Le Midi Libre - Supplément Économie - Lorsque la PME algérienne se contente de la transformation

Edition du 7 Juin 2010



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Moins de 45% d’exportation hors hydrocarbures
Lorsque la PME algérienne se contente de la transformation
7 Juin 2010

En quête d’une nouvelle dynamique pour booster les exportations hors hydrocarbures, l’économie algérienne n’a toujours pas trouvé la voie qui mène vers les marchés extérieurs.

Une économie confinée dans un cercle fait d’importation de matières premières, synonyme de dépendance de l’étranger, pour fabriquer des produits à peine s’ils venaient à répondre aux besoins locaux.
L’Agence pour la promotion des exportations (Algex) est venue rappeler, via les déclarations de son directeur général, une réalité amère pour toute la sphère économique qui n’a vendu que «1,3 milliard de dollars de produits hors hydrocarbures en 2009».
Le bond quantitatif tant attendu n’est pas réalisé et cela pour des raisons d’environnement interne de l’entreprise ou encore pour facteurs exogènes qui sont définis mais sans pouvoir les résoudre au demeurant.
Pourtant le diagnostic est identique à celui établi il y a plus d’une décennie. Le mal est identifié, mais la solution tarde à voir le jour.
Les chiffres avancés par la même agence montrent à quel point l’écart est important entre les exportations des hydrocarbures et les autres produits qui ne représentent au final que moins de 1% de l’ensemble des ventes algériennes à l’étranger.
Le chemin à parcourir reste long et parfois même semé d’embuches pour nos entreprises appelées à trouver de nouveaux mécanismes pour devenir acteur dans l’économie mondiale.
Des interrogations subsistent par exemple quant à la capacité du produit algérien à concurrencer ceux de l’Union européenne, premier partenaire de l’Algérie.

Une baisse de 45% en 2009
Pour l’exercice 2009, l’économie nationale a montré ses limites en matière d’exportation hors hydrocarbures. En l’espace d’une année (2008-2009), la chute des exportations est de -45%, soit pas plus de 1,3 milliards de dollars de produits exportés sur une année.
Un volume qui ne représente que 10% de la facture alimentaire de l’Algérie.
Une mauvaise performance, il faut le dire, qui remet sur la table la question récurrente de la place de l’entreprise algérienne qui ne participe pas à la création de la valeur ajoutée.
L’Agence algérienne pour la promotion des exportations qui a rendu public ces données, la semaine dernière, trouve la situation « inquiétante » car parallèlement à la baisse des exportations, les importations se stabilisent autour de 40 milliards de dollars.
En un mot, le déficit est énorme et le commerce prend le dessus sur l’économie qui ne bénéficie pas d’un retour sur investissement.
Il faut rappeler que le gouvernement a consacré une place prépondérante à la création de petites et moyennes entreprises pour augmenter leur nombre de 200 mille durant ce quinquennat. Pour ce faire, des enveloppes budgétaires sont dégagées et des facilitations, sous forme d’exonération d’impôts notamment, sont accordées.
Une stratégie qui vise essentiellement la densification du tissus industriel dans le but de soutenir l’industrie lourde et se mettre au diapason. Car la PME est aujourd’hui est le socle du développement industriel et économique.
Reste à faire de ces entreprises un véritable levier pour que la diversification de l’économie nationale, un des objectifs du gouvernement, soit une réalité.
Cela ne peut se concevoir sans l’implication de la PME dans la création de richesse et la substitution des importations par une production nationale de qualité capable de rivaliser avec le produit étranger.
Mais pour l’heure, la PME algérienne n’accomplit pas ce rôle et son développement à l’extérieur se heurte parfois à des obstacles «administratifs» et à une absence au sein même des ces entreprises de « stratégie d’exportation».

Absence de culture d’exportation et difficulté financière
Si le diagnostic d’Algex parle d’un climat international défavorable à la promotion des exportations en mettant en avant la crise économique qui affecte les industries les plus développées depuis plus d’une année, au niveau interne des obstacles subsistent encore et rendent la tâche plus compliquée.
En effet, le niveau des exportations dans le monde a chuté et des firmes internationales pourtant de renommée mondiale, comme dans le secteur automobile, ont été contraintes à diminuer le nombre de leurs effectifs et réduire leur activité dans certaines régions du monde.
Une situation qui a affecté l’économie nationale de manière indirecte. A en croire l’Agence de promotion des exportations, l’entreprise algérienne ne vend pas car la demande mondiale a baissé.
Mais les difficultés ne se limitent pas à cet aspect seulement. Comme facteur aggravant et entravant l’exportation, la même agence évoque des lourdeurs bureaucratiques et l’absence de culture d’exportation.
En clair, il s’agit de manque de financement, non pas parce que les fonds ne sont pas disponibles, mais l’accès au crédit bancaire pose problème.
Les banques, pour reprendre les termes du directeur général d’Algex ne traitent pas sur le même pied d’égalité les importateurs et les exportateurs.
Implicitement, il est donc reproché à ces banques leur préférence de traiter avec les importateurs et accorder moins d’importance aux entreprises qui se veulent se lancer dans l’exportation.
Dans ce cas, le risque est pris en considération par les banques qui seraient perdantes dans le cas ou les opérations échouent.
La confiance ne s’est donc pas totalement installée entre les deux parties. Car il faut le reconnaitre, très peu d’entreprises sont outillées pour réussir l’exportation.
Sur les 300 mille PME, seules 400 exportent leurs produits dont 350 le font régulièrement.
L’accompagnement fait défaut comme pour les transports qui sont très coûteux et parfois indisponibles et vu la rigueur des lois européennes en matière de législation comme l’arrivée des marchandises dans les délais pour des considérations d’hygiènes pour ce qui est des produits agricoles par exemple, rares sont alors les exportateurs qui peuvent satisfaire de telles exigences.
Au manque de moyens logistiques vient se greffer l’absence d’une culture d’exportation chez les industriels algériens.
Une culture qui n’est pas acquise car l’industriel algérien se contente d’importer la matière première et la transformer pour les besoins locaux.
En matière de management, le retard à rattraper est criant. Car c’est de là que commence réellement le travail vers l’international.
La prospection de marchés et la promotion du produit local sont les fondements de cette stratégie qui tarde à voir le jour.
L’accompagnement des entreprises ne doit pas ainsi se limiter à injecter des fonds.
La mise à niveau doit, en effet, englober tous les volets et celui de la promotion des exportations au sein des entreprises nécessite l’implication des pouvoirs publics.
Un aspect à prendre en compte dans le nouveau programme de mise à niveau d’autant que le ministère de l’industrie a annoncé que 15 mille PME sont concernées par cette opération durant les cinq prochaines années. Le résultat ne sera probant que si l’entreprise algérienne réussit à s’affirmer sur le plan extérieur.

Par : Ryad El Hadi

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