Le Midi Libre - Culture - Le calvaire des Palestiniens au Canada

Edition du 18 Décembre 2010



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Le film « Les Invités » de Taghrid Sâada
Le calvaire des Palestiniens au Canada
18 Décembre 2010

8.000 Palestiniens environ vivent au Canada où ils se sont exilés pour s’extraire aux dures conditions de vie des camps de réfugiés du Liban, de Palestine et de Syrie, mais en changeant de pays leur calvaire s’est aggravé encore plus.

C’est cette triste réalité que s’est attaché à décrire Ed-Dhoyouf (Les invités) le film-documentaire de la journaliste et réalisatrice palestinienne Taghrid Sâada, qui a été projeté dans la soirée de lundi à la salle El Mougar d’Alger. Le film de 45 minutes s’appuie sur une série d’interviews de personnalités canadiennes et de réfugiés palestiniens installés dans ce pays d’Amérique du Nord. Certains Palestiniens et Arabes ont refusé de témoigner par peur des représailles de la part des autorités canadiennes, a soutenu la réalisatrice, qui a animé un débat à la fin de la projection. Au fil des témoignages de mères de famille et des jeunes, il apparait clairement que la communauté palestinienne immigrée est victime d’une discrimination flagrante de la part du gouvernement canadien. Ses membres se voient refuser passeports et documents officiels. Toute demande de nationalité leur étant refusée, ils se trouvent dans l’impossibilité de voyager et de se déplacer. Comme l’a dit Taghrid Sâada « les réfugiés Palestiniens ne sont pas les bienvenus au Canada », eux qui croyaient qu’ils allaient être accueillis dans un pays démocratique vont se retrouver dans cette position d’ « invités indésirables ». Particulièrement poignant a été le témoignage de cette dame arrivée en 1994 au Canada avec ses deux enfants âgés de 4 et 7 ans et dont le mari n’a pu la rejoindre qu’après une attente de 15 ans. « Que reste-t-il de mon mariage après 15 ans, les Palestiniens n’ont-ils pas le droit de vivre en famille ? » entend-on la dame s’interroger. Et celle-ci de poursuivre « ma famille a été détruite à l’ambassade du Canada à Paris où se trouvait mon mari, la responsable a dit à l’avocat chargé de la défense de mon mari " mais est-ce que mon pays veut de ces gens-là " ». Le court-métrage a été réalisé, a indiqué Taghrid Sâada, pour faire le point de la situation des Arabes et surtout des Palestiniens en Amérique 10 ans après le 11 Septembre. Le documentaire dénonce du reste la duplicité dont font montre les autorités canadiennes qui d’une part, reconnaissent l’Organisation de libération de la Palestine comme le représentant légitime du peuple palestinien et de l’autre maltraitent ses ressortissants. Il y a un contraste saisissant entre les relations officielles liant les deux pays, on voit Yasser Arafat ou Mahmoud Abbas accueillis en grande pompe et des Palestiniens auxquels on refuse la qualité d’être humain. D’après la réalisatrice l’inflexion de la politique d’immigration remonte aux accords d’Oslo. Elle a estimé en outre que le lobby juif est puissant au Canada, en notant l’excellence des relations existant entre Israël et le Canada lors même que les Palestiniens sont perçus comme des terroristes. En somme « la situation des Palestiniens au Canada est pire que celle de leurs homologues aux Etats- Unis » a estimé Taghrid Sâada. Réalisatrice de plusieurs documentaires, Taghrid Sâada a produit son dernier court-métrage sur ses fonds propres. Elle n’a pu traduire en arabe ou en français les dialogues réalisés en anglais faute de moyens, a-t-elle expliqué. Actuellement elle planche sur un nouveau documentaire intitulé Al Nassera qui traite de l’histoire de la culture palestinienne depuis le mandat britannique jusqu’à aujourd’hui. Ce film, qui s’annonce important, se focalise sur la ville arabe d’Al Nassera dans les territoires occupés, le récit prend comme point de départ le parcours littéraire et poétique de l’écrivaine et dramaturge palestinienne Nadjoua Kaâwar native de cette ville. Rappelons que Taghrid Sâada a participé à plusieurs festivals internationaux, elle a obtenu plusieurs distinctions, dont le prix du meilleur film-documentaire à Hollywood, aux Etats-Unis et du prix du public au Festival de la Nouvelle-Orléans en 2009.

Par : LARBI GRAÏNE

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