Le Midi Libre - evénement - L’AlgĂ©rie cĂ©lèbre l’Ă©tincelle de l’indĂ©pendance
Logo midi libre
Edition du 13 Décembre 2025



Le Mi-Dit

Caricature Sidou


Archives Archives

Contactez-nous Contacts




65 ans après le soulèvement du 11 décembre 1960
L’AlgĂ©rie cĂ©lèbre l’Ă©tincelle de l’indĂ©pendance
13 Décembre 2025

Ce jeudi, l’AlgĂ©rie marque solennellement le 65e anniversaire des manifestations massives du 11 dĂ©cembre 1960, un tournant dĂ©cisif dans la lutte anticoloniale qui a propulsĂ© la cause nationale sur la scène internationale.





Ces rassemblements pacifiques, nĂ©s d’un appel du Front de libĂ©ration nationale (FLN), ont incarnĂ© la cohĂ©sion inĂ©branlable du peuple algĂ©rien, son rejet viscĂ©ral de tout compromis et son aspiration farouche Ă  l’autodĂ©termination. Soixante-cinq ans plus tard, cet hĂ©ritage reste un phare pour une nation qui, nourrie d’un patriotisme ancestral, dĂ©fend jalousement son unitĂ©, sa souverainetĂ© et l’intĂ©gritĂ© de son territoire.

Un cri unanime contre la « troisième voie »
Tout commence dans le sillage d’une manifestation ultra en AlgĂ©rie française, le 9 dĂ©cembre 1960, Ă  AĂŻn TĂ©mouchent. Des colons antigaullistes, brandissant le slogan « AlgĂ©rie française », descendent dans la rue pour contester le projet de Charles de Gaulle. Ce dernier, lors de sa tournĂ©e algĂ©rienne, avait esquissĂ© une « Troisième Voie » : une « AlgĂ©rie algĂ©rienne » intĂ©grĂ©e Ă  la RĂ©publique française, une illusion de compromis qui masquait le maintien du joug colonial.
Face Ă  cette provocation, le FLN lance un appel Ă  la mobilisation : le lendemain, des cortèges pacifiques dĂ©ferlent Ă  AĂŻn TĂ©mouchent, puis embrasent les villes d’Alger, Oran, Constantine et bien au-delĂ . Des milliers d’AlgĂ©riens, tous âges et conditions confondus, dĂ©filent sous l’emblème national, scandant « Vive l’AlgĂ©rie musulmane ! » et « Non au partage de l’AlgĂ©rie ! », rĂ©affirmant leur ralliement total Ă  la Guerre de libĂ©ration et aux idĂ©aux du 1er Novembre 1954.
La rĂ©pression est fĂ©roce : l’armĂ©e française dĂ©ploie chars, canons et mitrailleuses contre une foule dĂ©sarmĂ©e. Des centaines d’arrestations suivent, avec des internements dans des camps inhumains. Les autoritĂ©s gaullistes admettront plus tard 120 morts, dont 112 AlgĂ©riens, et des centaines de blessĂ©s. Pourtant, ce bain de sang ne brise pas l’Ă©lan : au contraire, il galvanise la rĂ©sistance et expose au monde la brutalitĂ© coloniale.

Internationalisation d’une cause invincible
Ces Ă©vĂ©nements transcendent les frontières : ils forcent l’ONU Ă  s’emparer du dossier. Le 19 dĂ©cembre 1960, l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale adopte une rĂ©solution pionnière, appelant au respect du droit Ă  l’autodĂ©termination pour les peuples sous domination coloniale.
La dĂ©lĂ©gation algĂ©rienne, soutenue par le FLN seul reprĂ©sentant lĂ©gitime du peuple , gagne en lĂ©gitimitĂ©. De Gaulle, acculĂ© par cette marĂ©e populaire, abdique face Ă  la rĂ©alitĂ© : les nĂ©gociations avec le FLN s’imposent, pavant la voie aux accords d’Évian et Ă  l’indĂ©pendance de 1962.
« Ces manifestations portent en elles des valeurs hautement symboliques de fidĂ©litĂ© et de loyautĂ© envers la patrie », a rappelĂ© le prĂ©sident Abdelmadjid Tebboune lors d’une commĂ©moration antĂ©rieure. Elles constituent « la voix de la libertĂ© et de la dignitĂ©, un cri pour la justice face Ă  la tyrannie et Ă  l’hĂ©gĂ©monie coloniale », et incarnent « la cohĂ©sion du peuple algĂ©rien et son adhĂ©sion totale Ă  la glorieuse Guerre de libĂ©ration ».
Pour Tebboune, le peuple demeure « fier de son hĂ©ritage sacrĂ© pour la dĂ©fense de l’unitĂ© de la Nation, de la souverainetĂ© populaire et de l’intĂ©gritĂ© territoriale », fidèle « Ă  la terre des chouhada et Ă  leur message Ă©ternel ».

Un triomphe arrachĂ© Ă  l’oubli officiel
Le sociologue français Mathieu Rigouste, rĂ©alisateur du documentaire Un seul hĂ©ros : le peuple, offre un Ă©clairage prĂ©cieux sur cet Ă©pisode effacĂ© des annales gaullistes. « Ces manifestations ont rĂ©ussi Ă  bouleverser l’ordre colonial et permis d’arracher l’indĂ©pendance », affirme-t-il, notant que « les mĂ©thodes de guerre policière n’ont pas Ă©tĂ© empĂŞchĂ©es par l’État gaulliste, et mĂŞme avec cela, le peuple algĂ©rien a pu triompher ».
Ses recherches, menĂ©es sept ans durant dans les archives militaires, administratives et de la presse, ainsi que auprès de tĂ©moins indĂ©pendants, rĂ©vèlent un scandale : « Il s’est avĂ©rĂ© que les faits qui se rapportent Ă  ces manifestations ont tout simplement disparu de l’histoire officielle de l’État français. »
Aujourd’hui, Ă  Alger et dans les wilayas, des cĂ©rĂ©monies, expositions et dĂ©bats raviveront cette flamme.
Des veillĂ©es aux hommages aux martyrs, l’AlgĂ©rie rĂ©affirme que le 11 dĂ©cembre n’est pas qu’un souvenir : c’est un serment vivant.
Dans un monde oĂą les souverainetĂ©s sont encore mises Ă  l’Ă©preuve, ce 65e anniversaire rĂ©sonne comme un appel : la libertĂ© se conquiert dans la rue, unie et inflexible. Comme l’Ă©crivait Frantz Fanon, compagnon de lutte : « Le colonialisme n’est pas une machine pensante. » Face Ă  un peuple uni, il ploie. Et l’AlgĂ©rie, victorieuse, en est la preuve Ă©ternelle.

Par : Hamrouche Mounir

L'édition du jour
en PDF
Le Journal en PDF
Archives PDF

El Djadel en PDF
El-Djadel en PDF

Copyright © 2007 Midilibre. All rights reserved.Archives
Conception et réalisation Alstel