Le Midi Libre - Culture - la «Magie d’un génie»
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Canal Algérie rend hommage, aujourd’hui, à El Hachemi Guerouabi
la «Magie d’un génie»
17 Juillet 2007

La jeune femme a retracé l’itinéraire artistique que son film cible. Appuyée par les proches et compagnons de l’artiste c’est à partir de la cérémonie du quarantième jour de son décès qu’elle a commencé sa quête.

La journaliste reporter Nassima Imloul en rêvait depuis plus d’une décennie. Elle a fini par réaliser la série documentaire, «Magie d’un génie», qui retracera la vie et l’œuvre du chanteur El-Hachemi Guerouabi (1938/2006), sur Canal Algérie à partir de ce soir.
La première des trois parties de la série documentaire qui dure 3 heures 20 minutes, est programmée ce soir à 22 heures et les deux autres passeront à la même heure dans les soirées de jeudi et dimanche. «Guerouabi reste unique pour moi, une lumière. Grâce au film j’ai pu exprimé mon admiration. J’aurais voulu faire ce portrait de son vivant, malheureusement cela n’a pas été possible. Je regrette amèrement de ne jamais l’avoir rencontré….» a déclaré l’auteure qui a déjà signé des portraits d’artistes pour Canal Algérie, notamment ceux de Kamel Messaoudi, Ahmed Oueniche et Rouiched.
«Le châabi, comme le roseau, peut tout affronter sans rompre »
Contactée par nos soins la jeune femme a retracé l’itinéraire artistique que son film cible. Appuyée par les proches et compagnons de l’artiste c’est à partir de la cérémonie du quarantième jour de son décès qu’elle a commencé sa quête. Ce qui explique que le film soit disponible pour ce premier anniversaire de la disparition de celui que tant de jeunes et vieux n’ont pas fini de pleurer. Lors de cette mémorable soirée du quarantième jour, Nassima Imloul a fait connaissance avec les neuf enfants du défunt et a pris langue avec ses compagnons et les membres de sa famille. C’est ainsi que commence une quête ardue sur les traces de l’étonnant artiste dont elle déclare être une fan inconditionnelle.
Fascinée, plus par son itinéraire artistique que par sa vie privée, elle multiplie les rencontres, les interviews et les repérages des lieux où l’artiste a vécu , travaillé et.. . souffert plus qu’à son tour. Né en 1938 au quartier de la Redoute, El-Hachemi Guerouabi grandit à Belcourt et vit plus tard au boulevard Mohamed V , au Télemly, puis en France. Comme le poète Djamel Amrani, Guerouabi est issu d’une famille originaire de Sour El-Ghozlane. Et comme ses maîtres, El-Hadj Mrizek et El-Anka, il apporte sa contribution personnelle à cet art citadin entre tous qu’est le châabi. Selon Nassima, il a allégé la musique châabi ce qui lui a valu pas mal d’inimitié dans le milieu des « puristes ». « Cela ne lui pas fait baisser les bras pour autant et avec sa phrase où il compare le châabi à un roseau résistant qui plie mais ne rompt pas, il a relevé tous les défis. Surtout à partir de sa rencontre avec Mahboub Safy Bati qui tel un maître tailleur lui composait des morceaux sur mesure.» ajoute son impénitente admiratrice.
Elle ne s’est pas contentée de puiser dans les archives de l’ENTV, elle a également collecté tous les documents sonores, écrits ou filmés que les proches et amis de l’artiste défunt ont en leur possession. «L’artiste lui-même regrettait de ne pouvoir chanter de longues pièces musicales sur les ondes de la télévision. Alors il le faisait à l’occasion des longues soirées musicales que les gens organisent pour célébrer les mariages. A cette occasion de longs morceaux de medh ont été chanté par El-Hachemi Guerouabi et conservées jalousement.» Le film recèle des images totalement inédites qui font découvrir différentes facettes de l’artiste, lors de rencontres familiales, anniversaires ou autres.
«Après l’idole, l’école»
Avec un cachet biographique marqué le documentaire retrace les trois grandes étapes de la vie du chanteur compositeur. D’abord, son enfance d’orphelin dans une famille modeste. Son engouement d’adolescent pour la musique. L’aide inespérée de Mahiedine Bachtarzi qui le remarque et le pousse sur scène aux côtés de Abderahmane Azziz. Ses premiers succès aux concours musicaux et ses attentes timides au mythique café Malakoff, lieu de rencontre des artistes du temps sont également narrés. Initié au châabi par les maîtres de ce temps, sa rencontre avec le légendaire Mahboub Bati a changé le cours de sa carrière ainsi que celle de beaucoup de jeunes artistes de cette époque.
La deuxième partie du film montre comment le chanteur devient une idole puis une école. Dans les années 70 les jeunes se disent hachmaoui, s’habillent et se coiffent comme lui. La parole est donnée à ses nombreux disciples .
La troisième partie et «la plus triste »selon l’auteure montre l’artiste qui arrivé à l’âge mûr est contraint de s’exiler en 1996, durant la décennie noire. Il est rattrapé par la maladie en 1999. Entre temps il continue à chanter sa terre natale et à représenter son art en Europe et en Amérique du Nord.
Nassima Imloul reconstitue la trajectoire artistique depuis les premières qacidates classiques de Ben M’sayeb, Bensehla et el-Maghraoui aux morceaux signés Mahboub Bati à ceux qu’il compose lui-même. « Touahecht el-Bahdja, Chouffou Massar, et Lahfi âla mamda » sont des pièces par lesquelles le chanteuir exprime sa nostalgie et sa tristesse pour son pays.
« Nassboulou echebka ou saydouh : Ils l’ont pêché dans leur filet
Fi qafç dyak taychouh : Ils l’ont jeté dans une cage étroite »
Ecrivait l’artiste dans un texte à la fois énigmatique et limpide.
Ce premier hommage réalisé par une jeune journaliste de Canal Algérie n’est pas sans nous rappeler, la belle pièce de Cheikh EL-Mekki Ben el-Korchi : «El-achik, Aouicha oual Herraz» que Guerrouabi a réellement popularisé et qui vient de faire l’objet d’une adaptation théâtrale par Fouzia Aît El-Hadj. Ainsi une année après sa mort, l’héritage artistique de El-Hadj El-Hachemi Guerouabi s’avère fécond.

Par : Joumana yassine

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