Les bains maures ont accueilli des gĂ©nĂ©rations des deux sexes et d’aucuns se remĂ©morent avec nostalgie ces belles annĂ©es. Les fiançailles, les demandes en mariage se nĂ©gociaient dans ces lieux de rencontre et la belle-mère choisissait sa future belle-fille parmi les jeunes filles qui accompagnaient leurs mamans.
Dans un passĂ© rĂ©cent, les familles prenaient plaisir Ă se rendre rĂ©gulièrement dans les bains maures implantĂ©s dans diffĂ©rents quartiers de la ville et c’Ă©tait l’endroit idĂ©al de la gent fĂ©minine qui saisissait cette opportunitĂ© pour s’adonner Ă des bavardages, des potins. Les fiançailles, les demandes en mariage se nĂ©gociaient dans ces lieux de rencontre et la belle-mère choisissait sa future belle-fille parmi les jeunes filles qui accompagnaient leurs mamans. A cette Ă©poque, les marieuses effectuaient des prospections pour dĂ©nicher l’oiseau rare qui devait possĂ©der des qualitĂ©s physiques et surtout morales.
Les bains maures ont accueilli des gĂ©nĂ©rations des deux sexes et d’aucuns se remĂ©morent avec nostalgie ces belles annĂ©es sachant que la fin d’après-midi Ă©tait rĂ©servĂ©e aux hommes. Ces derniers Ă©taient souvent accompagnĂ©s de leurs jeunes fils qui Ă©taient heureux d’accĂ©der Ă un statut de mâle puisque la sĂ©ance de bain dans " Bit skhoun "(la chambre chaude) Ă©tait empreinte de solennitĂ©. Les masseurs Ă©taient très apprĂ©ciĂ©s car leur travail permettait aux clients de bĂ©nĂ©ficier de soins approppriĂ©s qui soulageaient les muscles et toutes les parties du corps dans cette vĂ©ritable Ă©tuve oĂą il ne fallait pas trop s’y attarder car la sudation est intense. Les enfants Ă©taient pris en charge en prioritĂ© et ils sortaient " drapĂ©s de la fota et d’une grande serviette Ă©ponge " pour s’allonger sur des matelas dans une autre salle oĂą ils se reposaient et rĂ©cupĂ©raient. Leurs parents les rejoignaient ensuite et les aidaient Ă se rhabiller tout en dĂ©gustant ensemble un thĂ© Ă la menthe, " un khonejlène ", une boisson chaude et piquante Ă base d’Ă©pices et cannelle conseillĂ©e pour les refroidissements et les rhumes, que servaient un vieux monsieur qui les prĂ©parait sur place.
Des gĂ©nĂ©rations de futures mariĂ©es, accompagnĂ©es de leurs amies et voisines se rendaient, la veille des noces, au bain maure pour bĂ©nĂ©ficier d’une toilette spĂ©ciale car cette cĂ©rĂ©monie, riche en couleurs, Ă©tait accompagnĂ©e de chants, youyous et danses. Ces traditions s’estompent au fil des ans car une nouvelle culture s’est instaurĂ©e Ă la faveur de l’amĂ©lioration de la qualitĂ© de vie puisque les villas et appartements sont dotĂ©s dĂ©sormais de somptueuses salles de bains oĂą toutes les commoditĂ©s sont disponibles. Pour des raisons Ă©videntes, pratiques et Ă©conomiques entre autres, les maĂ®tres des lieux ne vont plus au bain maure et d’autres se rendent aux stations thermales de la rĂ©gion.
Quelques bains maures emblĂ©matiques ont cessĂ© leurs activitĂ©s au grand dam des habituĂ©s et dans ce contexte, nous citerons ceux de Tobba, Si Ali, Belaid implantĂ©s respectivement Ă Bab Souk et Ă la citĂ© 19 juin. Actuellement, il subsiste encore quelques rares bains maures qui drainent leur fidèle clientèle. Le charme d’antan est rompu, c’est la rançon du progrès!