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Professeur Habel, gynécologue, au Midi Libre :
«Les MST sont un problème national»
25 Janvier 2012

Nous avons sollicitĂ© le professeur Habel pour nous donner un aperçu des maladies sexuellement transmissibles en AlgĂ©rie. La situation est macabre et ce qui inquiète encore plus c’est que le sujet est tabou dans notre pays. Ce qui, Ă©videmment, n’arrange pas les choses. Tout en expliquant ce que sont ces maladies, leurs consĂ©quences gravissimes… le Pr Habel insiste sur la prĂ©vention et conseille de ne pas occulter ces maladies qui relèvent d’un problème national.

Midi libre : Pouvez-vous, professeur, nous expliquer ce que sont les maladies sexuellement transmissibles ?

Professeur Habel : Les maladies sexuellement trnasmissibles (MST) sont des maladies qui relèvent d’un problème national mais qui malheureusement est tabou. Elles se transmettent par voie sexuelle, mais l’inquiĂ©tant c’est que ces pathologies sont occultĂ©es dans notre sociĂ©tĂ©, particulièrement dans les milieux conservateurs. Et pourtant, les choses sont lĂ . Ce sont des maladies très frĂ©quentes, très graves, voire certaines d’entre elles peuvent entraĂ®ner la mort. Lors d’une grossesse, la femme enceinte peut contaminer son enfant. Cela peut infecter les yeux du bĂ©bĂ©, provoquer des maladies graves de la respiration. Ces maladies on les retrouve lĂ  oĂą on s’y attend le moins.

Peut-on avoir des chiffres ?
D’après les chiffres avancĂ©s par l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), 250 millions de personnes sont infectĂ©es chaque annĂ©e dans le monde et nous faisons partie de ces statistiques. En Afrique, et l’AlgĂ©rie incluse bien Ă©videmment, 40% de personnes sont atteintes de la blennorragie, qu’on appelle vulgairement «chaude pisse». La syphilis 20%, le chlamydia 15%, l’herpès gĂ©nital qui peut ĂŞtre la cause du cancer du col utĂ©rin 10%. Sans parler du sida qui touche 80% de prostituĂ©s et 10 Ă  15% de femmes au foyer. Chez nous, il faut noter que la prostitution n’est pas contrĂ´lĂ©e ; elle est sauvage, occasionnelle. Qu’on le veuille ou non : il y a chez nous une prostitution cachĂ©e et frĂ©quente qu’on ne contrĂ´le pas, ce qui constitue une vĂ©ritable catastrophe.

Vous dites une "catastrophe" chez nous, pourquoi ?
Les personnes atteintes n’ont parlent pas, ne font pas de diagnostic, d’autant plus que parfois, ces maladies ne prĂ©sentent pas de signes apparents. Seuls le gynĂ©cologue, le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste ou la sage-femme peuvent les dĂ©pister lors d’un examen.

Quelles sont les maladies les plus fréquentes chez nous ?
En AlgĂ©rie il y a d’abord la blennorragie (chaude pisse) —on l’appelle ainsi car elle touche les canaux gĂ©nitaux et donne des sensations de brĂ»lure terribles Ă  la femme et Ă  l’homme lors de l’Ă©mulsion d’urine—. Il y a aussi le chancre mou qui est très frĂ©quent ; il se prĂ©sente comme un petit bouton sur les organes gĂ©nitaux. La syphilis, qui est de retour chez nous, particulièrement dans le Grand Sud avec les frontières des pays sub-sahariens. On peut citer aussi la chlamydia qu’on retrouve partout sur le territoire national et qui peut ĂŞtre la cause de stĂ©rilitĂ©. L’hĂ©patite B, l’herpès gĂ©nital qui peut Ă©voluer en condylome et se transformer en cancer du col utĂ©rin. Et bien sĂ»r il y a le "fameux" sida que tout le monde connaĂ®t maintenant mais trop occultĂ© alors qu’il existe malheureusement chez nous et de manière de plus en plus frĂ©quente. Toutes ces maladies se transmettent par le sang, les secrĂ©tions gĂ©nitales ou le sperme.
Comment peut-on prévenir ces différentes graves maladies ?
D’abord, la fidĂ©litĂ© dans le couple, cela diminue les risques de contamination. Sinon utiliser le prĂ©servatif. Contre l’hĂ©patite B, il y a un vaccin. RĂ©cemment, on Ă©galement introduit le vaccin contre le cancer de l’utĂ©rus (l’herpès et le condylome) qu’on administre Ă  la jeune fille avant le premier rapport sexuel. Mais si je vous dis que ces deux vaccins existent cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas prendre des prĂ©cautions car leur efficacitĂ© n’est prouvĂ© qu’a 80%. Donc, la meilleure façon de se protĂ©ger c’est l’utilisation du prĂ©servatif en cas de rapport sexuel douteux, ou l’abstinence.

