Introduit au large public du petit écran par un second rôle dans la série «El Imtihan Assab» (la dure épreuve), Mustapha Laribi semble déterminé à maintenir sa présence parmi les meilleurs comédiens du petit comme du grand écran. A 39, il a fait ses preuves dans le théâtre, la télévision et le cinéma. Architecte de formation, il exerce actuellement la fonction de directeur commercial au Centre international de presse (CIP). Il est père de 3 enfants, une fille et deux garçons.
Le Midi Libre : C’est votre rĂ´le en tant que «Lemdjed» dans le feuilleton «El Imtihan Essaab» qui vous a introduit au public du petit Ă©cran algĂ©rien. Pouvez-vous nous parler de cette expĂ©rience ?
Mustapha Laribi : ce rĂ´le est venu après 15 ans de carrière. Je ne remercierai jamais assez Nazim (le rĂ©alisateur, ndlr) qui m’a offert cette opportunitĂ©.
Le grand public de la télévision algérienne vous a découvert pour la première fois dans le rôle du méchant. Avez-vu ressenti que les téléspectateurs vous auraient associé au personnage de Lemdjad ?
Non. Je n’ai jamais ressenti que le public a pu construire une image nĂ©gative de ma personne parce qu’il m’a dĂ©couvert la première fois dans le rĂ´le d’un mĂ©chant. Je crois que les tĂ©lĂ©spectateurs ressentent quand le comĂ©dien donne le meilleur de lui dans un rĂ´le. Quelle que soit la nature du rĂ´le interprĂ©tĂ©, lorsque le comĂ©dien s’implique et prend son rĂ´le au sĂ©rieux, les tĂ©lĂ©spectateurs le sentent et respectent ça. S’agissant du rĂ´le de Lemdjed, je pense que c’est le contraire de ce que vous dites qui est arrivĂ©. Les gens l’on beaucoup aimĂ©.
Quelle est la chose la plus difficile dans le métier de comédien ?
Ce qui est difficile c’est de sortir de soi pour rentrer dans la peau d’un personnage si diffĂ©rent de vous. Le comĂ©dien est dĂ©pourvu de tout sentiment pendant un long moment. Se vider complètement pour cĂ©der la place Ă un personnage qui rĂ©agit Ă des situations imaginaires n’est pas Ă©vident. C’est un travail qui exige beaucoup de concentration. Contrairement Ă ce que pensent beaucoup, la comĂ©die n’est pas une partie de plaisir. C’est un travail acharnĂ©, une sorte de double vie. On est plus soi-mĂŞme quand on tourne.
Les rôles que vous jouez ne déteignent pas sur votre propre personnalité ?
Parfois oui. Personnellement, je ne me rends pas compte. Les gens me disent parfois que je réagis comme Lemdjed ou comme Youcef.
Est-il est plus facile pour un comédien de jouer un rôle qui lui ressemble ?
Je suppose que oui. Les rĂ©actions et l’expression du comĂ©dien deviennent dans ce cas naturelles. Le comĂ©dien n’a pas besoin de faire des recherches ou de grands efforts pour interprĂ©ter un personnage qui lui ressemble.
Entre les deux personnages «Lemdjad» et Youssef», lequel des deux est le plus proche de la nature de Mustapha Laribi ?
Youcef me ressemble dans la bontĂ©. J’espère que cela ne va paraĂ®tre prĂ©tentieux de ma part ! Quant Ă Lemdjed, je crois que je lui ressemble dans la nervositĂ©.
N’avez-vous pas une prĂ©fĂ©rence pour l’un des deux rĂ´les ?
Non. Je me suis impliquĂ© et donnĂ© Ă fond dans les deux rĂ´les et tous les rĂ´les que j’ai interprĂ©tĂ©s au cours de ma carrière d’ailleurs. Je travaille avec beaucoup d’amour dans tout ce que je fais, c’est pour ça que je n’ai pas de prĂ©fĂ©rence.
Vous avez eu une expérience dans le cinéma avec votre participation dans le film de Belkacem Hadjadj El Manara. Parlez-nous de cette expérience.
C’Ă©tait une expĂ©rience bĂ©nĂ©fique sur tous les plans. Dans un premier plan, cela m’a permis de dĂ©couvrir rĂ©ellement le monde du cinĂ©ma qui est tout diffĂ©rent de celui de la tĂ©lĂ©vision et du théâtre. Dans un second plan, ĂŞtre encadrĂ© par Belkacem Hadjadj m’a Ă©tĂ© d’un grand apport. C’est un vĂ©ritable professionnel. Il donne beaucoup d’importance aux dĂ©tails : les accessoires, les costumes, les couleurs, … Belkacem Hadjadj m’a inculquĂ© des repères qui me serviront Ă vie dans ma carrière.
Je tiens Ă prĂ©ciser que «El Manara» n’est pas ma seule expĂ©rience dans le cinĂ©ma. Avant en 99, j’ai fais le film «Mon amie ma sĹ“ur» avec le rĂ©alisateur Mohamed Lebsir. L’histoire de ce long mĂ©trage raconte l’endurance de la femme algĂ©rienne au cours de la guerre de rĂ©volution. Il a Ă©tĂ© produit dans le cadre de l’annĂ©e de l’AlgĂ©rie en France.
