L’originalité de la pièce qui s’attaque avec humour aux grands thèmes classiques est l’incursion régulière de Haïder Benhoussine qui de la salle, en tenue d’aujourd’hui et livret en main, interpelle les interprètes et se mêle au spectacle avec un talent consommé.
La pièce du célèbre dramaturge russe Grigori Gorine (1940/2000) poursuit sa tournée à travers les villes d’Algérie. Adaptée à l’arabe par le jeune metteur en scène Haïder Benhoussine, elle est à découvrir cette semaine par le public algérois.
Montée dans le cadre d’ «Alger, capitale de la Culture arabe 2007», la générale a eu lieu le 28 décembre dernier à la maison de culture de Ouargla et, depuis, elle a connu un succès non démenti à travers nombre de villes du pays, notamment à Touggourt et Aïn-Témouchent.
Si la représentation de mercredi dernier au Théâtre Mahiedine Bachtarzi n’a pas rassemblé un public nombreux ,ce n’est certainement pas lié à la qualité du spectacle. En effet, durant 1h 45, les spectateurs ont découvert avec un intérêt ravi ce drame qui a lieu en 356 avant Jésus-Christ, dans la ville grecque d’Ephèse, la nuit même où est né Alexandre le Grand.
Un obscur jeune homme nommé Hérostrate brûle le temple de la déesse Artémis pour immortaliser son nom. Il est arrêté, torturé et condamné à mort. Plus : l’assemblée générale des Ioniens interdit que l’on prononce son nom pour des siècles. Paradoxalement, malgré cette loi que même le grand Alexandre n’a pu outrepasser, le nom d’Hérostrate a bel et bien connu la postérité. De ce fait divers antique, Grigori Gorine s’est saisi pour en faire, avec sa verve coutumière, un chef-d’œuvre du théâtre contemporain. Haïder Benhoussine, entourée d’une équipe de comédiens de différentes villes d’Algérie, présente de cette oeuvre une version des plus honorables. Cette première expérience du metteur en scène a été vivement appréciée par les spectateurs et la presse.
Dans un décor fait de colonnes de marbre et de marches immaculées, les acteurs drapés dans leurs costumes d’époque évoluent avec aisance. Le jeune Hérostrate (Mustapha Sofrani), très agité et emplissant littéralement la scène de ses contorsions et discours est en prison. Samia Meziane que le public connaît à travers ses apparitions à l’écran, campe Clémentine, une épouse de roi futile et narcissique. Le prince vieillissant et faible qui préfère supprimer les témoins de son déshonneur qu’éliminer son épouse est joué de manière crédible par Mohamed Laïd Kabouche. La prêtresse d’Artémis (Boukraâ Nouar), le sévère juge Cléon (Kilani Haroun), le geôlier pourri (Abdelhalim Zribie), se donnent la réplique dans une langue classique, mais accessible et avec beaucoup d’esprit. Une musique présente sans ostentation signée Hacène Lamamra rehausse la scénographie de Abdelhalim Rahmouni.
L’originalité de la pièce qui s’attaque avec humour aux grands thèmes classiques est l’incursion régulière de Haïder Benhoussine qui de la salle, en tenue d’aujourd’hui et livret en main, interpelle les interprètes et se mêle au spectacle avec un talent consommé.
Pleine de rebondissements, la pièce est à la fois tragique et allègre. Une jeune femme qui voudrait qu’Hérostrate ait commis le sacrilège pour ses beaux yeux, un vieux roi prêt à se renier pour la garder, un jeune homme au tempérament explosif, un juge irascible et implacable, des citoyens représentatifs d’une cité comme il y en a dans le monde entier. La troupe nous convie à une belle plongée dans le quatrième art le temps d’une soirée. Un début très prometteur pour Haïder Benhoussine.