Le commerce informel Ă Alger ne connaĂ®t plus aucune limite ou barrière. L’appat du gain facile fait que chaque jour que Dieu fait des centaines de nouveaux commerçants viennent grossir les rangs et aggraver une situation dĂ©jĂ explosive.Tout se vend - et s’achète - sur ces Ă©tals de fortune. Bien plus grave, certains revendeurs proposent, pour une Ă©conomie de quelques dinars, des produits pĂ©rissables ou une marchandise dans la date de pĂ©remption est plus que douteuse et qui pourtant s’Ă©coulent avec une facilitĂ© dĂ©concertante.
On peut retrouver sur les Ă©tals, aussi bien informels que ceux rĂ©glementĂ©s, des marchĂ©s de la capitale, toutes sortes de produits alimentaires exposĂ©s Ă tous les vents et... germes. Cela va des produits laitiers pĂ©rissables Ă l’instar des fromages, margarines et beurres, aux pâtĂ©s de viande, de volaille et autres cachir en passant par le chocolat et les confiseries aux dates de pĂ©remption plus que douteuses. Des jus et sodas aux noms exotiques et d’origine mystĂ©rieuse - fabriquĂ©s certainement dans des endroits loin de tout contrĂ´le et avec des ingrĂ©dients ramenĂ©s Dieu seul sait d’oĂą - sont Ă©galement proposĂ©s au panier de la mĂ©nagère qui pour pouvoir offrir Ă sa famille ces petits extras, non envisageable sur le maigre budjet mensuel, n’est pas trop regardante sur l’origine de ces produits qui envahissent nos Ă©tals quotidiennement. Thon, sardine en boĂ®te... tout se vend et, malheureusement, surtout tout s’achète : concentrĂ© de tomate, mayonnaise, huile de table... ExposĂ©s au soleil et Ă la pluie, ces produits sont pour la santĂ© du citoyen, inconscient de la menace, de vĂ©ritables poisons.
Laxisme des autorités et inconscience des clients
La prolifĂ©ration de ce commerce anarchique et dangereux pour la santĂ© du citoyen a atteint des proportions dĂ©passant tout entendement. Certes les autoritĂ© locales mènent, de temps Ă autres, des opĂ©rations visant Ă l’Ă©radication de ce phĂ©nomène, mais jusque-lĂ toutes ces tentatives ont Ă©tĂ© vouĂ©es Ă des Ă©checs cinglants. Le chĂ´mage et surtout l’appat du gain facile fait que chaque jour des centaines de nouveaux "commerçants" investissent ce crĂ©neau juteux. Cette situation anarchique profite Ă des milliers de jeunes et moins jeunes, qui arrivent Ă engranger des rentrĂ©es d’argent confortables au dĂ©triment de la sĂ©curitĂ© des citoyens.
Absence coupable des services de contrĂ´le
En l’absencĂ© de toute autoritĂ©, les produits pĂ©rimĂ©s ou pĂ©rissables, exposĂ©s Ă ciel ouvert, continuent Ă affluer sur les Ă©tals informels de la capitale. Tous les dĂ©passements sont permis en cette absence criante de tout contrĂ´le, les digues sont vraiment rompues et sauf miracle, rien ne rĂ©ussira Ă freiner cette anarchie Ă grande Ă©chelle. Une petite virĂ©e au sein des marchĂ©s de la capitale nous permet de constater de visu que ce commerce est florissant plus que jamais et semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les produits pĂ©rissables y sont exposĂ©s Ă tous les vents, mais surtout aux regards des Ă©ventuels clients. Ces Ă©tals de tous les dangers se retrouvent partout et dans des endroits les plus insoupconnĂ©s. La marchandise est souvent exposĂ©e Ă mĂŞme le sol sans la moindre mesure d’hygiène ou protection contre la tempĂ©rature parfois caniculaire.
Ce qu’en pensent les citoyens et les commerçants
Les avis des citoyens, abordĂ©s au niveau du marchĂ© des Trois-Horloges Ă Bab El-Oued et interrogĂ©s sur ce phĂ©nomère, restent trè partagĂ©s. Certains se dĂ©clarent rĂ©voltĂ©s par cette situation et nous diront : "Ce qui se passe dans nos marchĂ©s et un peu partout Ă travers les quartiers de la capitale est vraiment grave et ne devrait en aucun cas ĂŞtre tolĂ©rĂ©. La santĂ© et mĂŞme la vie des citoyens est ainsi soumise Ă l’inconscience et Ă la vĂ©nalitĂ© de ce commerce qui n’obeit Ă aucune rĂ©gle ou loi". Mais beaucoup de clients avouent ne pas hĂ©siter Ă s’arrĂŞter pour acheter ces produits proposĂ©s Ă leur convoitise, selon eux, Ă des prix attractifs et nous diront-ils qu’ils ne pourraient pas s’offrir autrement. Les commerçants quant Ă eux estiment qu’ils sont "d’utilitĂ© publique", puisqu’ils permettent Ă des milliers de familles de dĂ©guster ces petites douceurs proposĂ©s Ă bas prix. Ils se dĂ©fendent en avançant que mĂŞme dans les pays les plus aisĂ©s, Ă©conomiquement parlant, ces produits pĂ©rimĂ©s ou sur le point de l’ĂŞtre sont cĂ©dĂ©s aux clients Ă des prix symboliques. Ce qu’ils oublient de prĂ©ciser, c’est que les prix appliquĂ©s par eux sont loin d’ĂŞtre symboliques et que l’on ne peut nullement comparer leur marchandise conservĂ©e dans des conditions lamentables, aux produits cĂ©dĂ©s par ces grandes surfaces Ă©trangères Ă leurs clients nĂ©cessiteux et qui n’ont Ă aucun moment connu une rupture de leur chaĂ®ne du froid. A Alger cette notion de la chaĂ®ne du froid est royalement ignorĂ©e, les citoyens fatalistes s’en remettent Ă Dieu et au "mektoub". La passivitĂ©, voire la complicitĂ© du consommateur est pour beaucoup dans cette propagation, jamais atteinte, de la vente de produits pĂ©rissables sur la voie publique.
Y. B.