Le Midi Libre - Supplément Sport - «Le Maroc ne me fait pas peur»

Edition du 12 Janvier 2011



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Rafik Djebbour
«Le Maroc ne me fait pas peur»
6 Janvier 2011

Après avoir évoqué sa situation dans son club, l’AEK Athènes, et les difficultés offensives de la sélection algérienne, Rafik Djebbour regarde devant lui : au menu de cet entretien fleuve le prochain Algérie-Maroc.


En mars prochain se profile une rencontre couperet contre le Maroc, un gros match qui ressemble à un quitte ou double pour les Verts. Comment appréhendez-vous ce rendez-vous ?
Je n’ai pas peur. L’Algérie est fan des gros matchs, on adore ça… C’est quand il y a quelque chose de grand à jouer, qu’on commence à jouer. On va jouer avec le cœur « comme d’hab’ ». Mais la bonne idée, ça serait d’arriver avec une bonne mise en place tactique. Un schéma sur lequel on pourra aussi s’appuyer dans le futur. J’aimerais aussi qu’on arrête d’être une équipe réactive. Notre vrai problème est bien là. On n’est pas une équipe active, mais réactive. Il faut qu’on arrête avec l’a priori d’infériorité. On doit croire en nous et en nos qualités. Si on arrive à ça, on peut aller loin. Le Maroc n’est pas un adversaire infranchissable, ils sont sensiblement du même niveau que nous, et ce sont les détails qui feront la différence.

Vu l’intensité émotionnelle, un scénario « Egypte-Algérie », est-il envisageable contre entre ces deux pays ?
Non contre le Maroc, c’est plus le mode derby. Les Marocains ne sont pas nos ennemis. Ils le seront sur le terrain, car c’est comme ça, c’est une guerre, il faut gagner le match. C’est différent de l’Egypte, c’est un autre type de population. Les Marocains sont des cousins avec des affinités culturelles plus importantes. Au-delà d’un derby, il faudra que nous aussi, on défende une forme de notoriété. Retrouver la victoire et redonner une suprématie à l’Algérie, c’est très important. La victoire, c’est un message que tu envoies en disant que c’est toi qui veut te qualifier à la CAN.

L’équipe d’Algérie, c’est aussi votre histoire d’amitié avec Hassen Yebda, on vous imagine heureux de l’avoir retrouvé en sélection…
Content c’est une certitude. J’ai même milité pour qu’il vienne nous rejoindre. Après avoir quitté le centre de formation d’Auxerre, on aimerait se retrouver un peu plus tard en club. Finalement, on grandit chacun de son côté. Et de se retrouver avec les Verts, c’est quelque chose de grand. Maintenant, on sait pour quelles raisons il a rejoint les sélections jeunes françaises. Je peux vous dire que c’est un vrai algérien. il a clairement gardé une partie algérienne en lui. Il vit comme un algérien, et comme un Kabyle. Il adore parler de sa région d’origine. Mais quand tu es jeune et appelé en équipe de France, c’est avantageux d’y aller. Tu passes des paliers plus rapidement et tu peux jouer des compétitions européennes et internationales. Maintenant, Je le voyais mal, après ce qu’il a vécu en club en France, rejoindre par la suite l’équipe de France. Je pense qu’il s’est construit par son parcours. Et il était fait pour l’Algérie, et c’est un grand plus.

Feghouli, Tafer, Brahimi ou d’autres hésitent à rejoindre la sélection algérienne. Comprenez-vous cela ? Et qu’en pensez-vous ?
Personnellement, je ne peux pas me permettre de leur dire quoi que ce soit. Je ne les connais pas. Maintenant, c’est un choix déterminant pour le reste de leur carrière. Pour ma part, je suis allé en équipe d’Algérie, sans me demander si c’était bon pour ma carrière. C’est la raison du cœur, du sang, c’est quelque chose que j’avais en moi-même. S’ils veulent venir pour l’Algérie, qu’ils viennent avec le cœur. S’ils préfèrent la France, qu’ils jouent avec les raisons qui les poussent à jouer pour les Bleus. Et je leur souhaite bonne chance dans leurs carrières. Je ne suis pas l’ambassadeur des Verts. L’équipe nationale n’est pas une chose qu’on doit promouvoir. Soit tu joues pour l’Algérie, soit tu ne joues pas. Ce qui est clair et il ne faut pas se le mentir, le footballeur algérien n’est pas quelque chose qui vend à l’échelle internationale. Certains parmi nous, auraient pu espérer jouer pour une autre sélection, et peut être avoir une autre carrière en club. Mais au final, c’est une fierté de porter le maillot Vert. Je ne le renierai jamais. S’ils veulent venir, ils ressentiront cette fierté.

Justement, est-ce que le fait de jouer pour l’Algérie, est-il un frein pour signer dans des grands clubs ?
C’est sûr. Ça peut être un réel handicap. La preuve est que les deux seuls franco-algériens qui jouent en équipe de France, sont dans des grands clubs. Je ne suis pas sûr que si Benzema et Nasri étaient devenus internationaux algériens, ils seraient aujourd’hui dans les mêmes clubs. Quant à la CAN, c’est presque plus un handicap, avec les déplacements et les voyages. En Europe, l’intensité des matches est plus importante. Les clubs ont besoin de joueurs frais et disponibles. Et pour honnête, quand tu vas au fin fond de l’Afrique, et que tu reviens dans ton club. Il est dur de retrouver la motivation en étant fatigué et usé. Si en plus, tu es en méforme, et que la fatigue s’ajoute…je vous laisse imaginer le reste. On est dans un contexte hyper concurrentiel. Et ça les clubs l’ont compris. D’ailleurs, ils commencent à boycotter les Africains.

Et comment gérez-vous cela ?
Je sais que ça joue beaucoup sur mes performances. Je sais que ces handicaps sont bien présents dans le football international mais j’ai fait abstraction de cela. Mais bon c’est le cœur, j’aime mon pays, j’aime ma nation, j’aime ce que je suis. C’est un devoir d’Algérien, je sais que des millions d’Algériens aimeraient être à ma place.

Vous ne parlez que très rarement dans les médias. Comment expliquez-vous cela ?
Ma communication est restreinte. Je n’ai jamais été fan des journalistes. J’ai toujours eu des difficultés. J’aime la critique propre et pertinente. Et je l’accepte. Du coup, c’est sûr que je n’ai jamais eu une bonne communication. Pourtant, je sais m’exprimer, je ne suis pas un « Zoulou». Je n’aime pas débattre des soucis à l’extérieur. Je ne veux pas être un habitué de la presse. Je n’aime pas donner des indications sur mes coéquipiers. Et j’ai peur aussi que mes propos soient sortis de leur contexte. Et qu’ensuite les gens lisent des informations erronées et se mettent à fantasmer sur notre comportement. Les propos qui soient déformés c’est archi extrêmement gênant. Vous n’entendrez pas dans ma bouche que tel joueur n’avance pas ou il est lourd…Je suis pour la critique positive. Je n’aime pas le sensationnel, l’utilisation des petites phrases. Je ne descends pas un coéquipier. J’aime l’analyse. Aujourd’hui, si on est lucide, avec ou sans Djebbour l’équipe d’Algérie ne tourne pas bien. Le problème est collectif. On ne marque pas de buts. Rennes, sans attaquant, marque des buts. Il faut qu’on arrête de se cacher derrière des excuses.

Si vous deviez vous définir quels sont les mots que vous utiliseriez ?
Je suis un gagnant et un battant. C’est votre question la plus intéressante!


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