Le Midi Libre - entretien - Quand les djnoun attaquent ! (2e partie et fin)
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Edition du 23 Mai 2012



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Quand les djnoun attaquent ! (2e partie et fin)
23 Mai 2012

El Hadi, 58 ans, est abordé par trois hommes qui lui apprennent que sa villa est hantée par des Djinns malfaisants et qu’il se doit de l’en débarrasser avec une roqia.

Dès qu’El Hadi fut rentré chez lui, son épouse lui demanda :
-Qui sont les gens avec qui tu parlais ?
- Bof… juste des passants.
- Mais des passants qui m’avaient eu l’air bizarre. De la fenêtre de la cuisine, j’ai vu l’un d’entre eux se mettre à genoux et un autre se tenir la tête en grimaçant…Ils sont cinglés, non ?
- Non, ils ne sont pas cinglés. Ce sont des cheikhs. Ils ont découvert que notre maison est «meskouna» (hantée).
A ce moment le père d’El Hadi, le vieux Bachir âgé de plus de 80 ans, apparut à l’autre bout du couloir pour ajouter son grain de sel.
- Ah !oui, j’ai toujours pensé que cette maison n’était pas normale. J’ai beau manger je ne suis jamais rassasié ; j’ai beau boire je ne suis jamais désaltéré ; j’ai beau me reposer je ne suis jamais en forme. Comme si le bénéfice de tout ce que j’entreprends est détourné par une force maléfique, invisible.
La mère d’El Hadi intervint à son tour :
- Oh ! Toi, tu as perdu la tête et tu veux la faire perdre aux autres. Allez, laisse ton fils tranquille.
El Hadi se gratta la tête et répondit sur un ton méditatif :
- Oh ! maman, je te jure que ce que mon père dit est très sensé. Regarde mon fils … que lui manque-t-il ? Il a tout pour réussir mais il fait tout de travers et il est de plus en plus insupportable. Ces trois passants que je trouve très sages ne l’ont jamais vu et ils pensent à juste titre qu’il est le chemin par lequel les créatures qui se sont installées chez nous ont décidé d’entamer l’accomplissement de leurs sinistres desseins.
Et le vieux patriarche d’ajouter :
-Hum…j’ai toujours pensé que ce gamin était le jouet de quelque force maléfique.
Il faut ramener un raqi, mon fils. C’est ton père qui te le dit.
Quelques heures plus tard, Zoheir, le fils d’El Hadi rentra. Il empestait l’alcool et il pouvait à peine tenir debout. Le vieux Bachir regarda alors son fils et lui chuchota :
- Ne te mets pas en colère El Hadi…Ton fils est innocent… il n’est pas maître de ses gestes… Ce sont ceux qui habitent avec nous qui ont fait ce qu’il est devenu…Tu dois ramener un raqi, si tu veux le sauver et sauver ta famille.
Le lendemain, dès l0h du matin, El Hadi alla s’installer devant sa villa dans l’espoir de revoir passer les trois hommes. Il connaissait beaucoup de gens versés dans l’art de la roqia mais il ne voulait pas ramener des chouyoukhs de son voisinage parce que cela pourrait avoir des répercussions négatives sur sa famille et ses filles notamment. Qui voudrait épouser des filles habitant dans une maison hantée ? s’était-il demandé. Soudain, il sentit son cœur rebondir dans sa poitrine : les trois hommes venaient de réapparaitre au loin : Un vrai miracle. Cette fois, dès qu’ils furent arrivés à son niveau, il ouvrit le portail de sa villa et les invita à y entrer :
- Venez, venez, soyez les bienvenus…
Le brun le regarda alors avec solennité et lui dit :
- Je vois que tu as réalisé à quel point nous avions raison.
- Oui, oui, mon fils est rentré ivre, hier…
- Hum …Je te l’avais dit…Les djnouns ont décidé de passer à une vitesse supérieure. Il faut faire très vite avant que ne soit commis l’irréparable.
Les trois hommes entrèrent. Comme l’homme très brun tenait un quelque chose de la taille d’un bidon d’huile contenu dans un sachet noir, El Hadi voulut l’en soulager mais celui-ci refusa de le lui donner.
- Non, merci…je ne me sépare jamais de ce sachet.
A peine les trois hommes se furent-ils installés au salon que le père d’El Hadi apparut.
Les trois hommes le regardèrent avec contrariété puis le brun chuchota au maître des lieux.
- C’est ton père ?
- Oui.
- Il ne faut pas qu’il reste… Cela peut-être dangereux pour lui…
Le vieil homme, qui avait une ouïe très fine pour son âge, répliqua :
- Ah ! Si c’est dangereux, je m’en vais ! Allah Iaawankoum !
Les trois hommes se mirent alors à réciter en chœur des versets du Coran.
Après dix minutes environ, ils se turent et demeurèrent silencieux un bon moment.
