Le Midi Libre - La 24 - L’homme de la bataille d’alger tire sa rĂ©vĂ©rence
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Edition du 12 Septembre 2021



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Yacef Saâdi
L’homme de la bataille d’alger tire sa rĂ©vĂ©rence
12 Septembre 2021

Yacef Saâdi, l’homme de la Bataille d’Alger, est parti. L’un des derniers grands noms de la guerre de LibĂ©ration nationale s’est Ă©teint dans la nuit de vendredi 10 septembre 2021 Ă  l’âge de 93 ans. Près d’un siècle au service de la patrie. D’abord pour la cause de l’indĂ©pendance, puis pour l’Ă©criture et la documentation de cette Ă©popĂ©e Ă  laquelle il a grandement pris part. NĂ© Ă  la Casbah d’Alger en 1928, dans une famille originaire d’Azzefoun (Kabylie), Yacef Saâdi a rejoint le Parti du peuple algĂ©rien (PPA) dès 1945, Ă  17 ans.

Un parcours qui le mènera en autant d’annĂ©es Ă  faire partie de l’embryon de la lutte armĂ©e, l’Organisation spĂ©ciale (OS) en 1947, Ă  cĂ´toyer de nombreux chefs historiques de la rĂ©volution (Rabah Bitat, Larbi Ben’Mhidi, Krim Belkacem, Abane Ramdane…), Ă  diriger la Zone autonome d’Alger, Ă  encadrer les lĂ©gendaires Ali la Pointe, Djamila Bouhired, Hassiba Benbouali et le petit Omar, son neveu, et Ă  connaitre les geĂ´les coloniales. Le jeune Saâdi rejoint en 1945 le PPA, qui deviendra en 1947 le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertĂ©s dĂ©mocratiques). La mĂŞme annĂ©e il fait partie de l’organisation paramilitaire, l’OS. Après le dĂ©mantèlement de celle-ci, en 1950, il part en France. Revenu en AlgĂ©rie en 1952, il reprend son mĂ©tier de boulanger jusqu’en 1954, annĂ©e charnière dans l’histoire du peuple algĂ©rien et de son parcours personnel. Cette annĂ©e-lĂ , quelques mois avant le dĂ©clenchement de la lutte armĂ©e, son destin bascule lorsqu’il rencontre Rabah Bitat, l’un des six membres du CRUA (ComitĂ© rĂ©volutionnaire pour l’unitĂ© et l’action) qui chapeauteront le dĂ©clenchement de la rĂ©volution du 1er novembre 1954. En 1955, il est envoyĂ© en Suisse pour rencontrer les dirigeants de la rĂ©volution en exil. ArrĂŞtĂ© et expulsĂ© vers la France, il sera libĂ©rĂ© en septembre de la mĂŞme annĂ©e.

Au lieu de servir d’informateur sur les rĂ©seaux du FLN, il deviendra au contraire un de fers de lance de la lutte armĂ©e dans la capitale. Il crĂ©e en 1955 le premier commando de la one autonome d’Alger, sous l’autoritĂ© de Abane Ramdane. La mĂŞme annĂ©e, il enrĂ´le Ali la Pointe. Durant toute l’annĂ©e 1956, il s’attelle, en sa nouvelle qualitĂ© de responsable militaire de la Zone autonome d’Alger, Ă  organiser le quartier populaire de la Casbah et la Bataille d’Alger qui connaitra son apogĂ©e en 1957. Cette mĂŞme annĂ©e, en mars, il devient le chef de la Zone autonome après l’arrestation de Ben M’hidi. Les attentats Ă  la bombe qui constituent les plus hauts faits d’armes du FLN dans la capitale entre fin 1956 et fin 1957, c’est lui et son rĂ©seau de moudjahidate.

