Le Midi Libre - evénement - «Il faut contrôler les normes de construction»

Edition du 7 Juin 2010



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Dr djellit, directeur de la recherche en sismologie au Midi Libre
«Il faut contrôler les normes de construction»
7 Juin 2010

L’Algérie a connu de nombreux séismes, le dernier en date est celui de M’sila. En 2003 la ville de Boumerdès a été secouée par un violent séisme où des immeubles entiers se sont effondrés comme des châteaux de cartes parce que les normes parasismiques n’avaient pas été respectées, alors qu’il existe un règlement datant des années 80 suite au tragique séisme d’ El Asnam

Midi Libre : Les responsables de l’aménagement du territoire et de la construction urbaine ou rurale, ont-ils prévu des normes à respecter, au niveau des zones à risque sismique pour protéger la population ?
Ourida Aït Ali : Oui, absolument ! Le règlement parasismique algérien existe depuis les années 80. Puisque c’est après le séisme du 10 octobre 1980 que le premier règlement parasismique algérien (RPA-81) a été édicté par la puissance publique. Adapté et modifié à plusieurs reprises, ce règlement a été promulgué pour définir les règles de conception et de calcul parasismique des ouvrages.
D’ailleurs, je me dois d’ajouter à ce sujet, que les pouvoir publiques ont non seulement prévu et édicté des règlements parasismiques, mais ils ont en même temps mis en place un centre national avec pour mission fondamentale : le Génie Parasismique, il s’agit de Centre de Génie Parasismique (CGS).

Ces normes sont-elles respectées ?
En principe les édifices et ouvrages publics doivent être réalisés selon un cahier de charges rigoureusement défini et où la question du dimensionnement conformément aux normes parasismiques occupe une place centrale. Pour parler de cet épineux problème, il faut d’abord à mon avis distinguer dans le bâti algérien deux secteurs : le secteur public et le secteur privé !
Le secteur public est strictement soumis au règlement parasismique et les lois du marché algérien obligent les concepteurs des ouvrages - étrangers ou nationaux - de se conformer aux dispositions des cahiers de charges où la question du respect des normes parasismiques doit être strictement respectée.
Le secteur privé est trop complexe. Sincèrement, je me dois de vous dire que je ne possède pas d’information claire à son sujet. Mais en vous disant cela je vous laisse le soin de réfléchir vous-même à la question. Puisque, par «privé» en entend «vous et moi» ou «n’importe quel citoyen algérien». Et, dans ce cas chaque Algérien propriétaire d’une maison ou autre bien immobilier, doit se poser cette question : s’est-il suffisamment informé sur le dimensionnement de son habitation au moment où il l’a construite ? S’est-il adressé, pour ce faire, à un bureau d’études spécialisé au moment de sa réalisation ?
Un point important doit être signalé ici. Car en me posant cette question, vous tentez, sans le dire explicitement, de comprendre ou de situer la faute quant aux problèmes des dégâts qui surviennent à l’occasion des tremblements de terre. Là aussi, je me dois de vous dire que le problème est complexe. Car, comme je l’avais souligné, le règlement parasismique algérien existe depuis 1981, mais comme vous devez le savoir, une grande partie du bâti algérien a été édifié avant cette date. Par conséquent, comme il n’y avait pas de règlement les choses se sont faites selon les connaissances ( ?) de l’époque. Donc, lorsqu’on aborde ce problème, on ne doit prendre en considération que le bâti qui a été édifié après la promulgation des lois; c’est-à-dire après 1981.
Dans ces conditions, il devient clair qu’on ne peut parler de faute, quand une construction s’effondre à l’occasion d’un tremblement de terre, que si cette construction a été faite après 1981 et sa réalisation a été réglementée par un cahier de charges (ou des conditions d’octroi équivalentes) où l’obligation du respect des normes parasismiques est clairement mentionnée !

Comment doit-on réagir en cas de tremblement de terre, afin d’éviter les pertes humaines ?
Avant le séisme : pour minimiser les pertes humaines, il faut bien contrôler les constructions. C’est-à-dire respecter le règlement parasismique algérien. C’est la meilleure façon !
Pendant le séisme : si l’habitation ou l’endroit dans lequel on se trouve s’effondre totalement, malheureusement il se peut qu’il n’y ait plus rien à faire, sauf miracle ou chance providentielle.
Si l’endroit où l’on se trouve ne s’effondre pas du premier coup ou résiste bien, il faut s’abriter sous une table, au niveau des entrées de chambres par exemple, conserver son calme, laisser passer la secousse principale, puis couper la lumière et le gaz quitter calmement les lieux sans courir, aller vers les places ou grandes surfaces de son quartier ou de sa ville et attendre les informations et les secours et/ou les services de sécurité (police, gendarmerie, Protection civile et autres).

Enseigner dans les écoles les consignes à respecter lors d’un séisme est-il bénéfique ? Doit-on le faire au même titre que les pays à risque sismique comme le Japon ou la Chine ?
Ah, oui ! Sensibiliser au maximum doit être la devise de tous les Algériens. Notre pays est sismiquement actif. Et la seule manière de vivre les séismes, dans les meilleures conditions, est de disposer d’une société avertie et de constructions adaptées.

En cas de fort séisme, a-t-on prévu les secours à mettre en place pour minimiser les pertes humaines ?
Oui ! Absolument ! Mais ceux qui doivent vous renseigner le mieux à ce sujet sont les services de la Protection civile et les responsables des collectivités locales. Et, sincèrement je dois dire à ce sujet que l’Algérie est sur ce plan parmi les meilleurs au monde !
Les Algériens ont un esprit de solidarité exemplaire et vous ne trouverez personne pour contredire cette affirmation. Regardez ce qui se passe actuellement à Beni Ilmen, dans la wilaya de M’sila. Pourtant le séisme qui vient d’affecter la région avec une magnitude de 5,2 est un séisme modéré. Et, l’Etat qui est présent en force ne cherche pas pour l’instant à situer les fautes ou à spéculer sur la situation : son seul souci est de porter secours à la population affectée, d’abord par obligation, et devoir de solidarité morale.

Par : Ourida Aït Ali

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