Objet de polĂ©mique depuis plus d’un mois, le long mĂ©trage Hors La Loi de Rachid Bouchareb a Ă©tĂ© projetĂ© hier au festival de Cannes sur fond de manifestation. Si le film traite de la Guerre d’AlgĂ©rie, les manifestants Ă©taient lĂ pour perpĂ©tuer une guerre des mĂ©moires. Arborant de grands drapeaux français, ils Ă©taient près d’un millier, selon la police, Ă manifester en marge de la projection du film Hors la loi de Rachid Bouchareb au Festival de Cannes. RĂ©pondant Ă l’appel d’un collectif constituĂ© de parlementaires, anciens soldats, pieds noirs, harkis, les manifestants ont dĂ©posĂ© une gerbe devant le monument aux morts de la ville de Cannes Ă la mĂ©moire des «victimes françaises».
L’extrĂŞme droite avait promis de parasiter la cĂ©rĂ©monie de projection du film Hors la loi de Bouchareb. Elle a pu compter en cela sur l’appui du maire de Cannes, mais Ă©galement sur la prĂ©sence du sous-prĂ©fet, reprĂ©sentant de l’Etat, qui s’est joint Ă la manifestation en dĂ©posant une gerbe, Ă la demande du secrĂ©taire d’Etat aux anciens combattants, Hubert Falco en l’honneur des «victimes françaises» de la Guerre d’AlgĂ©rie et des massacres du 8 Mai 1945. Ce qui donne des airs officiels Ă la «croisade» promise par l’extrĂŞme droite. Et pour ce faire, tous les moyens sont «bons» pour se faire entendre. Quitte Ă faire dans la concurrence mĂ©morielle. «Une cĂ©rĂ©monie du souvenir organisĂ©e en hommage aux victimes françaises de la Guerre d’AlgĂ©rie a Ă©tĂ© voulue par la municipalitĂ© de Cannes afin de marquer (...) son attachement Ă la mĂ©moire de nos compatriotes civils et militaires», Ă©crit la mairie de Cannes. Et de poursuivre : «A cette occasion, la municipalitĂ© entend manifester son soutien et sa solidaritĂ© Ă l’Ă©gard des anciens d’AlgĂ©rie, blessĂ©s et offensĂ©s par l’altĂ©ration des Ă©vĂ©nements ayant inspirĂ© la fiction du film Hors-la-loi. La dĂ©cision d’organiser une cĂ©rĂ©monie commĂ©morative a Ă©tĂ© prise il y a deux semaines, au vu de l’Ă©motion suscitĂ©e, avant mĂŞme sa projection, par le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi, en compĂ©tition officielle, sous pavillon algĂ©rien, au Festival international du film», ajoute Bertand Brochand, maire UMP de Cannes.
Si les dĂ©tracteurs arguent que le film est antifrançais, ce qui les gĂŞne en rĂ©alitĂ© c’est que le film va Ă l’encontre du mythe de la gloire coloniale Ă©rigĂ©e en valeur rĂ©publicaine en France. Rappelons que douze intellectuels avaient signĂ© une dĂ©claration commune condamnant «un retour en force vers la bonne conscience coloniale» tandis que la Ligue française des droits de l’Homme avait dĂ©noncĂ© les tentatives de «pressions» qui s’apparentent Ă une «censure des Ĺ“uvres ayant trait Ă la Guerre d’AlgĂ©rie» qui dĂ©rogeraient Ă la «vĂ©ritĂ© officielle».
Bouchareb : «L’abcès est crevĂ©, maintenant dĂ©battons !»
Après Lionel Luca, qui a allumĂ© la mèche de la polĂ©mique autour du film de Bouchareb l’accusant de vouloir «falsifier l’histoire», le maire de Cannes est la deuxième personnalitĂ© du parti de Sarkozy Ă partir en guerre contre ce film sĂ©lectionnĂ© au Festival de Cannes sous pavillon algĂ©rien. A ce niveau, ce n’est plus une position de quelques dĂ©putĂ©s UMP «égarĂ©s», mais ça a tout l’air d’un consensus exprimĂ© par le parti de Sarkozy. Du moins, si les dĂ©tracteurs n’ont pas Ă©tĂ© rappelĂ©s Ă l’ordre, cela voudrait dire qu’il s’agit d’une position dĂ©fendue par le parti de Sarkozy. La dĂ©marche belliqueuses de ces «ultras» va-t-en guerre, qui utilisent cette Ă©nième polĂ©mique pour continuer la Guerre d’AlgĂ©rie, a Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e rĂ©cemment par le dĂ©putĂ© du parti socialiste, Arnaud Montebourg. Si les dĂ©tracteurs du film l’accusent d’ĂŞtre pro-FLN, ce n’est pourtant pas un sentiment partagĂ© par le ministre de la Culture, FrĂ©deric Mitterand qui juge le film Ă©quilibrĂ©.
De son cĂ´tĂ©, le rĂ©alisateur Rachid Bouchareb a indiquĂ©, au cours d’une confĂ©rence de presse après la projection de son film : «Maintenant que l’abcès est crevĂ©, nous pouvons dĂ©battre dans la sĂ©rĂ©nitĂ©, cela pourrait aider Ă avancer dans le dĂ©bat du passĂ© colonial de la France», a-t-il soutenu.