Une mĂ©moire qui n’a pas pris une ride

L’intervention des parachutistes du gĂ©nĂ©ral Massu Ă  partir de dĂ©but 1957 a fait des ravages dans les rangs de la Zone autonome. Yacef Saâdi sera arrĂŞtĂ© en septembre. Un mois plus tard, le dernier noyau dur est dĂ©cimĂ©. Ali la Pointe, Hassiba Benbouali, Mahmoud Bouhamidi et le petit Omar Yacef, neveu de Yacef Saâdi, refusent de se rendre et leur cache au 5, rue des Abderamès, Ă  la Haute-Casbah, est dynamitĂ©e. Yacef Saâdi sera condamnĂ© trois fois Ă  la peine de mort. Il sera graci en 1959, au mĂŞme titre que tous les condamnĂ©s Ă  mort en AlgĂ©rie. Ă€ l’indĂ©pendance, il retrouve la libertĂ© et se consacre Ă  la documentation des Ă©vĂ©nements dont il a Ă©tĂ© tĂ©moin. Ă€ l’Ă©poque, il n’y avait pas mieux que le cinĂ©ma pour le faire. Il crĂ©e une sociĂ©tĂ© de production qui produira l’un des chefs-d’oeuvre du cinĂ©ma AlgĂ©rien, la Bataille d’Alger, rĂ©alisĂ© en 1966 par l’Italien Gillo Pontecorvo, dans lequel Yacef Saâdi joue son propre rĂ´le. Dès 1962, il commence, Ă  publier ses mĂ©moires, dont il a entamĂ© l’Ă©criture en prison. En plusieurs tomes, il reviendra par le menu dĂ©tail sur les pĂ©ripĂ©ties de la Guerre de libĂ©ration, particulièrement de la Bataille d’Alger.

Durant les dernières annĂ©es de sa vie, il a fait l’objet de nombreuses polĂ©miques, notamment lorsqu’il a Ă©tĂ© accusĂ© par l’assassin de Larbi Ben M’hidi, le gĂ©nĂ©ral Paul Aussaresses, d’avoir rĂ©vĂ©lĂ©, lors de son interrogatoire, la cache d’Ali la Pointe. Une version qui sera dĂ©mentie par l’intĂ©ressĂ© et d’autres tĂ©moignages, dont celui de l’historienne, rĂ©alisatrice et journaliste française Marie-Monique Robin qui rĂ©vĂ©la la vĂ©ritable identitĂ© de celui qui a permis de repĂ©rer la cache du 5, rue des Abderamès. Yacef Saâdi Ă©tait aussi un fĂ©ru de football dans sa jeunesse. Il a jouĂ© pour l’USM Alger, un club qu’il prĂ©sidera dans les annĂ©es 1970 et qu’il continuera Ă  supporter jusqu’Ă  son dernier souffle. En près de 60 ans d’indĂ©pendance, il n’a presque jamais fait de politique, acceptant nĂ©anmoins le poste honorifique de sĂ©nateur dans le tiers prĂ©sidentiel en 2001.

Contrairement Ă  beaucoup de ses compagnons qui se sont contentĂ©s de publier leurs mĂ©moires, Yacef Saâdi n’hĂ©sitait pas Ă  intervenir dans le dĂ©bat public, notamment sur les Ă©vĂ©nements de la bataille d’Alger, montant Ă  chaque fois au crĂ©neau pour rĂ©tablir des vĂ©ritĂ©s et dĂ©fendre la mĂ©moire des hommes et des femmes qui ont servi sur ses ordres. L’une de ses dernières interventions publiques, il l’a faite en 2018, sur TSA, pour dĂ©mentir des contre-vĂ©ritĂ©s propagĂ©es Ă  propos de la moudjahida Fadila Attia, une employĂ©e du gouvernement gĂ©nĂ©ral qui a rendu d’Ă©normes services au FLN pendant la rĂ©volution. Il avait 91 ans, mais sa mĂ©moire n’avait pas pris une ride, ni sa dĂ©termination d’empĂŞcher de sĂ©vir ceux qui se servent de l’Histoire pour rĂ©gler leurs comptes politiques.


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