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Edition du 4 Octobre 2020



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Report de la rentrèe scolaire
Parents et élèves dans le flou
4 Octobre 2020

Le ministère de l’Ă©ducation a annoncĂ© jeudi le report sine die de la rentrĂ©e scolaire, initialement prĂ©vue le 4 octobre. Une première en AlgĂ©rie. Dans un contexte Ă©pidĂ©miologique sans prĂ©cĂ©dent liĂ© Ă  la pandĂ©mie de la Covid-19, les vacances scolaires se prolongent depuis mars dernier.

Le printemps est passĂ©, puis l’Ă©tĂ©. L’automne est bien entamĂ© et l’hiver s’annonce dans deux mois, mais les Ă©tablissements scolaires n’ont toujours pas rouvert leurs portes au grand dam des parents. Entre travail, tracasseries de la vie quotidienne, et autres obligations, ils doivent dĂ©ployer des trĂ©sors d’imagination pour occuper leurs enfants. La peur de les voir dĂ©crocher de leurs Ă©tudes après cette coupure pĂ©dagogique de sept mois les envahit. Chez les enfants, l’ambiance est Ă  l’insouciance. OubliĂ©es l’orthographe, les tables de multiplication, les règles grammaticales et la lecture. Les tablettes, tĂ©lĂ©phones portables, playstations, sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es et connexions virtuelles remplissent leurs journĂ©es installant de mauvaises habitudes dont il sera difficile de se dĂ©faire, lorsque la cloche sonnera de nouveau.

Tablette et télévision ont remplacé livres et cahiers

Pour Lilia 40 ans, femme au foyer, la coupe est pleine. La quadragĂ©naire ne sait plus comment occuper ses deux filles de 7 et 9 ans. Et surtout elle s’inquiète de les voir prendre de mauvaises habitudes. "Depuis l’arrĂŞt des cours en mars dernier, elles ont complĂ©tement changĂ© leur train de vie. Elles veillent jusqu’Ă  pas d’heure et ingurgitent des dessins animĂ©s et des feuilletons turcs dĂ©biles", raconte-t-elle. Lilia n’a rien voulu imposer Ă  ses enfants. "J’ai fermĂ© les yeux, car il n’y avait pas d’autres occupations durant le confinement. Les lieux de loisirs Ă©taient fermĂ©s et je me dĂ©culpabilisais en me disant qu’elles n’avaient que la tĂ©lĂ©vision pour meubler leur temps. Impossible de les convaincre de faire des rĂ©visons", justifiet- lle. ais ce train de vie spĂ©cial a fini par ennuyer sa fille aĂ®nĂ©e.

"Après sept mois de - rĂ©clusion -, mon aĂ®nĂ©e, en 5e annĂ©e est pressĂ©e de retrouver l’Ă©cole. Ce n’est pas le cas de la petite qui a complètement dĂ©crochĂ©. Je n’arrive pas Ă  lui faire faire des rĂ©visions. Je ne peux pas avoir l’autoritĂ© d’une maĂ®tresse d’Ă©cole. Il faut une certaine discipline et une ambiance scolaire. Les parents sont de très mauvais enseignants pour leurs enfants. Ces derniers ont besoin d’ĂŞtre encadrĂ©s par des professionnels de l’Éducation. Je m’inquiète de cette longue coupure quiaura inĂ©vitablement des consĂ©quences sur le cursus scolaire de nos enfants".

Ouvrez- les écoles SVP !

Nous avons rencontrĂ©s Hafida (46) ans au jardin Tifariti Ă  Alger. Elle aussi ne cache pas son impatience de voir ses enfants reprendre le chemin de l’Ă©cole. Femme au foyer, elle dĂ©crit le quotidien de ses 3 enfants, âgĂ©s de 7, 9 et 12 ans. "Cette situation est très difficile Ă  gĂ©rer surtout qu’elle dure dans le temps. Au dĂ©but, lorsque le confinement a Ă©tĂ© instaurĂ©, ils ont acceptĂ© la situation. Le coronavirus tuait les gens et cette information relayĂ©e par tous les mĂ©dias, les faisaient trembler de peur. Mais juste après le ramadhan, ils ont exprimĂ© leur ras le bol d’ĂŞtre enfermĂ©s entre quatre murs. Ils ne tenaient plus en place". Avec son mari, Hafida a pris quelques jours de vacances Ă  Jijel. "Alors avec leur papa, nous avons commencĂ© Ă  organiser des sorties et avons mĂŞme louĂ© un cabanon Ă  Jijel, en aoĂ»t. Une fois rentrĂ©s de vacances, j’ai instaurĂ© un programme de rĂ©vision : une heure chaque jour en alternant les matières. Comme la date de la rentrĂ©e n’a pas encore Ă©tĂ© fixĂ©e par les pouvoirs publics, nous continuons Ă  les occuper comme on peut.

