Il faut deux heures de route pour se rendre de Tizi Ouzou Ă Agouni Moussi, le chef lieu de la commune d’Iflissen. Cette dernière, situĂ©e près de Tigzirt sur mer, est une rĂ©gion féérique avec pas moins de quinze kilomètres de littoral.
Sise entre la grande bleue et une infinitĂ© de champs verdoyants, Iflissen, si elle est un havre de paix, n’en demeure pas moins une localitĂ© oĂą le dĂ©veloppement tarde Ă venir. Avec dix huit mille habitants, Iflissen attend toujours sa part de dĂ©veloppement. En plus de la pĂ©nurie d’eau qui touche plusieurs villages de la commune, d’autres problèmes sont vĂ©cus quotidiennement par les citoyens de cette localitĂ© qui, en d’autre temps et en d’autres lieux, auraient Ă©tĂ© une grande rĂ©gion touristique.
Si de grands villages comme Taksebt, Issenadjen, Tizi N temlelt ne sont pas concernĂ©s par le problème d’alimentation en eau potable, d’autres en revanche en sont fortement pĂ©nalisĂ©s comme Tiguertala, Ait Youcef et Iqenach. Dans ces bourgades l’eau revient une fois par hasard, nous confient des habitants. La raison principale de cette situation, qui perdure mĂŞme en hiver, est que l’eau du barrage de Taksebt n’est pas encore arrivĂ©e ici. «Pourtant, les responsables nous l’ont promis pour cette annĂ©e (2010) mais les promesses sont rarement tenues», affirme un autre citoyen.
Par ailleurs, la rĂ©gion d’Iflissen accuse un retard flagrant en matière de couverture sanitaire. Les rares infrastructures qui existent ne sont mĂŞme pas dotĂ©es du minimum requis. Au niveau d’Agouni Moussi, le chef lieu communal, il existe un centre de santĂ© mais dont les prestations ne brillent pas forcĂ©ment, de l’avis des citoyens approchĂ©s et qui ne cessent d’endurer le martyre car pour les soins, ils doivent au moins se dĂ©placer jusqu’au secteur sanitaire de la ville de Tigzirt oĂą, toujours de l’avis des citoyens, la situation est de loin meilleure. « Le minimum de matĂ©riel n’est pas disponible au centre d’Agouni Moussi. Il y a aussi le probème de la disponibilitĂ© des mĂ©decins qui n’est toujours pas pris en charge », expliquent quelques habitants de la commune. Une rĂ©gion frappĂ©e de plein fouet par le phĂ©nomène du chĂ´mage qui n’Ă©pargne presque personne. En tout cas, rester au village est synonyme d’oisivetĂ© car il n’y a aucun tissu Ă©conomique gĂ©nĂ©rateur d’emplois dans la rĂ©gion. Ni agriculture ni tourisme, malgrĂ© les 15 kilomètres de mer et les vestiges romains du village Taksebt. La quasi-totalitĂ© des habitants travaille en dehors du chef lieu de la commune. La majoritĂ© sont contraints de faire le dĂ©placement quotidiennement jusqu’au chef lieu de la wilaya de Tizi Ouzou afin de gagner leur croute. Mais cela nĂ©cessite de gros frais. Rien que pour le transport, le travailleurs doit dĂ©bourser au moins 200 dinars pour se dĂ©placer car un aller simple vers Tizi Ouzou nĂ©cessite 100 DA avec une escale incontournable Ă Tigzirt et quatre heures de trajet. C’est une galère donc que de vivre Ă Iflissen et de travailler Ă Tizi Ouzou. D’autres prĂ©fèrent louer au chef lieu de wilaya pour Ă©viter la navette mais lĂ aussi les frais montent. Mourad qui travaille Ă Tizi Ouzou a louĂ© un studio Ă 8.000 DA donc, le tiers de son salaire est dĂ©pensĂ© pour assurer un gite sans compter les frais de restauration. Un plat de lentilles Ă 100 DA. Il dĂ©pense au moins 300DA par jour pour se nourrir. Ce qui reste de sa paie, ce sont des miettes, avoue-t-il. « Je travaille juste pour la forme », plaisante-t-il.
La commune d’Iflissen n’est pas non plus gâtĂ©e sur plan de l’animation culturelle et artistique. Le chef lieu est dotĂ© d’un semblant de centre culturel qui sommeille la majoritĂ© du temps pour se rĂ©veiller par exemple Ă l’occasion du 20 avril, anniversaire du printemps berbère et abriter des activitĂ©s folkloriques sans aucune portĂ©e durable, comme des expositions d’articles de journaux et de photos relatant les Ă©vĂ©nements en question. « Dans notre commune, il n’y a ni théâtre ni cinĂ©ma. C’est le dĂ©sert culturel au sens propre du terme », nous confient deux jeunes Ă©tudiants qui ne se rendent que rarement chez eux pendant le weekend car, arguent-ils, « il n’y a rien d’autre que l’angoisse Ă rĂ©colter lĂ -bas, chez-nous ».