La crise qui secoue les relations algĂ©ro-françaises est en train de monter de plusieurs crans. Face aux menaces et aux surenchères de la partie française, Alger reste ferme dans sa position. En atteste la rĂ©ponse cinglante des autoritĂ©s algĂ©riennes aux menaces profĂ©rĂ©es par le ministre français de l’IntĂ©rieur, Bruno Retaillieau.
Ce dernier, se croyant sans doute au temps bĂ©ni des colonies, a osĂ© adresser un ultimatum aux autoritĂ©s algĂ©riennes mises en demeure d’accepter les algĂ©riens expulsĂ©s de France. Cette rĂ©ponse algĂ©rienne a Ă©tĂ© transmise avant-hier par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Ministère des Affaires Ă©trangères, de la CommunautĂ© nationale Ă l’Ă©tranger et des Affaires africaines, Lounès Magramane, lorsqu’il a reçu au siège du Ministère, le ChargĂ© d’Affaires de l’ambassade de la RĂ©publique française en AlgĂ©rie.
Et comme attendu ce fut un niet catĂ©gorique des autoritĂ©s algĂ©riennes aux demandes de la France et de son ministre de l’IntĂ©rieur. D’ailleurs Alger a rejetĂ© dans le fond comme dans la forme les dolĂ©ances de Paris. «Cette audience fait suite Ă celle accordĂ©e au ChargĂ© d’Affaires de l’ambassade d’AlgĂ©rie en France le 14 mars courant. Le ChargĂ© d’Affaires algĂ©rien s’est vu remettre, Ă cette occasion, une liste de ressortissants algĂ©riens faisant l’objet de dĂ©cisions d’Ă©loignement du territoire français», a indiquĂ© le communiquĂ© du MAE.
Quelques jours auparavant la France a remis Ă l’AlgĂ©rie une liste d’AlgĂ©riens qu’elle souhaite expulser de son territoire. Lounès Magramane a remis au ChargĂ© d’Affaires français une note verbale contenant la rĂ©ponse officielle des autoritĂ©s algĂ©riennes. «Dans cette rĂ©ponse, l’AlgĂ©rie rĂ©affirme son rejet catĂ©gorique des menaces et des vellĂ©itĂ©s d’intimidation, ainsi que des injonctions, des ultimatums et de tout langage comminatoire. En outre, l’AlgĂ©rie dĂ©sapprouve l’approche sĂ©lective de la France vis-Ă -vis des accords bilatĂ©raux et internationaux liant les deux pays.
Elle rĂ©affirme qu’en ce qui la concerne, l’AlgĂ©rie n’est animĂ©e que par le souci de s’acquitter de son devoir de protection consulaire Ă l’Ă©gard de ses ressortissants», affirme le texte du Ministère des Affaires Ă©trangères. Il semble mĂŞme que dans leur dĂ©marche arrogante les Français ont omis de respecter les procĂ©dures et les accords liant les deux parties .
«S’agissant de la dĂ©marche de la partie française, celle-ci a Ă©tĂ© rejetĂ©e par les autoritĂ©s algĂ©riennes sur les plans de la forme et du fond. Sur la forme, l’AlgĂ©rie a fait valoir que la France ne pouvait, unilatĂ©ralement et Ă sa seule discrĂ©tion, dĂ©cider de remettre en cause le canal traditionnel de traitement des dossiers d’Ă©loignement», souligne le communiquĂ©.
La partie française a, par consĂ©quent, «étĂ© invitĂ©e Ă respecter la procĂ©dure Ă©tablie en la matière, en suivant le canal d’usage, celui entretenu entre les PrĂ©fectures françaises et les Consulats algĂ©riens compĂ©tents, et en prĂ©servant la manière de traitement habituelle, celle de procĂ©der au cas par cas», at- on expliquĂ©. Dans ce genre d’affaires la règle Ă©tablie de longue date entre les deux parties veut que ce soient les prĂ©fectures françaises qui saisissent les consultas d’AlgĂ©rie en France, ce qui n’a pas Ă©tĂ© le cas puisque la France a transmis une liste de dizaines de personnes par le canal diplomatique.
Cet impair français concerne la forme. «Sur le fond, la rĂ©ponse algĂ©rienne a soulignĂ© que le Protocole d’Accord de 1994 ne peut ĂŞtre dissociĂ© de la Convention de 1974 sur les relations consulaires qui demeure le cadre de rĂ©fĂ©rence principal en matière consulaire entre les deux pays.
De ce point de vue, la mise en Ĺ“uvre de l’un ne doit pas se faire au dĂ©triment de l’autre, notamment lorsqu’il s’agit de la nĂ©cessitĂ© de veiller au respect des droits des personnes faisant l’objet de mesures d’Ă©loignement », poursuit la mĂŞme source. En somme la France est en porte Ă faux avec le Protocole d’Accord de 1994 la Convention de 1974. C’est dire combien la dĂ©marche française, mal pensĂ©e et mal coordonnĂ©e, est aisĂ©ment rĂ©futable.
C’est pour cette somme de maladresse que «les autoritĂ©s algĂ©riennes ont dĂ©cidĂ© de ne pas donner suite Ă la liste soumise par les autoritĂ©s françaises ». Ces dernières ont Ă©tĂ© d’ailleurs « invitĂ©es Ă suivre le canal d’usage, en l’occurrence celui Ă©tabli entre les PrĂ©fectures et les Consulats», conclut le communiquĂ© du Ministère des Affaires Ă©trangères.
PoussĂ© dans ses derniers retranchements par cette cinglante rĂ©ponse de l’AlgĂ©rie Bruno Retailleau, dont la dĂ©marche cavalière a quelque peu Ă©tĂ© dĂ©sapprouvĂ©e par le Premier ministre, François Bayrou, poursuit sa fuite en avant puisque poursuivant sa surenchère, il a proposĂ© hier la suppression de l’accord de 2007 qui exempt de visa les dĂ©tenteurs des passeports diplomatiques algĂ©riens et français.
Il a trouvĂ© un alliĂ© de poids en la personne du ministre de la Justice, GĂ©rard Darmanin, lequel est allĂ© encore plus loin en prĂ©conisant le rappel de l’ambassadeur de France en AlgĂ©rie, la suspension des passeports diplomatiques et la rĂ©vocation de l’accord de 1968. Une dĂ©marche que ne partage pas François Bayrou qui s’est montrĂ© plus pondĂ©rĂ© en jouant la carte de l’apaisement. Quand la France souffle le chaud et le froid.