Le roi de la "Yal Music" a enflammĂ© le thĂ©atre El-hadi-Flici devant un public venu en grand nombre et dont la majoritĂ© dĂ©couvre pour la première fois le talent de l’artiste Ă la guitare aux deux tables harmoniques.
C’est un vĂ©ritable show, digne des plus grandes stars, que s’est offert le public du théâtre El-Hadi-Flici de l’Etablissement arts et culture, Ă l’occasion d’un grand concert animĂ© par Takfarinas. Après un retour timide après plus de vingt ans d’absence et un nouvel album qui n’a vraiment pas donnĂ© le rĂ©sultat escomptĂ©, la star de la chanson algĂ©rienne d’expression kabyle a fait vibrer les AlgĂ©rois prĂ©sents au théâtre de verdure. Avec la soif de voir son idole se produire devant lui, le public est venu en masse pour assister au spectacle.
Dès les premières notes du rĂ©cital, l’artiste, affichant un dynamisme hors pair, est entrĂ© dans le vif du sujet, interprĂ©tant Azul, une pièce Ă©crite dans un rythme incitant au dĂ©hanchement, dans laquelle il a souhaitĂ© la bienvenue Ă son public. Sourire aux lèvres et ondulant, le chanteur est allĂ© vers son public, dĂ©jĂ debout devant la scène Ă se dĂ©lecter, savourant les premiers moments d’une soirĂ©e qui s’annonçait euphorique. "Vous faites partie de ma famille" a-il lancĂ© Ă ses fans, venus, en plus de ceux d’Alger, de divers horizons.
Les titres, Azul, Azar, Aârous, Aysiyi, Awah awah, A Lounès, Mazal mazal, Aya Aâssas Nez’Zahriw, Alwaldin, Kimeth Yidhi, Yeppa Er’Rem’Mane, Ghezmen Ech’Choucha et Zaâma ont constituĂ© l’essentiel du rĂ©pertoire exĂ©cutĂ© durant la soirĂ©e dans un mĂ©lange de styles plaisants. Reprenant avec l’artiste et ses quatre choristes les refrains des chansons, le public s’est relâchĂ© occupant une partie de l’arène en bas de l’hĂ©micycle, laissant leurs corps en mouvement s’exprimer dans l’allĂ©gresse et la voluptĂ©.
Dans le lyrisme des textes, chantĂ©s dans des modes chaâbi et oriental, avec des arrangements modernes dans des rythmes composĂ©s, l’artiste a fait montre de beaucoup de profondeur dans ses recherches musicales et poĂ©tiques.
Les sonoritĂ©s des guitare, percussions (tumba, timbales, tambourin et derbouka), basse, batterie, claviers, saxophone, flĂ»te, trompette ainsi que celles de la guitare aux deux tables harmoniques de l’artiste-vedette, ont donnĂ© un son lourd et percutant Ă l’orchestration. Les instrumentistes ont brillĂ© par leurs envolĂ©es phrastiques aux consonances jazz, affichant une technique de haute facture et une dextĂ©ritĂ© apprĂ©ciĂ©es par un public qui a eu du rĂ©pondant. Par moment l’artiste exĂ©cutait quelque pas de danse, aux cĂ´tĂ©s d’une danseuse qui illustrait le contenu de chaque chanson, par les diffĂ©rents accoutrements qu’elle enfilait tout le long de la soirĂ©e.
Durant plus de deux heures de temps l’instrumentiste gaucher, quart de ton collĂ© Ă sa guitare, a chantĂ©, dansĂ©, exaltĂ© les passions avec ses solos endiablĂ©s, exĂ©cutĂ©s avec la seule envie de donner du plaisir Ă un public admiratif qui s’est totalement libĂ©rĂ©. TĂ©moignant d’une rigueur absolue et d’un travail de prĂ©paration soumis aux strictes normes acadĂ©miques lors des rĂ©pĂ©titions, les musiciens ont Ă©tĂ© unanimes quant au plaisir qu’ils Ă©prouvent Ă jouer avec Takfarinas, qui, selon eux, "dĂ©borde de bontĂ© et gĂ©nère une Ă©nergie positive et de l’entrain".
NĂ© en 1958 Ă TixeraĂŻne Ă Alger, Takfarinas a grandi sous l’influence des airs traditionnels, la variĂ©tĂ© occidentale et la musique anglo-saxonne. Parti en France en 1994, il y dĂ©couvre d’autres sonoritĂ©s et couleurs qu’il adoptera dans un style authentique dans son contenu et ouvert Ă la modernitĂ© dans sa forme. Way telha-Arrach (1986), Irgazen- Inid ih (1989), Romane (1993), Salamet (1995), Yal Music (1999), Quartier Tixeraine (2000), Honneur aux dames (2004) et Lwaldine- Inchallah (2011), figurent Ă l’actif de l’artiste. Takfarinas a rĂ©vĂ©lĂ© au passage, la prĂ©paration d’un nouvel opus, dont la sortie est prĂ©vue pour 2015, suivi d’une tournĂ©e qui le mènera en Angleterre et aux Etats-Unis.