Nous leur avons achetĂ© des vĂ©los et effectuons des balades Ă  la forĂŞt de Bouchaoui et dans d’autres espaces de loisirs comme les Sablettes. Mes enfants ont hâte de retrouver leurs camarades et l’ambiance des classes ! Chaque matin j’ai droit Ă  cette sempiternelle question : Ă  quand la reprise ?". Le casse-tĂŞte des femmes actives Pour les femmes actives qui ont dĂ» reprendre leur travail, c’est une autre histoire ? Comment s’organisent- elles avec les enfants ? Hanane (42 ans) travaille dans une entreprise de contrĂ´le agroalimentaire. Elle est mère de quatre enfants dont deux scolarisĂ©s au collège. "Je travaille dans un petit bureau avec plusieurs collègues, alors pour respecter le protocole sanitaire, nous avons organisĂ© une sorte de roulement. Je suis prĂ©sente deux fois par semaine au bureau et le reste du temps je travaille Ă  distance via Internet. C’est ma belle-mère qui me garde les enfants quand je me dĂ©place Ă  mon entreprise", explique-t-elle. Comme Lilia et Hafida, Hanane redoute le dĂ©crochage pĂ©dagogique de ses enfants.

"Cette situation inĂ©dite a complĂ©tement chamboulĂ© nos vies. Depuis le Ramadhan, mes enfants veillent et fontd’interminables grasses matinĂ©es. La tĂ©lĂ© et les tablettes occupent leur temps libre. J’ai beau essayer de leur mettre livres et cahiers entre les mains, ils ne tiennent pas plus de 5 minutes. Après sept mois de coupure, et après ces vacances quatre-saisons, mes enfants ont complĂ©tement dĂ©crochĂ© !"

L’abandon scolaire guette-t-il les enfants ?

Jamais leur nombre n’avait Ă©tĂ© si important dans la rue, Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e. Ils courent, pĂ©dalent, se hissent sur les toboggans avec une Ă©nergie sidĂ©rante. Tous les jours, les parcs, les jardins et les forĂŞts sont pris d’assaut par des dizaines d’enfants dĂ©scolarisĂ©s pour cause de pandĂ©mie du coronavirus. Ghania (12 ans) a donnĂ© rendez-vous Ă  deux copines au jardin Tifariti. "Je suis en 1re annĂ©e moyenne. Je m’ennuie Ă  mourir Ă  la maison, alors je sors prendre un bol d’air au jardin. Durant les sept mois Ă©coulĂ©s, j’ai passĂ© beaucoup de temps sur les rĂ©seaux sociaux.

J’ai Ă©changĂ© avec mes amis et publiĂ© des vidĂ©os sur TikTok. Depuis les vacances de printemps, date de l’arrĂŞt des cours, je n’ai pas ouvert un seul cahier. Franchement, je suis complĂ©tement dĂ©motivĂ©e pour la reprise. J’ai bien envie que ces vacances providentielles se poursuivent mĂŞme si mes parents, eux, sont complĂ©tement dĂ©semparĂ©s", avoue-t-elle. Le spectre de la dĂ©perdition scolaire, c’est ce qui inquiète Yacine (43 ans) : "Mes deux enfants âgĂ©s de 11 et 13 ans, ne veulent plus Ă©tudier", nous dit ce père de famille. "Après sept mois de vacances forcĂ©es, le plus jeune, qui Ă©tait dĂ©jĂ  mĂ©diocre m’a confiĂ© qu’il aimerait que le virus persiste encore pour ne plus avoir Ă  retrouver le banc de son Ă©cole. J’ai vraiment peur qu’il dĂ©croche dĂ©finitivement si cette situation perdure, sachant que je n’arrive pas Ă  le faire travailler Ă  la maison".

Année blanche ? Maâliche !

