Le Midi Libre - Culture - «La peinture est mon refuge»

Edition du 16 Décembre 2018



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Souhila Belbahar, artistes peintre
«La peinture est mon refuge»
29 Mai 2008

Blanchie sous le harnois de l’activité picturale, la doyenne des femmes peintres algériennes, Souhila Belbahar, - connue pour l’une de ses créations majeures intitulée ’’Femme pétale’’ -, n’a eu de cesse, le long d’une arrière plastique de plus de 40 années, de traquer ses méninges pour faire mûrir son instinct de femme où la douceur du trait se conjugue à la spontanéité du geste. Un itinéraire artistique riche et bien rempli qui, à ne pas en douter, inscrira la septuagénaire sur les tablettes du panthéon de l’art de la peinture au féminin. Zoom.

Née première le 17 février 1934 à Blida, Souhila Belbahar évoluait dans un espace de coutumes et traditions où il n’était pas aisé de déroger à certaines règles. La chance de pouvoir manier le pinceau était ténue pour la femme, voire reléguée au dernier plan, mais l’humus duquel elle était nourrie et le moule dans lequel elle était pétrie lui conféraient cet espoir de faire éclore son talent au grand jour…
Elle fit ses premiers pas dans la peinture du chevalet à l’âge de17 ans. Elle inscrit sa propension picturale dans le réalisme ou l’art du figuratif. Ainsi, portraits, paysages et nature morte feront partie de sa première collection qui suscita l’admiration de ses proches, ses amis et son public.
«Très jeune, j’ai commencé à crayonner et barbouiller des dessins sur du papier (…). Je me rappelle de l’atelier de medjboud de mon oncle à Blida où j’ai pris connaissance des motifs géométriques et autres entrelacs en arabesque avec lesquels il enjolivait les karakous de la mariée», dira, en guise de souvenance, l’artiste Souhila Belbahar. De fil en aiguille, elle se passionna pour les esquisses, les formes, les figures d’équilibre et les motifs ornementaux qu’elle appelle «ettarchim» avant de faire de la peinture à l’huile son violon d’Ingres.
«Je lisais beaucoup sur la vie et les œuvres de grands peintres. Cela me donna matière à épouser une démarche picturale», révèle l’artiste connue pour sa fameuse «Femme pétale», œuvre qui égaye l’espace du musée national Nasr Eddine Dinet de Bou Saâda. A bâtons rompus, la septuagénaire, qui a côtoyé les artistes Baya, la native de Blida et Aicha Haddad, la Chaouia des Nmemchas, nous parle, sans détour, d’autres plasticiens et de leurs œuvres qui l’ont imprégnée, mais celui qui a eu le plus d’emprise sur elle est le grand peintre dessinateur, Pablo Ruiz Picasso qui l’influença dans «sa vision des choses et non dans la technique de l’expressionnisme abstrait», fera remarquer Souhila Belbahar, commentant le travail de ce graveur et sculpteur espagnol qui l’a marquée dans la mesure où «il a su intelligemment libérer la forme».

Le réalisme du geste
Ce n’est qu’en 1971, à l’âge de 37 ans que Souhila Belbahar tient sa première exposition, à la galerie Mouloud Feraoun, située dans le hall de l’ancien Crédit municipal (actuel Place Emir Abdelkader). Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître, car le vernissage fut un véritable succès, selon certains critiques. «Ce qui me mettait en confiance et m’encourageait à persévérer, en laissant libre cours à mon instinct de femme», souligne l’artiste peintre. A cette époque, les femmes peintres étaient comptées sur les doigts d’une seule main, à l’image de Baya Mahieddine, Aïcha Haddad, Bettina Ayache ou encore Saliha Khelifi qui rejoignit plus tard le giron de la gent féminine.
«Etant enfant, je composais des poèmes que j’illustrais par la suite», souligne l’artiste qui précise que c’est Toufik El Madani qui l’a orientée vers l’écriture arabe et lui a appris comment développer une arabesque. Au cours de son fertile parcours artistique, sa gestuelle et son style évoluèrent. «Avec le temps, poursuit-elle, je suis arrivée à cultiver cette symbiose entre l’œil et le geste.» Ce qui explique, en partie, que nombre de ses compositions, ont fini par faire sensation au sein du milieu pictural, telle l’œuvre stylisée intitulée Femme pétale dont le mouvement spiralé est empreint d’une douce musicalité. Dans un esprit de quête insatiable, Souhila Belbahar, dont le pinceau se laisse aller à toute forme, essaie tout, mais ne recommence jamais ce qu’elle a déjà fait (…). ’’Je tiens en permanence à fouetter mes méninges’’, raconte-t-elle. La doyenne reste rivée à son réalisme qu’elle agrémente de tons fluides avec un zeste de lyrisme. Elle refuse de faire ce que les autres font et préfère «coincer» ses œuvres dans le semi-figuratif ou le figuratif. ’’L’artiste qui opte pour l’art abstrait doit être honnête’’, dit-elle. Ses thématiques, elle les puise du terroir des régions algériennes, en immortalisant des scènes qui relèvent du patrimoine matériel et immatériel. Interrogée à commenter la peinture algérienne, l’artiste Souhila ne va pas par trente-six chemins pour donner son avis, au demeurant, succinct. «La peinture algérienne est diversifiée avec plusieurs courants picturaux», résume la plasticienne non sans encourager la femme artiste à aller de l’avant pour «faire sortir ce qu’elle a dans les tripes».

«La peinture m’a aidée à accepter l’autre, à penser librement»
Souhila met en gestation des scènes qui éclatent par la suite, au gré de l’humeur de l’instant. Des instants fugitifs qu’elle vole au détour de quelque sensation, émotion ou rêve. «J’engage une sorte de complicité avec ma toile (…). Je sais où je vais aller mais je ne sais jamais où je vais terminer», nous dit-elle. Belle repartie, en somme de l’artiste qui n’a de cesse d’interpeller ses profondeurs, car pour elle, la peinture répond au plaisir d’esquisser le trait qui devient forme sur l’aplat.
Une carrière artistique de plus de 40 années riche en expérience lui a permis d’élaborer son geste et «maturer» sa vision plastique et ce, à travers plusieurs techniques où la douceur du trait se conjugue à la spontanéité du geste. Blanchie sous le harnois de l’activité picturale, Souhila Belbahar nous lance cette œillade qui résume l’âme d’une artiste : «La peinture m’a aidée à accepter l’autre, à penser librement». Une expression qui, au terme d’un itinéraire artistique riche et bien rempli, finira par inscrire la doyenne sur les tablettes du panthéon de l’art de la peinture au féminin.
Rappelons qu’une exposition réunissant une quarantaine d’œuvres de l’artiste se tient jusqu’au 10 juin prochain à la galerie du Musée national Nasreddine Dinet (Bou Saâda).

Par : Farouk Baba-Hadji

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