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Edition du 8 Juillet 2020



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Restitution des archives
Beaucoup de promesses et peu de décisions concrètes de la France
8 Juillet 2020

Beaucoup de "promesses" ont Ă©tĂ© faites, mais "peu de dĂ©cisions concrètes" ont Ă©tĂ© prises par la France, en rĂ©ponse aux demandes insistantes de l’AlgĂ©rie de voir les archives de la pĂ©riodecoloniale restituĂ©es, a dĂ©plorĂ© mardi le politologue et enseignant universitaire français, Olivier Le Cour Grandmaison, tout en regrettant le refus de la France de reconnaĂ®tre ses crimes coloniaux.

"Beaucoup de promesses et quelques dĂ©cisions bien mises en scène par des professionnels de la communication, mais en pratique peu de dĂ©cisions concrètes. C’est ce que constatent tous ceux qui souhaitent pouvoir consulter librement lesdites archives", a dĂ©clarĂ© l’un des spĂ©cialistes reconnus des questions liĂ©es Ă  l’histoire coloniale française en AlgĂ©rie, dans un entretien accordĂ© au quotidien El-Watan. Argumentant son propos, il cite en particulier les archives relatives aux massacres du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961, notant "qu’une bonne partie de ces dernières demeurent toujours fermĂ©es".

Cela, au moment oĂą "l’accès aux archives les plus sensibles, reste soumis au principe des Ă©rogations, et donc, Ă  l’arbitraire de certaines institutions, comme l’armĂ©e et la police, soucieuses de leur image et de la dĂ©fense de la raison d’Etat au dĂ©triment de la vĂ©ritĂ© historique". Ce qui l’amène Ă  dĂ©duire, que "les changements sont cosmĂ©tiques et pas Ă  la hauteur de ce qui est attendu, le système dĂ©rogatoire Ă©tant une entrave manifeste aux libertĂ©s acadĂ©miques et Ă  celles de la recherche". A la question de savoir si la France pourrait rejoindre le club restreint des pays ayant prĂ©sentĂ© des excuses pour leurs crimes coloniaux en Afrique, M. Le Cour Grandmaison dĂ©plore "un mĂ©pris confondant et scandaleux" des PrĂ©sidents et les Gouvernements français successifs envers ceux que la France coloniale, a "exploitĂ©s, opprimĂ©s et massacrĂ©s sans vergogne, et envers leurs hĂ©ritiers français ou Ă©trangers". Il fera observer, Ă  ce propos, que ces derniers, aux cĂ´tĂ©s des universitaires, des militants, des associations et de quelques organisations politiques, "ne cessent de rĂ©clamer la reconnaissance des crimes d’Etat commis sur les territoires coloniaux, et mĂŞme en mĂ©tropole", rappelant, Ă  nouveau, les massacres du 17 octobre 1961.

Dans ce registre, il citera quelques exemples d’Etats ayant reconnu leurs crimes coloniaux, dont la dĂ©claration du roi des Belges concernant le Congo (RDC, ndlr), la qualifiant de "pas significatif après des dĂ©cennies d’occultation, de silence et de dĂ©ni". De mĂŞme, que celui de l’Allemagne ayant reconnu le gĂ©nocide des Nama et Herero, perpĂ©trĂ© en 1904 dans sa colonie du Sud-ouest africain (Namibie, ndlr).

