Une confĂ©rence sur le cancer du col de l’utĂ©rus sera organisĂ©e, les 23, 24 et 25 novembre 2010, au EHU d’Oran, durant laquelle des spĂ©cialistes vont essayer de mettre le point sur cette pathologie afin de sensibiliser la population. En AlgĂ©rie, 3 mille nouveaux cas sont enregistrĂ©s chaque annĂ©e. Selon les statistiques Ă©tablies par le Professeur Belkacem Chafi, Ă©minent gynĂ©cologue obstĂ©tricien, 900 mille nouveaux cas sont enregistrĂ©s chaque annĂ©e dans le monde avec 300 mille dĂ©cès par an, soit une femme sur trois en meurt de cette pathologie.
Les 2/3 restants des femmes atteintes souffriront d’une morbiditĂ© grave (cachexie, douleurs importantes…). Les causes de cette maladie, qui est la deuxième cause de mortalitĂ© après le cancer du sein, sont multiples, dont les infections vaginales mal soignĂ©es. Pourtant, un diagnostique prĂ©coce, qui consiste Ă faire des frottis, peut guĂ©rir Ă 100% cette pathologie. Mais malheureusement, par manque de surveillance en AlgĂ©rie, les femmes consultent tardivement ce qui peut parfois ĂŞtre irrĂ©versible. «Toute femme devient Ă risque de CCU dès son premier rapport sexuel puisque L4HPV est amenĂ© dans les voies gĂ©nitales de la femme par le sperme. Il s’agit bien d’une infection sexuellement transmissible», affirme le Professeur Chafi. Un vaccin prĂ©ventif de 2 types existe dĂ©jĂ depuis 2006, mais ce vaccin n’est efficace que s’il est administrĂ© chez une jeune fille ou jeune femme et ce, avant tout rapport sexuel, c’est-Ă -dire avant de contracter une infection Ă HPV. Pour connaĂ®tre un peu ce qu’est cette maladie, les facteurs de risques, ainsi que la prĂ©vention, Ă©coutons le Professeur Chafi qui a eu l’amabilitĂ© de rĂ©pondre Ă nos questions relatives Ă cette pathologie.
Midi Libre : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le cancer du col de l’utĂ©rus ?
Pr Chafi : Le cancer est une maladie de la cellule. La cellule est l’unitĂ© de base de la vie. Il existe dans le corps humain plus de 200 types de cellules diffĂ©rentes (musculaires, immunitaires, nerveuses…) qui ont chacune un rĂ´le prĂ©cis.
C’est grâce Ă la multiplication des cellules que le corps humain peut grandir jusqu’Ă l’âge adulte, que les cellules mortes sont remplacĂ©es et que les blessures cicatrisent. Cette multiplication cellulaire est tout Ă fait normale et indispensable Ă la vie. La cellule cancĂ©reuse est une cellule qui a fait l’objet de plusieurs modifications. L’organisme rĂ©pare ces modifications subies par les cellules qu’elles soient accidentelles ou liĂ©es au vieillissement. Les capacitĂ©s de l’organisme Ă rĂ©parer ces modifications et Ă Ă©liminer les cellules anormales s’affaiblissent naturellement avec l’âge. Plusieurs types de ces modifications sont nĂ©cessaires avant qu’une cellule ne devienne cancĂ©reuse. Cela Ă©tant, le corollaire d’un processus complexe irrĂ©versible peut prendre plusieurs annĂ©es. La cellule devenue cancĂ©reuse ou maligne a perdu toutes ses capacitĂ©s de rĂ©paration. Cette cellule se multiplie de façon incontrĂ´lĂ©e dans un organe du corps humain et finit par former une masse que l’on appelle "tumeur maligne". Cette tumeur prendra le nom de l’organe qui la portera : cancer de l’utĂ©rus, de l’ovaire, rein, foie… En l’absence de traitement, le cancer se dĂ©veloppe localement pendant longtemps mais les cellules de ces tumeurs malignes peuvent avoir tendance Ă migrer dans d’autres parties du corps et Ă s’y dĂ©velopper donnant ainsi de nouvelles tumeurs : on parle alors de "mĂ©tastases". Ainsi, plus le cancer est laissĂ© sur place et plus il dĂ©truira l’organe qui le porte, les organes voisins et un peu plus tardivement d’autres organes Ă distance. C’est pour cette raison que plus on traite un cancer diagnostiquĂ© prĂ©cocement, meilleures sont les chances d’avoir un bon rĂ©sultat et il faut donc savoir qu’en l’absence de traitement adaptĂ©, tout cancer risque d’Ă©voluer, se compliquer et devenir rapidement mortel.
Quelles sont les femmes Ă risque ?
