Le Midi Libre - Magazine - A Khartoum, hôtel de luxe avec vue imprenable sur le Nil et la misère
Logo midi libre
Edition du 2 Septembre 2008



Le Mi-Dit

Caricature Sidou


Archives Archives

Contactez-nous Contacts




NĂ© d’un rĂŞve libyen et d’une rĂ©alisation italienne
A Khartoum, hôtel de luxe avec vue imprenable sur le Nil et la misère
2 Septembre 2008

Du haut du Burj al-Fateh, hĂ´tel luxueux nĂ© d’un rĂŞve libyen et d’une rĂ©alisation italienne, la vue sur la confluence du Nil bleu et du Nil blanc est imprenable. Mais elle cohabite avec le spectacle de la misère de Khartoum, capitale d’un Soudan dĂ©chirĂ©. Avec ses 230 chambres, ses salles de confĂ©rence, complexes sportifs et aquatiques et ses nombreux restaurants, cet Ă©tablissement de 18 Ă©tages Ă  la forme ovoĂŻde Ă©tablit des standards de luxe jusque-lĂ  inconnus au Soudan. Fruit d’un rĂŞve libyen vieux de neuf ans, sa rĂ©alisation, d’un coĂ»t de 130 millions d’euros, a Ă©tĂ© financĂ©e par Lafico, une sociĂ©tĂ© de Tripoli. «Cet hĂ´tel haut de gamme est capable d’insuffler un nouvel Ă©lan Ă©conomique et social dans la vie locale et, en particulier, dans le secteur des services», se fĂ©licite Ă  l’AFP Emhemmed Ghula, directeur de projets Ă  Lafico. L’hĂ´tel se targue notamment d’avoir une suite prĂ©sidentielle Ă  4.000 dollars, un chef cuisinier français et de la viande australienne servie Ă  70 dollars pièce au restaurant «Le Grill». «Je me sens fier. Il peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme un repère Ă  Khartoum», affirme Giuseppe Freda, directeur de projet de la sociĂ©tĂ© italienne CMC, chargĂ©e de la rĂ©alisation. De fait, Ă  peine inaugurĂ©, l’hĂ´tel est dĂ©jĂ  devenu l’arrière-plan fĂ©tiche pour leurs «directs» de chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision telle Al-Jazira. Il a mĂŞme gagnĂ© un premier surnom —»la boule de Kadhafi»— de la part de certains habitants de Khartoum, en allusion Ă  la forme du bâtiment. Sous l’impulsion du «guide» Mouammar Kadhafi, la Libye ne cesse d’accroĂ®tre ses investissements Ă  l’Ă©tranger et la gĂ©rance de l’hĂ´tel dĂ©crit Burj al-Fateh comme un «cadeau du gouvernement libyen Ă  celui du Soudan». Manifestement, ce projet en appelle d’autres: Lafico a commencĂ© Ă  construire un autre complexe hĂ´telier avec appartements luxueux, centres de loisirs pour familles aisĂ©es et restaurant tournant. Le tout pour un budget de 45 millions d’euros. En outre, la Libye n’est pas la seule Ă  gâter le Soudan, exportateur de pĂ©trole depuis 1999: le Burj al-Fateh cĂ´toie ainsi le Hall de l’AmitiĂ©, financĂ© par la Chine, et d’autres investisseurs, arabes mais aussi indiens ou malaisiens, participent au «boom» du luxe immobilier. Pour autant, Ă  Khartoum, capitale d’un pays troublĂ©, la misère n’est jamais loin. Du sommet du Burj al-Fateh, la vue imprenable sur la confluence du Nil se conjugue avec celle de maisons en terre engluĂ©es dans les marĂ©cages. Selon le «Central Intelligence Agency Factbook», 40% des Soudanais vivent sous le seuil de pauvretĂ©, et seule une infime partie de la population peut s’offrir un cafĂ©. A cela s’ajoute la situation politique troublĂ©e. Le prĂ©sident Omar el-BĂ©chir est menacĂ© d’un mandat d’arrĂŞt par le procureur de la Cour pĂ©nale internationale (CPI) pour gĂ©nocide, crimes contre l’humanitĂ© et crime de guerre au Darfour, rĂ©gion de l’ouest du Soudan en guerre civile depuis 2003. Le chef de l’Etat soudanais a prĂ©venu que de possibles poursuites contre sa personne pourraient avoir des consĂ©quences sur les investissements Ă©trangers. Symboles du dĂ©calage entre le luxe hĂ´telier et le contexte soudanais, Emhemmed Ghula souligne les problèmes logistiques rencontrĂ©s. «Un tel bâtiment nĂ©cessite un tas d’achats (...) spĂ©ciaux et on ne trouve rien au Soudan. Ca n’a pas Ă©tĂ© facile», relève-t-il, alors que, pour exemple, les meubles et intĂ©rieurs ont Ă©tĂ© importĂ©s d’Europe. Le directeur du marketing du Burj al-Fateh, Wissam Khalek, un Libano-AmĂ©ricain ayant vĂ©cu la guerre civile Ă  Beyrouth, se dit malgrĂ© tout confiant. «Nous sommes certains que nous gagnerons Ă©normĂ©ment d’argent. Bien sĂ»r, il y a un risque d’instabilitĂ© politique. Mais ce risque est calculé», juge-t-il.


L'édition du jour
en PDF
Le Journal en PDF
Archives PDF

El Djadel en PDF
El-Djadel en PDF

Copyright © 2007 Midilibre. All rights reserved.Archives
Conception et réalisation Alstel