Le Midi Libre - Culture - Une moisson de 800 titres pour raviver
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Edition du 6 Novembre 2025



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L’ANEP, phare culturel au 28e SILA
Une moisson de 800 titres pour raviver
6 Novembre 2025

Au milieu du tourbillon crĂ©atif qui anime le 28e Salon international du livre d’Alger (Sila), l’Entreprise nationale de communication, d’Ă©dition et de publicitĂ© (Anep) se dresse comme un bastion inaltĂ©rable de la production intellectuelle nationale. InstallĂ© en plein cĹ“ur du Pavillon central du Palais des expositions de la Safex, son stand – un Ă®lot de savoir ouvert sur deux façades latĂ©rales – ne connaĂ®t pas un instant de rĂ©pit. Des centaines de visiteurs, de tous âges et horizons, s’y pressent dès l’ouverture Ă  10 heures, attirĂ©s par une offre plĂ©thorique : près de 800 titres, couvrant les domaines les plus variĂ©s, des sciences dures Ă  la poĂ©sie la plus intimiste. C’est une vĂ©ritable cathĂ©drale du livre, oĂą l’odeur du papier neuf se mĂŞle aux murmures passionnĂ©s des Ă©changes, et oĂą l’Anep rĂ©affirme son rĂ´le de sentinelle citoyenne au service d’une AlgĂ©rie avide de culture.





FondĂ©e en 1962, dans le sillage de l’indĂ©pendance, l’Anep n’est pas qu’une maison d’Ă©dition : c’est un vecteur d’identitĂ©, un miroir tendu Ă  la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne pour qu’elle se contemple, se questionne et se projette. "Nous ne jurons que par la qualitĂ© des contenus", martèle Messaoud Alghem, prĂ©sident directeur gĂ©nĂ©ral de l’entreprise, reçu ce mardi par des figures de proue du paysage culturel. La matinĂ©e a vu dĂ©filer le ministre de la Communication, M. ir Bouamama, venu saluer cette vitrine d’excellence nationale. L’après-midi, c’est Kamel Sidi Said, conseiller auprès du prĂ©sident de la RĂ©publique chargĂ© de la Direction gĂ©nĂ©rale de la communication, qui a honorĂ© le stand de sa prĂ©sence, engageant des discussions animĂ©es sur l’avenir de l’Ă©dition en AlgĂ©rie. Ces visites ne sont pas protocolaires ; elles incarnent un soutien institutionnel Ă  une entreprise qui, annĂ©e après annĂ©e, tisse le lien entre l’État et les lettres, entre le pouvoir et la plume.
Mais ce qui frappe avant tout, c’est l’accueil humain qui imprègne l’espace. Conçu et rĂ©alisĂ© par la filiale Anep Communication et SignalĂ©tique (ACS), le stand allie modernitĂ© fonctionnelle et chaleur conviviale. Des Ă©tagères aux couleurs de l’emblème national – vert, blanc, rouge – bordent les cloisons, invitant Ă  une dĂ©ambulation fluide d’un rayon Ă  l’autre. Un personnel dĂ©vouĂ©, formĂ© Ă  l’art de la recommandation littĂ©raire, guide les nĂ©ophytes comme les habituĂ©s avec un sourire qui dĂ©sarme. Ă€ la manĹ“uvre pour les relations presse durant ce Sila, Hassan Gherab, conseiller Ă  l’unitĂ© d’Ă©dition, rayonne d’une Ă©nergie contagieuse. "Notre mission ? Rendre le livre accessible, dĂ©sirable, indispensable", confie-t-il, les yeux pĂ©tillants, en dĂ©signant les Ă©tals surchargĂ©s. Et pour y parvenir, l’Anep dĂ©gaine une arme fatale : une rĂ©duction de 30% sur l’ensemble des titres (hormis les nouveautĂ©s), une mesure qui, selon Gherab, "contribue Ă  la socialisation du livre et Ă  la constitution d’un lectorat solide". Dans un pays oĂą le taux de lecture reste un dĂ©fi, cette politique tarifaire n’est pas un gadget : c’est un investissement dans l’avenir, un pari sur la gĂ©nĂ©ration qui lira demain pour penser, dĂ©battre et innover.
