ă  la dĂ©tresse et dĂ©chĂ©ance que connaissent des milliers d‘enfants.

NĂ©cessitĂ© de l‘implication de la sociĂ©tĂ© civile
Une coordination entre les institutions de l‘État et la sociĂ©tĂ© civile est fondamentale et urgente pour arriver Ă  des rĂ©sultats concrets. Il n‘est plus question de parler uniquement de la criminalisation de l‘exploitation des enfant mais d‘agir et rapidement afin de mettre fin Ă  leurs tourments et leur offrir l‘opportunitĂ© d‘accĂšs Ă  une Ă©ducation et pouvoir jouir de leurs droits lĂ©gitimes. Voir des enfants ou des personnes handicapĂ©es mendier ne doit plus ĂȘtre perçu comme une chose naturelle. Ce phĂ©nomĂšne ne doit plus jamais ĂȘtre alimentĂ© par la banalisation de cette pratique.

Mendicité, vols, prostitution... des chiffres qui font froid dans le dos
Il est Ă  rappeler qu‘il est difficile de rĂ©pondre avec exactitude quant au nombre exact des enfants qui vivent dans les rues vu qu‘il n‘existe pas d‘Ă©tude approfondie pour en recenser le nombre, mais on peut se rĂ©fĂ©rer Ă  celle rĂ©alisĂ©e en 2006 par la Fondation nationale de promotion de la santĂ© et du dĂ©veloppement de la recherche (Forem).
D‘aprĂšs les chiffres recensĂ©s par cette Ă©tude, jusqu‘en 2006, on a comptĂ© 20.000 enfants errant Ă  travers les rues de diffĂ©rentes villes d‘AlgĂ©rie, particuliĂšrement au nord du pays. Leur Ăąge est en moyenne entre 5 et 16 ans et les conflits familiaux et le bas niveau de vie, restent les principales causes de ce flĂ©eau. Une enquĂȘte nationale sur les enfants de la rue rĂ©alisĂ©e en 2006 par l‘Observatoire des droits de l‘enfant (ODE) dĂ©voile que « 61% de ces jeunes vivent de mendicitĂ©, 15% de vols et 2% de prostitution.» Cette enquĂȘte affirme que « Quelque 60% de ces enfants passent la nuit dans la rue ou dans les jardins publics Ă  travers l‘AlgĂ©rie, 29% sous des tentes ou dans des baraques de fortune et 6% squattent les gares routiĂšres », d‘aprĂšs la mĂȘme enquĂȘte «  63% des enfants disent regretter le foyer familial et 57% veulent aller dans un foyer de substitution ». Ces chiffres restent le rĂ©sultat d‘une enquĂȘte menĂ©s en 2006, et mĂȘme avec l‘absence d‘une enquĂȘte actuelle du nombre exact des enfants des rues en AlgĂ©rie, il n‘en demeure pas moins que ce phĂ©nomĂšne n‘arrĂȘte pas d‘augmenter. La rue doit cesser d‘ĂȘtre le foyer de nos enfants et des handicapĂ©s. Nous sommes tous interpellĂ©s, nul n‘a le droit de se prĂ©tendre non concernĂ©...

Par : Noura Kedjar

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