Des parents zen, qui prennent les choses comme elles viennent, avec sĂ©rĂ©nitĂ© et philosophie, ça existe ! En cette fin de journĂ©e de cet Ă©tĂ© indien qui darde ses rayons chauds sur la ville, Fella 42 ans, femme au foyer, regarde ses trois filles (12 ans, 7 ans et 5 ans) profiter de l’espace jeu du parc de la LibertĂ© Ă  Alger. "Pourquoi se prendre la tĂŞte ?MĂŞme si une annĂ©e blanche Ă©tait dĂ©crĂ©tĂ©e, ce n’est pas grave, - maâliche -. A mes yeux, c’est la santĂ© qui passe en prioritĂ©. Il faut que les conditions sanitaires soient rĂ©unies avant la reprise des cours", explique-t-elle. Fella reste positive et avoue avoir profitĂ© du confinement pour se reposer.

"Personnellement, j’ai profitĂ© Ă  fond de ces sept mois pour me reposer. Je faisais le chauffeur quatre fois par jour, pour accompagner mes filles en classe et j’Ă©tais saturĂ©e par les insupportables bouchons d’Alger". Pour meubler les longues journĂ©es de confinement, Fella a regardĂ© la tĂ©lĂ© avec ses enfants, essayĂ© de nouvelles recettes de cuisine. " Après l’arrĂŞt des cours en mars dernier, nous sommes restĂ©es confinĂ©es. Nous en avons profitĂ© pour veiller tard la nuit, regarder des films, rĂ©aliser des recettes culinaires… Mis Ă  part quelques sĂ©ances de lecture, je laisse mes filles tranquilles pour le moment. Mais j’ai un plan : dès que la date de la rentrĂ©e sera annoncĂ©e, je leur ferai faire une rĂ©vision gĂ©nĂ©rale par un rĂ©pĂ©titeur. Ce sera plus frais dans leur tĂŞte avant la grande reprise"

Phobie de choper le virus !

Sur un banc, nous remarquons un petit garçon au visage dissimulĂ© par une bavette qui lui arrive jusqu’aux yeux. Il regarde les enfants jouer mais lui reste figĂ© comme une statue. Sa maman l’encourage Ă  monter sur les toboggans mais il hoche la tĂŞte de droite Ă  gauche. NaĂŻla (42 ans) est divorcĂ©e. Elle accepte de nous parler de son cas qu’elle qualifie de particulier. "Regardez, c’est mon fils. Il a 7 ans et il a une peur bleue de choper le virus. Je partage la garde de mon garçon avec son père. Mon ex-mari diabĂ©tique est sujet Ă  des anxiĂ©tĂ©s. Depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie, il a transmis sa phobie du virus Ă mon fils ainsi qu’Ă  ma fille âgĂ©e de 17 ans. RĂ©sultat des courses, ils ne veulent plus mettre le nez dehors", raconte-t-elle. Infographiste dans une entreprise publique, Fella ne baisse pas les bras. "Quand je rentre le soir, je l’entraĂ®ne de force dans ce jardin mais il reste toujours en retrait des gens et me rĂ©pète qu’il va tomber malade. D’ailleurs, il ne veut plus entendre parler de l’Ă©cole. Mon fils a dĂ©veloppĂ© des phobies qu’il n’avait pas avant la pandĂ©mie de la Covid-19. Sa soeur, refuse carrĂ©ment de sortir de la maison. PassionnĂ©e de mangas, elle passe ses journĂ©es Ă  dessiner. Lorsque je lui demande d’aller m’acheter quelque chose Ă  la superette, elle me lance :

- Quoi, tu veux ma mort ? -". NaĂŻla fait dĂ©filer l’Ă©cran de son tĂ©lĂ©phone portable pour nous montrer les mangas rĂ©alisĂ©s par sa fille. Elle conclut dans un soupir : "Depuis qu’il a quittĂ© son Ă©cole -en mars dernier - mon fils n’a pas ouvert un livre ! J’ai peur qu’il abandonne complètement ses Ă©tudes !". Une chose est sĂ»re, un accompagnement psychologique sera nĂ©cessaire Ă  la reprise des cours. Après une rupture de sept moisqui risque encore de se prolonger - et face Ă  une situation qui nĂ©cessite des mesures sanitaires draconiennes, les Ă©ducateurs auront fort Ă  faire pour rassurer les enfants et les remettre en selle. Une rentrĂ©e attendue avec impatience et apprĂ©hension par de nombreux parents.

Par : RAHIMA RAHMOUNI

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