Le groupe algĂ©rien, Tinariwen, a remportĂ© le prix du meilleur nouvel album musical au monde pour Tassili, lors des 54es Grammy Awards aux Etats-Unis d’AmĂ©rique. Une prestigieuse rĂ©compense qui vient saluer le gĂ©nie musical de ce groupe. Comme quoi, cela ne changera jamais : la reconnaissance de nos artistes vient toujours d’ailleurs.
La catégorie "musique du monde" avait été précédemment divisée en catégories traditionnelles et contemporaines. Et le groupe algérien Tinariwen vient de signer une note historique en rempotant ce prix.
Tinariwen , du tamasheq, « Les dĂ©serts », pluriel de TĂ©nĂ©rĂ©) est un groupe de musique, originaire de Tessalit, dans l’Adrar des Ifoghas.
Leur musique, assouf, qui signifie en tamasheq la solitude, la nostalgie, fait la synthèse entre le blues, le rock et la musique traditionnelle touarègue. C’est ce que l’on peut appeler le blues touareg, car comme le blues, il a Ă©tĂ© créé dans l’exil et la souffrance. Les deux leaders du groupe sont Ibrahim ag Alhabib
«Abraybone» et Alhousseini ag Abdoulahi «Abdallah», mais il faut considĂ©rer Tinariwen comme une grande famille d’artistes touaregs, un mouvement culturel et un courant musical. Les Tinariwen ne constituent pas une formation figĂ©e, les artistes y participent Ă leur guise. Certains, comme Mohamed ag Itlal dit "Japonais", contribuent Ă l’aventure grâce Ă leurs compositions, mais ne souhaitent pas venir faire les tournĂ©es mondiales.
Créé officiellement en 1982, lors d’un festival Ă Alger, par Ibrahim ag Alhabib, Alhassan ag Touhami et feu Intayaden, Taghreft Tinariwen, qui signifie en tamasheq, «l’Ă©dification des pays», a jouĂ© un rĂ´le important pendant la rĂ©bellion touarègue des annĂ©es 1990, en diffusant des messages d’espoir et de rĂ©sistance Ă leurs compatriotes. Ă€ l’origine, les trois amis jouent sur une guitare acoustique qu’ils se partagent, avant de rencontrer un orchestre de musiciens touaregs, les voix du Hoggar qui chantent en arabe et qui offrent Ă Ibrahim sa première guitare Ă©lectrique. A Tamanrasset, ils donnent des concerts accompagnĂ©s de trois femmes. Après cette pĂ©riode d’exil en AlgĂ©rie, Ibrahim, Intayeden, Alhassan rencontrent Alhousseini ag Abdoulahi, Kedhou ag Ossad, Mohammed dit "Japonais" dans les camps d’entraĂ®nement en Libye. Le groupe s’agrandit de ses nouveaux membres. Lorsqu’Ă©clate la rĂ©bellion en 1990, ils rentrent au Mali les armes Ă la main et les guitares en bandoulière. Ils se retrouvent alors intĂ©grĂ©s au mouvement populaire de l’Azawad sous le commandement d’Iyad ag Ghali qui les aide Ă financer l’achat d’instruments de musique.
Avec la signature du Pacte national de 1992, et le retour de la paix, le groupe s’est consacrĂ© Ă la diffusion de la culture touarègue grâce Ă leur musique et Ă des paroles Ă©voquant autant l’amour du dĂ©sert que les souffrances de leur peuple. Tinariwen joue alors dans des festivals au Mali et commence Ă se faire un nom. Ils enregistrent alors deux albums studio : le premier en 1992 Ă Abidjan et le second en 1993 Ă Bamako. Leur leader de 1993 Ă 1999 est Mohamed ag Ansar dit "Manny" qui est aujourd’hui le directeur du Festival au dĂ©sert. C’est Ă cette mĂŞme Ă©poque que des choristes intègrent le groupe, apportant une touche de fĂ©minitĂ© Ă ce groupe d’ex-rebelles, rappelant les tende, traditionnellement chantĂ©s lors des fĂŞtes, dans les campements, par les femmes rĂ©unies autour d’une soliste. Parmi elles, la regrettĂ©e Wounou wallet Oumar, sĹ“ur de l’actuelle chanteuse Mina wallet Oumar.
On compte de très nombreux morceaux à leur actif, enregistrés sur des cassettes qui ont circulé dans le Sahara pendant la rébelliontouarègue. En 1999, leur participation au Festival Toucouleur à Angers, sous le nom de Azawad, lance leur carrière en Europe.