La crise semble s’installer durablement entre l’AlgĂ©rie et l’Espagne. Dans l’immĂ©diat en effet, rien n’augure d’un proche dĂ©nouement tant les relations entre les deux pays ne font que s’enliser davantage dans la crise.
Car malgrĂ© les tentatives de Madrid d’apaiser cette tension, malgrĂ© le fait qu’elles sont accompagnĂ©es de dĂ©clarations très maladroites de certains responsables espagnols, Alger fait montre d’une fermetĂ© en posant mĂŞme ses conditions pour revenir Ă la normale. C’est par la voix de l’EnvoyĂ© spĂ©cial chargĂ© de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb, Amar Belani, que l’AlgĂ©rie a exposĂ© sa vision quant Ă l’Ă©ventualitĂ© de trouver une solution Ă cette crise inĂ©dite. Et le moins qu’on puisse dire c’est que Alger a placĂ© la barre très haut en liant toute solution Ă la condition d’un changement de gouvernement en Espagne . En somme, pour l’AlgĂ©rie, il est hors de question que les relations reviennent Ă la normale alors que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est toujours en fonction. A moins d’un revirement et un retour au bon sens diplomatique. De plus, l’AlgĂ©rie reproche Ă certains ministres du gouvernement de Pedro Sanchez de verser carrĂ©ment dans les contredites et la fuite en avant. « Les dĂ©clarations irresponsables faites par la ministre (Nadia) Calvino et les propos distillĂ©s en off par le ministre Albares ruinent dĂ©finitivement toute chance de normalisation des relations avec un gouvernement non fiable qui s’enfonce dans les mensonges et la fuite en avant », a dĂ©clarĂ© Belani au journal espagnol El Confidencial de ce jeudi. Les rĂ©centes dĂ©clarations de certains ministres espagnols sur le fait que la Russie serait Ă l’origine de la position exprimĂ©e par l’AlgĂ©rie ont irritĂ© au plus haut point les responsables algĂ©riens.
En vĂ©ritĂ©, les responsables du gouvernement espagnol tentent ainsi de susciter le soutien des pays membres de l’Union europĂ©enne en laissant clairement entendre que cette crise s’inscrit dans le cadre de la tension entre le monde occidental et la Russie. « Quant aux autres officiels (Robles et Bau, respectivement ministre de la DĂ©fense et secrĂ©taire d’Etat aux Affaires Ă©trangères) qui soutiennent que la nouvelle position radicale de l’Espagne sur la question du Sahara occidental est respectueuse du droit international, ils font montre d’un cynisme et d’un aveuglement affligeants », a indiquĂ© Amara Belani. Et Ă ce dernier de dĂ©monter la thèse espagnole qui soutient l’option de l’autonomie du Sahara occidental dans le cadre de la souverainet du Maroc. Le comble c’est que l’Espagne, ou plutĂ´t le gouvernement de Pedro Sanchez, veut clairement faire accroire qu cela n’est en rien antinomique avec les rĂ©solutions de l’Onu. « Plus grave, non seulement l’Espagne bafoue le droit international mais elle foule au pied le droit europĂ©en qui a statuĂ© que le royaume du Maroc et le Sahara occidental sont deux territoires sĂ©parĂ©s et distincts, excluant ainsi toute souverainetĂ© marocaine sur le territoire du Sahara occidental », a-t-il encore prĂ©cisĂ© et ce, après avoir mis en avant certains prĂ©ceptes du droit international qui rĂ©gissent ce conflit de dĂ©colonisation entre le Maroc et le Front Polisario.
Pour Amar Belani , le revirement du gouvernement de Pedro Sanchez sur la question du Sahara occidental va au « contraire, non seulement entraver les efforts de M. De Mistura (envoyĂ© personnel du SG de l’Onu pour le Sahara occidental) mais aussi encourager le Maroc Ă persĂ©vĂ©rer dans sa dangereuse aventure expansionniste, porteuse de risques sĂ©rieux d’escalade et d’exacerbation de la tension dans la rĂ©gion. L’Espagne en portera aussi la responsabilitĂ© ». Cette rĂ©action de Belani atteste que la crise entre les deux pays est profonde. C’est en changeant de position de manière radicale par le soutien au Maroc que Madrid a irritĂ© Alger. Très en colère, Alger a de suite rappelĂ© son ambassadeur Ă Madrid avant de procĂ©der dans un deuxième temps Ă la suspension du TraitĂ© d’amitiĂ© liant les deux pays.