Plongeons au cĹ“ur de cette moisson Ă©ditoriale. L’Anep, maison gĂ©nĂ©raliste aux accents historiques, embrasse tous les horizons linguistiques – arabe, tamazight, français – et thĂ©matiques. Des romans qui tissent les fils de l’exil et de la mĂ©moire collective aux essais sociologiques qui dissèquent les fractures contemporaines ; des manuels scientifiques rigoureux aux poĂ©sies qui chantent l’âme du dĂ©sert ; des beaux livres somptueux aux nouvelles incisives qui capturent l’instant. Au pĂ©rimètre du stand, les rayonnages s’Ă©tagent comme une bibliothèque vivante : histoire nationale avec des ouvrages sur la RĂ©volution de novembre 1954 – un grand bandeau thĂ©matique, "Ă‚me de novembre dans nos pages", cĂ©lèbre d’ailleurs le 71e anniversaire du dĂ©clenchement de l’insurrection glorieuse –, littĂ©rature engagĂ©e, Ă©conomie prospective, politique analytique. Un Ă©cran gĂ©ant, diffusant en boucle des extraits et interviews, anime l’espace, transformant la visite en immersion multimĂ©dia.
Et puis, il y a ces nouveautĂ©s qui font l’Ă©vĂ©nement, trĂ´nant sur l’Ă©ventaire central comme des trophĂ©es. MosquĂ©es et sanctuaires d’AlgĂ©rie, un ouvrage magistral de l’archĂ©ologue et historien Abderrahmane Khelifa, est une ode visuelle et textuelle au patrimoine spirituel du pays. Ă€ travers des photographies Ă©poustouflantes et des analyses pointues, Khelifa nous emmène de la Grande MosquĂ©e d’Alger aux zaouĂŻas oubliĂ©es du Hoggar, rĂ©vĂ©lant comment ces Ă©difices, piliers de l’identitĂ©, ont rĂ©sistĂ© aux tempĂŞtes coloniales et postcoloniales. "C’est un voyage dans le temps et l’espace sacrĂ©", rĂ©sume l’auteur, qui a dĂ©jĂ  dĂ©dicacĂ© des dizaines d’exemplaires lors de la sĂ©ance inaugurale. Ă€ ses cĂ´tĂ©s, Ma main est poignĂ©e de valise, recueil poĂ©tique d’Alima Abdhat, enseignante Ă  l’universitĂ© et plume sensible, Ă©voque les migrations intĂ©rieures et extĂ©rieures avec une Ă©conomie de mots qui frappe au cĹ“ur. "La valise comme mĂ©taphore de l’errance, mais aussi de la rĂ©silience", explique l’autrice, dont les vers, mĂŞlant arabe et français, rĂ©sonnent comme un appel Ă  l’hybriditĂ© culturelle. Ces deux parutions, signĂ©es en direct par leurs crĂ©ateurs, ont conquis un public conquis, prouvant que l’Anep sait repĂ©rer et propulser les talents Ă©mergents.
Mais l’Anep ne s’adresse pas qu’aux adultes lettrĂ©s. Un quart de la superficie du stand est rĂ©servĂ© aux plus jeunes : un coin enchanteur aux Ă©tales multicolores, regorgeant d’ouvrages pour enfants – albums illustrĂ©s, contes amazighs, BD Ă©ducatives. ÉquipĂ© de tables basses et de chaises confortables, cet espace accueille des ateliers gratuits de dessin et coloriage, oĂą des dizaines de pitchouns s’initient Ă  l’art en feuilletant des histoires qui Ă©veillent l’imaginaire.
