La crise que traversent les relations algero-espagnoles
est vraiment inĂ©dite puisque jamais les rapports entre les deux pays n’ont atteint un tel stade de profonde divergence.
MĂŞme si on est encore loin de la rupture il n’en reste pas moins qu’entre les deux capitales la mĂ©fiance s’est installĂ©e et les reproches mutuels sont allĂ©s crescendo de part et d’autre. Madrid, qui a Ă©tĂ© Ă l’origine de cette crise, s’est mĂŞme tournĂ©e vers l’Union europĂ©enne (UE) pour tenter de renforcer sa position et peser ainsi de tout son poids pour inflĂ©chir la position algĂ©rienne. En suspendant le traitĂ© d’amitiĂ© entre les deux pays, Alger a pris une position ferme signifiant Ă la partie espagnole qu’elle ne reculera devant rien pour prĂ©server ses intĂ©rĂŞts vitaux. preuve en est la riposte Ă la rĂ©action de l’UE, qui a soutenu l’Espagne et qui voulait faire porter le chapeau Ă la partie algĂ©rienne. Un parti pris rejetĂ© fermement par l’AlgĂ©rie. "L’AlgĂ©rie dĂ©plore et rejette les dĂ©clarations hâtives et infondĂ©es faites hier au nom de l’Union europĂ©enne Ă la suite de la dĂ©cision souveraine prise par l’AlgĂ©rie de suspendre le TraitĂ© d’amitiĂ©, de bon voisinage et de coopĂ©ration la liant Ă l’Espagne", a indiquĂ© vendredi un communiquĂ© du ministère algĂ©rien des Affaires Ă©trangères. La prĂ©cipitation et le parti pris de ces dĂ©clarations mettent en Ă©vidence le caractère inappropriĂ© de leur contenu, s’agissant d’un "dĂ©saccord politique avec un pays europĂ©en de nature bilatĂ©rale n’ayant aucune incidence sur les engagements de l’AlgĂ©rie Ă l’Ă©gard de l’Union europĂ©enne et ne nĂ©cessitant par voie de consĂ©quence nullement le dĂ©clenchement d’une quelconque consultation europĂ©enne aux fins de rĂ©action collective", estime le dĂ©partement de Ramtane Lamamra.
Une rĂ©ponse très claire qui en dit long sur l’exaspĂ©ration de l’AlgĂ©rie de cette attitude europĂ©enne quand bien mĂŞme elle n’est pas l’Ă©manation des instances officielles de l’UE. C’est dire que cette crise est certainement appelĂ©e, dans un avenir proche, Ă connaĂ®tre, inĂ©luctablement, de nouveaux dĂ©veloppements qui dĂ©passeront le cadre bilatĂ©ral de cette crise entre Madrid et Alger pour avoir des consĂ©quences sur l’ensemble des relations avec l’UE. Revoir la relation avec l’UE Ă€ la faveur de cette crise des voix, de plus en plus nombreuses, se sont Ă©levĂ©es en AlgĂ©rie pour rĂ©clamer la rĂ©vision de l’Accord d’association entre l’AlgĂ©rie et l’UE. Un accord qui a Ă©tĂ© signĂ© en 2002 et entrĂ© en vigueur en 2005. Cet accord, intervenu dans un contexte ou l’AlgĂ©rie s tait Ă peine de son isolement diplomatique, a de tout temps Ă©tĂ© critiquĂ© car la plupart des algĂ©riens le considĂ©raient, sans doute Ă juste titre, comme inĂ©quitable puisque largement en faveur de la partie europĂ©enne. Certaines parties politiques le rejettent carrĂ©ment et plaident ouvertement pour son abondon. Le cercle d’action et de rĂ©flexion pour l’entreprise (Care), qui est un "think tank" a lui aussi fait le plaidoyer de l’inĂ©vitable rĂ©vision de cet accord. Dans une note intitulĂ©e "Accord d’association AlgĂ©rie-Union europĂ©enne : des blocages persistants Ă surmonter", publiĂ©e au mois de fĂ©vrier dernier, Care a estimĂ© nĂ©cessaire d’Ă©tablir un Ă©tat des lieux, notamment pour appuyer "les critiques rĂ©currentes adressĂ©es Ă cet accord". Il a de plus clairement appelĂ© Ă l’ouverture d’un dĂ©bat public au niveau des institutions officielles telles que l’AssemblĂ©e populaire nationale (ApN).
Le moment est donc venu pour que l’AlgĂ©rie engage de nouveaux pourparlers avec l’UE en vue de revoir cet accord afin qu’il soit plus Ă©quilibrĂ© et profitable aux deux parties. En vĂ©ritĂ© les dirigeants algĂ©riens sont on ne peut plus conscients de cette lacune et se sont dĂ©jĂ inscrits dans l’optique de la rĂ©vision de l’accord d’association. Au mois de novembre dernier et lors d’un Conseil des ministres le prĂ©sident Tebboune a instruit Ă l’effet de revoir les dispositions de cet accord "clause par clause et en fonction d’une vision souveraine et d’une approche gagnantgagnant". La rĂ©vision ciblĂ©e doit surtout tenir compte, selon lui, de "l’intĂ©rĂŞt du produit national en vue de crĂ©er un tissu industriel et des emplois". plus ça va vite plus c’est mieux pour l’AlgĂ©rie car l’Ă©conomie nationale perd des milliards de dollars au bĂ©nĂ©fice des pays europĂ©ens.