Bien que les facteurs de risque du CCU soient nombreux, Ă savoir :
- Rapports sexuels précoces avant 17 ans ;
- Mariage avant 20 ans ;
- Plus de 5 enfants ;
- Le premier enfant avant 20 ans ;
- Un niveau socio-économique bas ;
- Des partenaires sexuels multiples ;
- Partenaires ayant eux-mĂŞmes de multiples partenaires ;
- Contraception orale de longue durée chez une femme "HPV positive" ;
- Le tabagisme aussi bien actif que passif ;
- Des infections génitales à répétion, dont les infections à HPV, surtout 16 et 18 ;
- Diabète, déficience immunitaire (SIDA) ;
- Corticothérapie de longue durée…
On peut dire que toute femme devient Ă risque de CCU dès son premier rapport sexuel puisque le HPV est amenĂ© dans les voies gĂ©nitales de la femme par le sperme. Il s’agit bien d’une infection sexuellement transmise.
Cette dernière va générer une maladie qui sera le CCU.
Peut-on dire qu’il s’agit d’un problème de santĂ© publique ?
Il s’agit effectivement d’un problème de santĂ© publique par sa frĂ©quence :
900 mille nouveaux cas chaque annĂ©e dans le monde avec 300 mille dĂ©cès par an, soit une femme sur 3 atteintes en meurt. Les 2/3 restants des femmes atteintes souffriront d’une morbiditĂ© grave ( cachexie, douleurs importantes,…).
Le cancer du col de l’utĂ©rus est classĂ© 8e au rang des cancers fĂ©minins en nombre de nouveaux cas et au 15e rang en nombre de dĂ©cès. En AlgĂ©rie, il est classĂ© au 2e rang après le cancer du sein qui prend la première place malheureusement.
Dispose-t-on de bons moyens curatifs ?
Oui, nos moyens sont certainement les mĂŞmes que partout dans le monde sinon plus importants par rapport Ă beaucoup de pays
Le taux de guĂ©rison permet-il d’ĂŞtre optimiste ?
Concernant la thĂ©rapie, c’est oui, mais malheureusement, nos patients, par dĂ©faut de dĂ©pistage et de sensibilisation sur le sujet, arrivent toujours tardivement Ă des stades oĂą le traitement devient impossible et d’un mauvais pronostic
Comment peut-on prévenir cette pathologie ?
Deux moyens sont à notre disposition : la vaccination et le dépistage précoce qui permet la guérison à 100%.
En effet, son incidence est de 8.9 pour 100.000 femmes annĂ©es en AlgĂ©rie ;en France 5.6 /100.000 et 16,9/100.000 femmes annĂ©es en Martinique ; 16/100.000 au Maroc et 3.2 en Arabie Saoudite ; 5,6 Ă 9,5/100.00 femmes annĂ©es (Alsace). Le dĂ©pistage se fait par le FCV (frottis cervico vaginal) chez la femme de 25 Ă 65 ans en rythme triennal : 1 frottis/3 ans, après 2 frottis Ă 1 an d’intervalle. En France, il n’existe pas de programme national de dĂ©pistage, par contre en AlgĂ©rie, le programme national existe depuis 2002. Un dĂ©pistage arrivant Ă 80 % entraĂ®ne une rĂ©duction d’incidence Ă 2,5 %/an pour les femmes de 25 Ă 69 ans.
Peut-on espérer un vaccin ?
Le vaccin n’est plus de l’ordre de l’espoir, mais il existe dĂ©jĂ et ce, depuis plusieurs annĂ©es ; depuis 2006 exactement. Il en existe 2 types. Les 2 types agissent en prĂ©vention primaire, en s’attaquant l’un aux 2 virus oncogènes retrouvĂ©s dans la genèse du CCU, Ă savoir le HPV 16 et le HPV 18 ; on dit alors qu’il est bivalent. Et le 2e vaccin qui s’attaque Ă 4 HPV, c’est-Ă -dire non seulement les 16 et 18 du CCU mais Ă©galement aux HPV 6 et 11 de façon Ă prĂ©venir Ă©galement les tumeurs bĂ©nignes type «Condylomes AcuminĂ©s» qui se dĂ©veloppent au niveau de la sphère gĂ©nito-urinaire : vagin, vulve, petites lèvres, mĂ©at urinaire, grandes lèvres, rĂ©gion pĂ©ri anale et anus. On dit alors que c’est un vaccin quadrivalent.
Quelles sont les indications de ce vaccin ?
Ce vaccin n’est efficace que s’il est administrĂ© chez une jeune fille ou jeune femme et ce, avant tout rapport sexuel, c’est-Ă -dire avant de contracter une infection Ă HPV. On parle alors d’administration de vaccin Ă des personnes HPV Naive pour dire HPV nĂ©gative.Pour cela, les pays europĂ©ens les ont mis en vente pour ĂŞtre administrĂ©s chez les jeunes filles de 12 ans en Italie, 15 ans en France … mais Ă condition qu’elles n’aient jamais eu de rapport sexuel infectant.
Comment utiliser ce vaccin ?
Le vaccin est administré en 3 injections. Après une première, on injecte le 2e deux mois après et la 3e injection est faite au 6e mois.