Ces maladies ont-elles un traitement ?
Si on prend ces diffĂ©rentes maladies on peut soigner la blennorragie, la syphilis dans le cas oĂą elles sont dĂ©tectĂ©es. Pour cela, il suffit de les diagnostiquer par un bilan sanguin. Pour le condylome, qui est aussi un cancer du col, si on fait un diagnostic prĂ©coce, on peut le traiter et Ă©viter des complications. L’essentiel et d’en parler Ă  son mĂ©decin ; il n’y a aucune honte. Le praticien est toujours lĂ  pour Ă©couter, orienter, soigner le malade sans jugement de valeur. Cela peut au moins diminuer le risque de propagation de ces maladies qui peuvent, mal soignĂ©es, provoquer des complications.

Quels sont les moyens les plus efficaces dans la prévention ?
Il faut expliquer aux gens, communiquer, discuter pour prĂ©venir. Toujours en parler Ă  travers les mĂ©dias, Ă  la tĂ©lĂ©vision, dans les journaux, la mosquĂ©e, dans les Ă©coles. Cela ne relève pas de cours d’Ă©ducation sexuelle qui est un tabou chez nous mais tous simplement d’Ă©ducation d’hygiène. La prĂ©vention relève aussi de la discussion entre le patient et le mĂ©decin traitant, ce dernier doit connaĂ®tre les habitudes sexuelles du couple. En outre, des examens pour la dĂ©tection du sida, l’hĂ©patite B, herpès, condylome doivent ĂŞtre systĂ©matiquement demandĂ©s lors de la consultation.

Quels sont les signes qui doivent pousser une femme Ă  consulter ?
Les dĂ©mangeaisons, les pertes et prurit vaginal, la fatigue, des douleurs lors des rapports sexuels que ça soit chez l’homme ou chez la femme sont autant de signes qu’il ne faut pas nĂ©gliger. Lorsque ces symptĂ´mes sont dĂ©jĂ  visibles, c’est parce que la maladie a fait du chemin, donc il faut traiter sans tarder.

Un dernier mot…
J’insiste sur le fait qu’il ne faut pas occulter ce problème chez nous. Le seul moyen de sortir de ce marasme et d’en parler. Ne pas faire la politique de l’autruche et se dire que chez nous cela n’existe pas. Non seulement c’est frĂ©quent mais ce sont des maladies très graves. Ne pas se dire que nous sommes de bons musulmans. Ça existe dans tous les pays du monde, musulmans ou non.
Il faut transmettre le message surtout pour les gens de l’intĂ©rieur du pays, des petites villes, des petits villages, de la montagne ; certains hommes sont
inconscients ; ils ont des rapports sexuels avec diffĂ©rents partenaires et contaminent leurs Ă©pouses. La contamination en AlgĂ©rie est beaucoup plus masculine que fĂ©minine, alors qu’en Europe c’est le contraire.

Par : Ourida Ait Ali

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