Ou encore, a-t-il ajoutĂ©, celui de la Grande-Bretagne vis-Ă -vis des "KĂ©nyans soumis Ă  des actes de torture et Ă  d’autres formes de maltraitance". Une reconnaissance qui a Ă©tĂ© gravĂ©e sur un mĂ©morial financĂ© par le gouvernement britannique, et Ă©rigĂ© Ă  Nairobi pour rendre hommage aux milliers de personnes massacrĂ©es par les troupes de sa majestĂ© lors du soulèvement des Mau-Mau dans les annĂ©es 1950, a-t-il notĂ©. Enfin, il Ă©voquera les cas de la Nouvelle-ZĂ©lande, du Canada, de l’Australie et des Etats-Unis ayant "tous admis des traitements indignes infligĂ©s aux populations autochtones de leurs territoires respectifs", soulignant que "dans plusieurs cas, la reconnaissance officielle s’est accompagnĂ©e de rĂ©parations financières accordĂ©es aux victimes ou Ă  leurs descendants". "Il s’agit d’une pusillanimitĂ© de l’Etat français et de tous les partis dits de gouvernement, de droite comme de gauche. La preuve, il n’y a eu aucun progrès significatif sous la prĂ©sidence de François Hollande, en dĂ©pit de quelques dĂ©clarations antĂ©rieures, et celle d’Emmanuel Macron, qui persĂ©vère dans la voie de l’esquive", a commentĂ© l’universitaire pour expliquer le refus de la France de suivre ces exemples.

Une attitude qu’il imputera Ă©galement aux "dĂ©clarations scandaleuses de certains dirigeants de droite et d’extrĂŞme-droite, ou encore de personnages mĂ©diatiques, comme Finkielkraut, Zemmour et autres faux historiens et vrais idĂ©ologues, estimant tous que la colonisation a eu des effets positifs et qu’elle aurait Ă©tĂ© motivĂ©e par la volontĂ© de civiliser les peuples conquis !". "Il est assez stupĂ©fiant d’assister Ă  la rĂ©habilitation d’un tel discours, caractĂ©ristique de la mythologie nationale-rĂ©publicaine de la IIIe RĂ©publique, qui tend Ă  faire croire que la France est un pays Ă  nul autre pareil et qui serait toujours fidèle Ă  ses idĂ©aux de libertĂ©, d’Ă©galitĂ© et de fraternitĂ©. C’est une vieille idĂ©ologie dont le retour en grâce est le signe d’une involution politique qui se conjoint avec la stigmatisation, de plus en plus importante, des hĂ©ritiers de l’immigration coloniale et post-coloniale accusĂ©s de faire peser des menaces existentielles sur la France et d’ĂŞtre autant de preuves du +grand remplacement +", a dĂ©veloppĂ© le politologue français.

-La restitution de crânes de rĂ©sistants algĂ©riens, un subterfuge pour mĂ©nager l’Ă©lectorat

InterpellĂ© sur la restitution Ă  l’AlgĂ©rie des crânes de Martyrs dĂ©portĂ©s en France durant la colonisation, le spĂ©cialiste de la citoyennetĂ© rĂ©torque en ces termes: "Comme souvent, pour ne pas dire comme toujours, dès lors qu’il s’agit d’Ă©vĂ©nements majeurs de la colonisation qui doivent ĂŞtre qualifiĂ©s de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanitĂ©, il est question pour les autoritĂ©s françaises de cĂ©der sur un point pour mieux prĂ©server l’essentiel". Il s’agit Ă©galement, a-t-il poursuivi, de " (...) PrĂ©server l’essentiel en refusant de reconnaĂ®tre, comme Emmanuel Macron, alors candidat Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle l’avait pourtant dĂ©clarĂ©, que la colonisation fut un crime contre l’humanitĂ©.

Les ressorts de cette restitution sont diplomatiques et de politique intĂ©rieure : mĂ©nager l’Ă©lectorat de la droite et de l’extrĂŞmedroite que le prĂ©sident de la RĂ©publique courtise rĂ©gulièrement et de façon Ă©hontĂ©e". "Rien Ă  voir donc avec un souci vĂ©ritable de l’Histoire, de la vĂ©ritĂ© et de la reconnaissance effective de ce qui a Ă©tĂ© perpĂ©trĂ© par la France en AlgĂ©rie de 1830 Ă  1962, et dans d’autres colonies conquises entre 1885 et 1913", a conclu Le Cour Grandmaison

Par : CHAHINE ASTOUATI

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