Dans le feuilleton «Kouloub fi Siraa» (cœurs en conflit), certains aspects ont été abordés, notamment la jalousie et le matérialisme au sein du couple. Que pense Mustapha Laribi de ces deux problèmes ?
Ces deux problèmes sont parmi les plus dangereux pour la pĂ©rennitĂ© d’un couple. C’est pour cela qu’on a dĂ©cidĂ© de les exposer dans le feuilleton. Qui dit couple dit confiance. J’espère que le message est bien passĂ©, Ă travers ce travail.
Mustapha Laribi n’a-t-il pas ce genre de problèmes dans sa vie rĂ©elle ?
Pas du tout. Ma vie de couple est très harmonieuse. Avec mon Ă©pouse, il y a une grande entente et beaucoup de confiance. Je l’aime beaucoup et elle aussi. Donc, le problème de jalousie ne se pose pas. Celui du matĂ©rialisme non plus, bien entendu.
Vous avez des enfants ?
Oui. L’aĂ®nĂ©e est une fille. Elle a 7 ans. Si elle m’entendait dire qu’elle a 7 ans elle aurait insistĂ© d’ajouter «et demi». Donc voilĂ , pour lui faire plaisir, je prĂ©fère dire qu’elle a 7 ans et demi. Elle est Ă l’Ă©cole. Le cadet s’appelle Salim. Il est en classe prĂ©paratoire. Le dernier est venu au monde le mois dernier.
Comment vit Mustapha Laribi sa célébrité au sein de sa famille ?
Moi et ma femme, nous nous connaissons depuis 1998. Depuis, rien n’a changĂ©. Notre vie est restĂ©e la mĂŞme. Nos rapports aussi.
La cĂ©lĂ©britĂ© n’a-t-elle pas changĂ© le comportement de Mustapha Laribi ?
Je n’ai pas changĂ© sur le plan social tout comme sur le plan familial. Je suis restĂ© toujours le mĂŞme. J’avoue, toutefois, que la cĂ©lĂ©britĂ© me fait un peu peur. Je crains de sortir d’un seul coup Ă la lumière et que cette cĂ©lĂ©britĂ© «me monte Ă la tĂŞte». J’ai tellement peur de ça, que je fais excessivement attention Ă mon comportement et mes rĂ©actions. Je fais de mon mieux pour contrĂ´ler mes Ă©tats d’âme. MĂŞme quand je ne me sens pas bien, j’essaye de me montrer le plus aimable avec les gens de peur qu’ils pensent faussement que je les snobe.
Vous avez eu le Fennec d’or par rapport Ă votre rĂ´le de «Lemdjed». Attendez-vous d’ĂŞtre honorĂ© pour celui de Youssef ?
Je ne pense jamais Ă la rĂ©compense lorsque j’accepte ou travaille un rĂ´le. Mon seul souci est de bien accomplir ce que je fais. Au fait, c’est le message que vĂ©hiculent les rĂ´les qui m’importe le plus. J’ai cette chance d’exercer ce mĂ©tier de comĂ©dien qui permet de passer beaucoup de messages. De plus, l’image a un très grand impact. Je dirais mĂŞme qu’elle a un impact dangereux, surtout que l’AlgĂ©rien est connnu pour sa culture verbale.
Doit-on comprendre que vous ne vous ĂŞtes pas du tout attendu Ă dĂ©crocher le Fennec d’or pour le rĂ´le que vous avez assurĂ© dans de Lemdjad ?
Au cours du tournage, je n’y avais jamais pensĂ©. Une fois que le tournage terminĂ©, des gens de mon entourage estimaient que le rĂ´le mĂ©rite le Fennec. C’est seulement lorsque les gens l’Ă©voquaient que je pensais au Fennec. A ce propos, je salue l’initiative du Fennec d’or qui encourage beaucoup les jeunes. Si ce n’est pas encore parfait, c’est parce que c’est encore jeune.
Quels sont les projets de Mustapha Laribi ?
On a fini, il n’y a pas longtemps, un film avec Lamine Merbah. Un feuilleton intitulĂ© «Darna Lekdima» (notre vieille maison). C’est une histoire sociopolitique qui se passe au cours de la dĂ©cennie noire. On m’a attribuĂ© le rĂ´le d’un repenti contraint Ă affronter la sociĂ©tĂ©. J’ai aussi travaillĂ© sur une production algĂ©ro-syrienne. Il s’agit d’un feuilleton intitulĂ© «Indama tatamaradou el akhlak» (lorsque la morale se rebelle) qui rĂ©unit une Ă©quipe technique syrienne avec des comĂ©diens algĂ©riens. On a aussi un projet d’un long mĂ©trage sur la biographie de Aissat Idir avec un rĂ©alisateur jordanien. On m’a distribuĂ© dans le rĂ´le d’un mĂ©chant colon. C’est un rĂ´le qui requiert beaucoup de travail. Je dois travailler mon accent, apprendre Ă monter Ă cheval … J’espère que je serais Ă la hauteur du rĂ´le. L. B.