Le Midi Libre - Supplément Économie - Lorsque le consommateur reste sur sa faim

Edition du 7 Avril 2010



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Les prix flambent et les explications sont multiples
Lorsque le consommateur reste sur sa faim
5 Avril 2010

La tendance haussière du taux d’inflation inquiète et les ménages et les pouvoirs publics. Les uns comme les autres sont sérieusement pénalisés par cette situation qui demeure difficilement maîtrisable. La mercuriale est loin d’amorcer sa courbe descendante. Bien au contraire, elle s’affole depuis des mois, rendant le principe de l’offre et de la demande obsolète.

Le pire est que certains produits agricoles de saison demeurent inaccessibles pour les bourses moyennes qui doivent également acheter le sucre à 90 dinars le kilo.
La facture est salée et le consommateur est contraint de faire le tri et de se contenter de l’essentiel.

La barre critique des 5%
Le rythme d’inflation ne fléchit toujours pas. Le premier trimestre 2010 est pratiquement identique à l’année 2009, malgré les prévisions, pour le moins optimistes et rassurantes, du ministre des Finances de ramener le taux à 3,5%.
Mais la réalité est tout autre, l’inflation se situe toujours au-dessus des 5%.
Et pour être plus précis, l’Office national des statistiques a rendu ses derniers chiffres pour le mois de février où l’inflation s’est élevée à plus 5,5%.
A titre comparatif, l’indice des prix à la consommation a connu une variation de 4,2% durant le mois de février 2010, soit une hausse plus importante que celle relevée le même mois de 2009 (+1,5%).
Cette évolution, qui intervient après une baisse relevée en janvier dernier (-0,8%), est induite essentiellement par les prix des biens alimentaires qui ont augmenté de 5,7% par rapport au même mois de l’année écoulée, dont les produits agricoles frais (+4,5%) et les produits alimentaires (+6,8%).
Conclusion, les prix qui étaient déjà à la hausse ont augmenté sensiblement sur les marchés.
Plus grave encore, ce sont les produits de saison qui étaient touchés, comme les agrumes cette année devenus hors de portée avec des prix oscillants entre 130 et 160 dinars pour l’orange.
Autre exemple, l’oignon qui est affiché à 100 dinars le kilo dans certains marchés de la capitale. Et l’ONS le fait ressortir dans son rapport qui parle d’une hausse de 42% pour les fruits ou encore les viandes de bœuf avec plus 15%, les poissons frais plus 11%.
En gros, selon la même source, tous les «produits de consommation du panier», représentatifs de la consommation des ménages, ont enregistré des hausses. 
Lorsque la spéculation est l’unique explication
Difficile d’expliquer cette hausse et même les spécialistes les plus érudits seraient incapables de définir avec exactitude les principes qui régissent le marché algérien, déconnecté, faut-il le préciser, des règles universelles.
Car rien ne justifie une telle frénésie qui touche les produits de base.
L’exemple des prix du sucre est très illustratif de cette situation de non loi.
La hausse a été justifiée par les cours sur les marchés internationaux qui ont connu une flambée en raison d’une forte demande et la baisse de la production.
Une hausse qui n’était pas sans conséquences sur le marché local, puisque le prix du kilo du sucre a augmenté de presque 40%.
D’aucuns estiment qu’on ne peut rien devant la loi de l’offre et de la demande.
Mais le hic est que sur ces mêmes marchés mondiaux, le prix de la tonne du sucre a diminué de quelque 20% sans que cette baisse ne soit ressentie par le consommateur.
De même pour les produits agricoles, comme la pomme de terre qui est cédée à 50 dinars dans certains marchés alors que la production est nettement supérieure cette année par rapport à 2009.
La datte est un autre exemple de ce dysfonctionnement.
Son prix dispendieux (entre 300 et 500 dinars le kilo) lui donne un goût amer.
Pourtant, l’Algérie a réalisé un record quantitatif et qualitatif qui la hisse à la 2e place mondiale avec 600 mille tonnes produites en 2009.
Et dans ce cas comme dans l’autre, c’est la spéculation qui est pointée du doit. Un refrain bien appris et répandu parmi les différents intervenants.
Car en l’absence de régulation du marché, les prix restent tributaires de ce phénomène devenu au fil des années l’unique explication à cette flambée des prix.

Subvention et contrôle des prix pour juguler l’inflation
Le pouvoir d’achat des citoyens qui s’effrite de plus en plus a été au centre d’une réunion du Conseil des ministres. Il s’agit de trouver les moyens adéquats pour y faire face et même des mesures à prendre en urgence pour tenter, un tant soit peu, de stabiliser les prix.
Dès lors, la lutte contre la hausse des prix est enclenchée et chapeautée par le ministère du Commerce.
Les négociants qui attendaient un relâchement du gouvernement dans sa politique de subvention de certains produits, au motif de liberté des prix, étaient plus que surpris lorsque le ministre du Commerce avait annoncé, au mois de février dernier, le rallongement de la liste de produits concernés par cette mesure.
«L’Algérie subventionnera quinze produits alimentaires de base et limitera leur prix pour tenter de contrôler l’inflation galopante», avait expliqué El-Hachemi Djaâboub.
Une telle décision n’est pas en contradiction avec l’actuelle loi sur la concurrence qui permet, en effet, à l’Etat d’intervenir et de fixer les prix de certains produits.
Des prix plafonds seront, ainsi, fixés pour les légumes secs, le sucre, le thé et le café, ainsi que pour d’autres produits dont les prix se sont envolés ces derniers mois.
Mais au vu de la hausse qui se généralise à tous les produits, signe que les différents intervenants ont l’intention de maintenir la barre très haut, le gouvernement, de son côté, a décidé d’aller plus loin en matière de législation.
Dans ce registre, le premier chantier lancé est la modification de la loi sur la concurrence qui sera complétée. Un groupe de travail planche depuis des semaines sur la question.
Selon les premières conclusions, l’Etat interviendra dans des situations de hausses de prix injustifiées pour garantir la régulation en fixant les marges bénéficiaires et les prix de tous les produits comme ceux de la filière et fruits légumes et prévenir aussi toute forme de monopole.
Un décret exécutif est également attendu qui donnera au ministère du Commerce la possibilité de fixer les marges de profits et les prix des produits en concertation avec les experts du Conseil de la concurrence qui sera installé prochainement.
Cette batterie de nouvelles procédures, si elles sont appliquées avec rigueur, seront à la fois salutaires aux bourses moyennes et permettront aussi d’instaurer pour une fois la transparence dans toute la chaîne, de la production à la commercialisation.
Tout le monde en convient, et même le ministre du Commerce l’a déclaré : «Certains négociants tournent le système et profitent de leur position de domination.»
Une sentence qui montre à quel point le gain rapide et parfois facile est le maître mot dans le circuit du commerce.
En attendant la mise en place de tout ce dispositif qui paraît dissuasif, le citoyen éprouve d’énormes difficultés financières à faire ses emplettes. Les explications que fournissent le détaillant, le grossiste ou les responsables des services concernés sur les raisons de cette flambée, jamais égalée auparavant, laissent, en tout cas, le consommateur sur sa faim.

R.E.H

Par : Ryad El Hadi

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