Le Midi Libre - Culture - En hommage Ă  Lili boniche
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Edition du 29 Mai 2016



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FĂŞte de la musique avec "Casbah-Groove"
En hommage Ă  Lili boniche
29 Mai 2016

Le mardi 21 juin à 22h30 à la place de la Grande-Poste, Alger-Centre, Casbah-Groove propose un voyage dans les répertoires de Lili Boniche, Salim Halali, Line Monthy, Blond Blond, El Anka, El Hasnaoui... Fidèle à la tradition novatrice de tous ces artistes, le groupe reprend le dialogue entre les sons, les rythmes, les instruments et les voix. Percu, violon classique, banjo, mandole, piano...

Lili Boniche interprète un rĂ©pertoire variĂ© : chaâbi, tango, rumba, andalou… Lili Boniche est nĂ© en 1921 dans une venelle de la Basse- Casbah d’Alger de parents modestes juifs originaires d’Akbou.

Son père, mĂ©lomane et bon joueur de mandole, a toujours encouragĂ© les dispositions musicales de son fils en le faisant admettre, dès l’âge de dix ans, comme Ă©lève par Saoud l’Oranais, maĂ®tre du hawzi, l’un des dĂ©rivĂ©s populaires de la musique classique arabo-andalouse tel que pratiquĂ© Ă  Tlemcen et dans la capitale algĂ©rienne. Lili Boniche assimile très vite ce rĂ©pertoire difficile et se familiarise avec le luth.

Ensuite, il quitte Saoud pour s’initier au classique pur au sein des Ă©coles de musique "Moutribia" et "al-Moussilia". D’ores et dĂ©jĂ  considĂ©rĂ© comme un jeune prodige, il fait vivre sa famille en se produisant dans les fĂŞtes familiales. Il a un peu plus de quinze ans quand M. Azrou, directeur de Radio-Alger, lui confie une Ă©mission hebdomadaire consacrĂ©e au « hawzi » et au rĂ©pertoire classique.

Les amateurs voient en lui un grand espoir de la musique traditionnelle algĂ©rienne, mais Lili Boniche dĂ©cide de moderniser son style, convaincu que son public a de plus en plus de mal Ă  suivre les compositions traditionnelles. D’Alexandrie Ă  Beyrouth, d’Alger Ă  Paris, oĂą plusieurs cabarets orientaux se sont ouverts, la musique arabe se frotte Ă  l’Occident, au jazz et aux musiques afro-latines en vogue.

Le "maĂ®tre des gĂ©nĂ©rations", l’Égyptien Mohamed Abdelwahab n’a-t-il pas composĂ© des rumbas ? Comme les AlgĂ©riens Salim Halali et Abdel Gobansi, Lili Boniche mĂ©lange les genres : rumba, paso doble, tango. Il adapte les succès occidentaux, compose des chansons en francarabe, en mĂ©langeant savamment les deux langues (c’est au Liban et en Égypte que le genre a Ă©tĂ© inventĂ©. Lili Boniche Ă©pouse une comtesse allemande, "Elle Ă©tait belle, riche et folle de moi", se souvient-il en souriant ; il l’Ă©pouse illico.

La version officielle veut que la belle ait Ă©tĂ© terriblement jalouse de toutes les femmes (Ă  l’Ă©poque, on ne disait pas encore les groupies) qui tournaient autour de son chanteur de charme et ait obligĂ© le crooner d’Alger Ă  raccrocher. Il exerce alors d’autres activitĂ©s professionnelles. Jusqu’en 1962, il gère quatre des plus beaux cinĂ©mas d’Alger. Après l’IndĂ©pendance il crĂ©e Ă  Paris une sociĂ©tĂ© de restauration d’entreprise et vend du matĂ©riel de bureau sans jamais lâcher tout Ă  fait le chant, le luth et la guitare Ă©lectrique.

Il ne se produit alors que dans des fĂŞtes et des mariages. Aux dĂ©buts des annĂ©es 90, toute une gĂ©nĂ©ration de rĂ©alisateurs redĂ©couvrent ses chansons et les utilisent dans les bandes sonores de leurs films. Le Grand Pardon, La vĂ©ritĂ© si je mens, MĂ©moires d’immigrĂ©s : Ă  travers le cinĂ©ma, Lili Boniche retrouve les lettres de noblesse que sa comtesse l’avait contraint Ă  abandonner.

Mais Ă  la fin des annĂ©es 80, Ă  la demande de la communautĂ© juive d’AlgĂ©rie, il retrouve la scène et le chemin des studios. Les cinĂ©astes font Ă©galement appel Ă  lui et il joue dans des films comme Le Grand Pardon avec Roger Hanin, autre natif de La Casbah d’Alger. En 1998, il sort un album intitulĂ© Alger, Alger produit par…

le patron d’une maison de couture. Le succès est mitigĂ© mais l’AmĂ©ricain Bill Laswell reprend la production et la machine repart. Un concert plus ou moins privĂ© Ă  l’ElysĂ©e- Montmartre (cĂ©lèbre salle parisienne, plus dĂ©volue au rock’n roll qu’Ă  la romance), une prestation mĂ©morable lors des Belles Nuits du Ramadhan… et l’histoire reprend, comme si le conteur reprenait sa lecture exactement lĂ  oĂą il l’avait laissĂ©e.

Le 10 juin 1999, il donne un unique concert Ă  l’Olympia, accompagnĂ© au piano par son ami Maurice el MĂ©dioni, nĂ© Ă  Oran. Il Ă©voque Alger et El Hadj el Anka, "notre maĂ®tre Ă  tous" et rend hommage au musicien Mustapha Skandrani. Ce fut sa dernière apparition en public et il s’Ă©teint discrètement le 3 mars 2008.

Par : KAHINA HAMMOUDI

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