"Semer la graine de la lecture dès le plus jeune âge, c’est forger la nation de demain", souligne Gherab, observant un groupe d’enfants hilares qui transforment une page blanche en paysage saharien. C’est lĂ , dans ces rires innocents, que l’entreprise citoyenne rĂ©vèle son âme : inclusive, prospective, profondĂ©ment ancrĂ©e dans le tissu social.
Cette prĂ©sence au Sila n’est pas un coup isolĂ©, mais le reflet d’une stratĂ©gie Ă©ditoriale ambitieuse. L’Anep, qui publie annuellement une centaine de titres, accorde une place de choix Ă  l’histoire – non pas comme un passĂ© figĂ©, mais comme un levier pour l’actualitĂ©. Des essais sur les dynamiques gĂ©opolitiques maghrĂ©bines aux biographies de figures oubliĂ©es de la lutte anticoloniale, en passant par des analyses Ă©conomiques sur la transition Ă©nergĂ©tique en AlgĂ©rie, le catalogue est un kalĂ©idoscope de la modernitĂ© nationale. Et l’ouverture aux auteurs ? Totale. "Nous sommes disponibles pour tout talentueux qui frappe Ă  notre porte", insiste le P.-dg Alghem. Des concours littĂ©raires aux appels Ă  projets, l’Anep cultive un Ă©cosystème oĂą la diversitĂ© des voix – fĂ©minines, rĂ©gionales, diasporiques – trouve Ă©cho. RĂ©sultat : un lectorat fidèle, des tirages en hausse, et une empreinte indĂ©lĂ©bile sur le paysage culturel.
Le 28e Sila, qui se poursuit jusqu’au 8 novembre, transcende les frontières du livre pour devenir un carrefour mondial. Avec 1.254 maisons d’Ă©dition issues de 49 pays, et la Mauritanie en invitĂ©e d’honneur – terre de griots et de manuscrits anciens –, le salon bruisse de confĂ©rences thĂ©matiques : littĂ©rature et mĂ©moire postcoloniale, Ă©dition numĂ©rique face Ă  l’IA, rĂ´le des langues minoritaires dans la construction identitaire.
Des dĂ©bats enflammĂ©s sur la libertĂ© d’expression aux ateliers de traduction, en passant par des remises de prix qui couronnent les plumes arabes et africaines, l’Ă©vĂ©nement est une fĂŞte de l’esprit. Ouvert quotidiennement de 10h Ă  20h, gratuit pour le public, il attire des dizaines de milliers de visiteurs, Ă©tudiants, intellectuels, familles – un Alger cosmopolite qui vibre au rythme des pages tournĂ©es.
Dans ce foisonnement, l’Anep se distingue par sa constance. Pas de stand ostentatoire, mais un espace humble et gĂ©nĂ©reux, oĂą le livre n’est pas un produit, mais un bien commun. Face aux gĂ©ants Ă©trangers, elle rappelle que la souverainetĂ© culturelle passe par l’Ă©dition nationale : investir dans les auteurs locaux, subventionner les prix, digitaliser les archives.
C’est un message lancĂ© aux dĂ©cideurs, aux lecteurs, aux jeunes : l’AlgĂ©rie a une voix, une plume, un avenir littĂ©raire. Et au Sila, cette voix rĂ©sonne fort, portĂ©e par 800 titres qui, Ă  eux seuls, racontent l’Ă©popĂ©e d’un peuple.
Pour les curieux, le stand Anep est incontournable – un dĂ©tour qui enrichit l’âme.
Et au-delĂ  du salon ? L’entreprise appelle Ă  une politique nationale renforcĂ©e : bibliothèques de quartier, partenariats avec les Ă©coles, festivals dĂ©centralisĂ©s. Car le livre, en AlgĂ©rie, n’est pas un luxe : c’est une arme, un rempart, une lumière. Dans les allĂ©es du Safex, sous le soleil mĂ©diterranĂ©en, l’Anep le prouve une fois de plus : la culture avance, page après page, signe après signe.


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