Puis le brun se tourna vers ses deux amis :
- Personne n’a sur lui un objet en or ?
- Si…si, lui répondit l’un d’eux en enlevant une petite chaine en or qu’il portait autour du cou.
Comme El Hadi les regardait avec incompréhension, l’homme brun lui expliqua :
- Ces créatures qu’il est préférable de ne pas nommer, affectionnent l’or qui les attire comme la lumière attire les papillons…
- Ah ! je ne le savais pas…
- Mais tu sais que notre religieux interdit aux hommes de porter des bijoux et des vêtements en soie ?
- Oui, bien sûr…
- A la bonne heure ! C’est parce que les Dj…euh…je veux dire ceux qu’il est préférable de ne pas nommer, se retrouvent toujours dans l’entourage immédiat de celui qui les porte.
- Ah ! Maintenant je comprends….
- Comme je n’arrive pas à localiser ceux qui sont ici, je me suis dit qu’avec un bijou en or, nous arriverons à les débusquer.
- Ah !Maintenant, je comprends…mieux encore…Et vous pensez qu’une chaine en or suffira ?
- Je ne sais pas…Nous allons voir.
L’homme brun déposa son sachet sur la table basse qui se trouvait près d’eux, y fourra la chaine en or de son ami et tous les trois se remirent à réciter des versets du Coran. Après trois minutes environ l’homme brun regarda ses amis et leur dit :
- Ah ! Non….je crois qu’il nous faut plus d’or…Nous reviendrons demain.
El Hadi intervint alors :
- Si vous avez besoin plus d’or, il n’y a pas de problèmes…Je vais vous en chercher.
Il se rendit dans sa chambre et ramena le petit coffret en bois contentant tous les bijoux de sa femme, soit l’équivalent de 50 millions de centimes.
L’homme brun prit tout l’or et le fourra dans le sachet se trouvant sur la table basse puis avec ses deux amis, récitèrent encore des versets du Coran pendant quinze minutes. Après quoi, le brun émit un long soupir de lassitude.
- Ouf… Ils sont en train de venir… ils sont en train de venir.
- Je les vois, lui répondit un des deux hommes.
- Moi aussi, ajouta le troisième.
- Maintenant, poursuivit le brun en humidifiant ses lèvres avec sa langue, j’ai besoin d’une bouteille d’eau.
- Je vais en chercher une.
El-Hadi tendit la bouteille d’eau à l’homme brun et celui-ci la but entièrement. Un des autres hommes chuchota au père de famille :
- Elma aman ! ( l’eau c’est le salut). Il boit toute cette eau pour se prémunir contre l’attaque de ceux qui ont élu domicile chez toi.
- Ah ! Maintenant, j’ai tout compris …
Après avoir récité le Coran pendant une autre demi-heure, le brun leva enfin les bras au ciel et s’écria !
- Ah ! ça y est ! ça y est ! Mon frère ! Ils sont partis ! ce soir, tu verras que ton fils retrouvera le droit chemin !
- Oh ! Merci ! Merci ! Combien, je vous dois ?
- Oh ! Non, pas d’argent ! Nous voulons juste que tu souhaites le paradis à nos parents…
- Yerham waldikoum ! Yerham waldikoum ! Yerham waldikoum.
- Ah ! fit l’homme brun. Une dernière chose… Ne remets ces bijoux à leur place que dans un quart-d’heure… Ne me demande pas pourquoi parce que ce serait très long à expliquer.
- Il n’y a pas de problème, mes frères, merci mes frères.
Après le départ des trois hommes, l’épouse d’El-Hadi entra au salon.
- Ça y est ! Ils sont partis ?
- Oui, et les Djnoun aussi ! Notre maison, ya m’ra, n’est plus hantée.
- Ah ! Mais je vois qu’ils ont oublié leur sachet.
- Non… ils n’ont rien oublié. Ce sont tes bijoux qui se trouvent dans ce sachet.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? Mes bijoux sont dans ce sachet ?
L’épouse de 50 ans se précipita sur le sachet, l’ouvrit et y trouva… un kilo de dattes !
El Hadi se gratta alors la tête :
- Mais où sont passés les bijoux !
- Tes hommes saints les ont pris, idiot !
Il en avait fallu du temps à El-Hadi pour réaliser qu’il avait eu affaire à trois escrocs !
Il déposa plainte contre eux et au bout de quelques jours on lui annonça leur arrestation. Et c’est au tribunal de Koléa, tout récemment, qu’il a appris que l’homme très brun était en fait un Soudanais versé dans l’art d’escroquer les naïfs par le biais du Saint Coran.
Seul le Soudanais a été arrêté.
Trois ans de prison ferme ont été requis contre lui, ainsi qu’une amende 20 millions de centimes, assortis d’une expulsion du territoire national où il est entré de manière illégale.
(fin)

Par : kamel Aziouali

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