Le Midi Libre - Reportage - «La polytoxicomanie est un réel problème»

Edition du 20 Décembre 2014



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Le Dr Amina Amalou, psychiatre au centre de désintoxication de Blida, au Midi Libre
«La polytoxicomanie est un réel problème»
9 Mai 2010

Midi Libre : Comment se fait le sevrage dans votre centre ?
Dr Amina Amalou : L’élimination rénale de la toxine se fait au bout de 21 jours; par contre, le sevrage, lui, il est à long terme; le patient est suivi régulièrement à savoir, une fois tous les 15 jours ou une fois par mois. Le malade se présente avec un traitement à base d’anxiolytique ou de neuroleptique et le suivi se fait à long terme, cela dépend du type de stupéfiants que le toxicomane consomme, qui peut varier entre les psychotropes, l’héroïne ou le cannabis; cela dépend aussi de la durée de consommation. Si la prise de drogue a duré 10 ou 20 ans, c’est clair que le sevrage prendra plus de temps et cela diffère aussi d’un patient à l’autre et de la quantité de drogue consommée.

Quels sont les drogues les plus consommées?
Le problème qui se pose en Algérie, c’est celui de la polytoxicomanie, c’est-à-dire que chez nous il n’ y a pas uniquement la consommation de cannabis ou de drogues spécifiques; par exemple, dans les pays occidentaux, nous avons des groupes de consommateurs : cocaïnomanes, héroïnomanes, nacromanes, mais en Algérie nous avons un mélange de consommation entre cocaïne, héroïne, cannabis, psychotropes, boissons alcoolisées et c’est cette consommation de plusieurs drogues qui rend la prise en charge très difficile. Ces toxicomanes s’en sortent évidemment mais avec un peu plus de temps.

Les patients que vous recevez, viennent-ils seuls ou accompagnés ?
Nous recevons généralement des jeunes toxicomanes qui sont accompagnés de leurs familles ou par un ami qui peut être un oncle ou un voisin.
Notre centre de cure est un centre de référence car c’est le premier qui a été créée en 1998 et nous recevons des toxicomanes qui viennent de différentes régions (Oran, Tindouf, Touzert, Oued Souf, Tiaret…) et ce, par le bouche à oreille.
Le service de toxicomanie, de soin et de prévention, prodigue des cures libres comme partout ailleurs dans le monde, donc nous ne pouvons pas forcer un malade à se soigner; par exemple, nous avons le cas des héroïnomanes qui arrivent la veille et partent le lendemain à cause de leur forte addiction à la substance hallucinogène et du manque de consommation.
Comme c’est une cure qui dure 21 jours, nous avons recours à un système de roulement, où lorsque un patient sort, un autre est de suite pris en charge.

Y a-t-il un centre spécialisé pour mineurs ?
Concernant les mineurs, il n’existe pas encore de centre spécialisé et pour pallier à ce manque d’infrastructures, nous recevons dans notre organisme des adolescents auxquels nous venons en aide. Ces jeunes sont issus de tous les milieux. Les mineurs consultent à titre ambulatoire, ils bénéficient d’une prise en charge avec les psychologues une fois par mois et ils sont suivis pendant une année.

Quels sont les facteurs qui poussent un sujet à verser dans la drogue ?
Les toxicomane n’ont pas forcement des problèmes d’ordre relationnel ou familial, ça commence généralement par un effet de groupe et petit à petit, ils y prennent goût et deviennent dépendants. Le toxicomane a une personnalité prédisposée, ce n’est pas tout le monde qui le devient, même si un individu est milliardaire, ou bien a des difficultés avec son entourage ou au travail, il ne deviendra pas forcement toxicomane. Il faut qu’il y ait des prédispositions et un terrain favorable au développement de la maladie qui se traduit par une fragilité et une sensibilité accrue aux situations inconfortables, l’environnement défavorable et le facteur social.
Comment pouvez-vous expliquer la personnalité de ces malades ?
La personnalité du toxicomane est complexe, elle est multiple, car elle associe plusieurs facteurs; il peut y avoir plusieurs traits de personnalité chez un toxicomane. On peut trouver de la manipulation, de la séduction, de la mythomanie, mais surtout ce sont des êtres très fragiles.

Comment pouvons-nous faire de la prévention ?
Concernant la prévention, elle est tertiaire; elle débute au niveau de la famille, et c’est ce que l’on nomme la prévention primaire qui consiste, par le dialogue et la communication, à prévenir les dangers liés à la drogue. Ensuite, nous avons les préventions secondaire et tertiaire véhiculées par les medias et les écoles par le biais de campagnes de sensibilisation dirigées par des médecins de différentes régions du pays qui ont étés formés par des médecins formateurs.

Par : Ourida Ait Ali

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