"Aucun soldat algĂ©rien n’ira au Sahel". Abdelmadjid Tebboune a fait un plaidoyer pour une prĂ©sence plus forte de l’AlgĂ©rie en Afrique, mais sans engagement militaire.
"L’AlgĂ©rie n’enverra pas (de soldats au Sahel) et si le PrĂ©sident français le demande, nous n’enverrons pas non plus. Je ne vais pas envoyer les enfants du peuple se sacrifier pour d’autres, le Mali, etc... Nous le ferons qu’en cas d’opĂ©rations de dissuasion", a dĂ©clarĂ©, lundi 1 mars au soir, le prĂ©sident Abdelmadjid Tebboune, lors d’une rencontre avec la presse, diffusĂ©e par les chaines de tĂ©lĂ©vision et de radio. "La France pense que sa mission historique est de protĂ©ger (les pays du Sahel). Notre vision est d’aider pour qu’il y ait une certaine dĂ©mocratie et pour que les Etats se construisent. L’Etat ne se rĂ©duit pas Ă son PrĂ©sident", a-t-il dit. Et de poursuivre : "Dernièrement, nous Ă©tions les premiers Ă envoyer un avertissement Ă Niamey, après les derniers troubles (post Ă©lectorales). Nous avons dit que nous Ă©tions contre la violence. La France est intervenue après. Les Français savent que l’AlgĂ©rie a une grande influence en Afrique (…) L’AlgĂ©rie est une puissance en Afrique, qu’on le veuille ou non. Notre armĂ©e est puissante. Et nous prĂ©servons notre prolongement, en Afrique et ailleurs".
"Demain, le commerce extĂ©rieur se fera avec l’Afrique"
Le chef de l’Etat a reprochĂ© Ă la diplomatie algĂ©rienne, de ne pas s’intĂ©resser Ă l’Afrique. "L’Angola, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud n’ont que l’AlgĂ©rie en Afrique. Nous n’avons jamais exploitĂ© cette influence, ni sur le plan Ă©conomique, ni sur le plan politique. Combien de ministres des Affaires Ă©trangères (algĂ©riens), ont visitĂ© l’Afrique du Sud, ces dix dernières annĂ©es? Après trente voyage sde l’autre cĂ´tĂ© de la mer (vers l’Europe), peut ĂŞtre qu’ils iront une fois en Afrique", a-t-il regrettĂ©. Selon lui, l’existence naturelle de l’AlgĂ©rie est en Afrique. "Demain, le commerce extĂ©rieur se fera avec l’Afrique. Cela ne veut pas dire que nous allons nous isoler du reste du monde.
Nous sommes une puissance rĂ©gionale, que les autres reconnaissent. Nous sommes impliquĂ©s dans la recherche de solutions pour la Libye, le Mali et le Niger", a-t-il notĂ©. Et d’ajouter : "Au sein de l’Union africaine, les prĂ©sidents des Etats nous disent, que depuis que l’AlgĂ©rie s’est absentĂ©e ces dix dernières annĂ©es, ils nous ont mangĂ©, c’est leur expression. Aujourd’hui, l’AlgĂ©rie se rĂ©tablit Ă l’intĂ©rieur et Ă l’extĂ©rieur, sa voix est entendue". Il a estimĂ©, que l’AlgĂ©rie reprend ses forces dans le respect des autres et leurs droits, "mais sans cĂ©der un millimètre, quant ses prĂ©rogatives ou sa souverainetĂ©". "Nous ne changerons pas nos positions. Nous n’abandonnerons pas le dossier du Sahara occidental, sans ĂŞtre contre le Maroc", a-t-il insistĂ©. Tebboune a prĂ©cisĂ©, que l’AlgĂ©rie a de bonnes relations avec les Etats Unis, l’Union europĂ©enne et les pays du Golfe, "malgrĂ© quelques divergences".
"Nous ne changerons pas nos positions"
Il a Ă©galement qualifiĂ© de bonnes, les relations avec le prĂ©sident français Emmanuel Macron, ce qui a permis de dĂ©passer "une certaine crispation" dans les positions. "Mais, il y a le pouvoir apparent et il y a les lobbys. En France, il existe des lobbys puissants. Il y a un lobby qui englobe nos voisins et d’autres gens qui cherchent Ă perturber nos relations avec la France. Et, il y a le lobby constituĂ© de ceux qui ont perdu le Paradis (après l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie). Cela leur reste en travers de la gorge, eux et leurs descendances. Ce lobby ne laisse personne se rapprocher de l’AlgĂ©rie", a relevĂ© Abdelmadjid Tebboune.
"La France fait mille calculs pour l’AlgĂ©rie"
Il a prĂ©cisĂ© que les AlgĂ©riens sont attachĂ©s Ă leur mĂ©moire. "Parce que ce que nous avons subi (durant la colonisation) n’est pas moindre. Je n’ai pas le complexe de l’ex-colonisateur. La France fait mille calculs pour l’AlgĂ©rie. Nous ne sommes pas un protectorat (français), vous parlez d’un autre Etat. Un Etat qui n’est mĂŞme pas consultĂ©, lorsqu’ils dĂ©cident pour lui. Il applique et se tait", a-t-il rĂ©pondu Ă une question du journaliste d’El Khabar. L’historien français Benjamin Stora, qui a remis le 20 janvier 2021 un rapport sur "la MĂ©moire de la guerre d’AlgĂ©rie" au prĂ©sident Emmanuel Macron, a fait l’objet de menaces, selon Tebboune. "Dès qu’il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ©, il a reçu des lettres portant des menaces de mort", a-t-il prĂ©cisĂ©.
"Nous n’abandonnerons jamais notre MĂ©moire..."
"Il ne peut y avoir de bonnes relations, au dĂ©triment de l’Histoire ou de la mĂ©moire. Le PrĂ©sident français le sait. Les choses se règlent avec intelligence et dans le calme, pas avec des slogans. Nous n’abandonnerons jamais notre mĂ©moire, mais sans en faire un fond de commerce. Les restes mortuaires que nous avons rĂ©cupĂ©rĂ©s, Ă©tait un geste. Auparavant, ils refusaient cette restitution", a relevĂ© le chef de l’Etat. Il a rappelĂ© qu’Emmanuel Macron a dĂ©clarĂ©, que la colonisation Ă©tait "un crime contre l’humanitĂ©". Cette dĂ©claration a Ă©tĂ© faite en fĂ©vrier 2017 Ă Alger, lorsque Emmanuel Macron Ă©tait candidat Ă l’Election prĂ©sidentielle. Tebboune a annoncĂ©, que le prochain Sommet arabe, qui doit se tenir en AlgĂ©rie, se tiendra une fois la pandĂ©mie de la Covid 19 dĂ©passĂ©e. Il a Ă©cartĂ© sa tenue par visioconfĂ©rences. Le Sommet devait avoir lieu en 2020.