Un film-documentaire "Les massacres de SĂ©tif, un certain 8 mai 1945" rĂ©alisĂ© par Mahdi Lallaoui, et Pierre Langlois, a Ă©tĂ© projetĂ© jeudi soir, au Centre culturel algĂ©rien (CCA) Ă Paris, dans le cadre de la commĂ©moration du cinquantenaire de l’IndĂ©pendance nationale, en prĂ©sence d’un public nombreux.
Le film projetĂ© confronte archives, photos et tĂ©moignages inĂ©dits de survivants, rapports d’enquĂȘtes, pour dire l’horreur que symbolise cette date pour des gĂ©nĂ©rations de militants nationalistes algĂ©riens qui prendront les armes dix ans plus tard. Ce documentaire de 53 minutes revient, rapporte l’APS, sur la journĂ©e du 8 mai 1945 et le massacre par les forces coloniales de milliers de dizaines de milliers de civils algĂ©riens qui manifestaient pacifiquement, notamment dans de grandes localitĂ©s de l’est algĂ©rien. La projection de ce documentaire, le premier Ă explorer ces massacres, s’est dĂ©roulĂ©e en prĂ©sence des historiens, Gilles Manceron et Jean-Louis Planche. Pour Gilles Manceron, la journĂ©e du 8 mai 1945, a "accĂ©lĂ©rĂ© la marche du peuple algĂ©rien vers l’indĂ©pendance et a reprĂ©sentĂ© un jalon essentiel dans l’histoire du mouvement national algĂ©rien".
"Les donnĂ©es historiques les plus fiables indiquent qu’il y a eu plus de 20.000 victimes algĂ©riennes",a-t-il dit, ajoutant que dans les villages des environs, les hommes de tous Ăąges ont Ă©tĂ© emmenĂ©s au bord des gorges de Kherrata, oĂč leurs corps ont Ă©tĂ© ensuite prĂ©cipitĂ©s, par des EuropĂ©ens organisĂ©s en milices armĂ©es. "Pendant plusieurs semaines, des militaires et des miliciens ont tirĂ© Ă vue sur les passants, dans les rues et sur les routes, alors que l’aviation et les navires de guerre, bombardaient les hameaux", a soutenu cet historien.
La France, a-t-il ajoutĂ©, a du mal Ă regarder en face cette page de son passĂ©, mais des mouvements contradictoires se manifestent dans l’opinion qui montre que le pays se trouve, sur cette question, Ă la croisĂ©e des chemins. "Affronter ce passĂ© n’est pas seulement une question qui intĂ©resse les historiens mais concerne aussi le prĂ©sent et l’avenir de toute la sociĂ©tĂ©", a-t-il ajoutĂ©.
Sur les archives relatives Ă cette pĂ©riode douloureuse des massacres de SĂ©tif, Guelma et Kherrata, l’historien a indiquĂ© que "certaines commencent Ă s’ouvrir quelque peu", relevant que "les archives filmĂ©es ne sont pas toutes accessibles" mais que depuis la rĂ©alisation de ce film Ă ce jour, "d’autres films sur le mĂȘme thĂšme, ont incorporĂ© des archives qui sont devenues accessibles, permettant de faire des recoupements sur cette pĂ©riode.
La responsabilitĂ© des historiens est d’apporter l’Ă©clairage de leur discipline, avec toute la rigueur qui la caractĂ©rise et en Ă©vitant toute instrumentalisation ou description simpliste du passĂ©", a estimĂ© Gilles Manceron. L’historien, Jean-Louis Planche, a notamment insistĂ© sur la "pudeur" des tĂ©moins français, qui ont apportĂ© leurs versions des faits dans le film-documentaire visionnĂ©, affirmant que les militaires interrogĂ©s par le rĂ©alisateur "n’ont pas dit toute la vĂ©ritĂ© sur le dĂ©clenchement de ces massacres". Le rĂ©alisateur Mahdi Lallaoui est l’auteur de plusieurs films dont Le silence du fleuve (1991), D’ici et d’ailleurs (1997), Du pain et de la libertĂ© (1997), Etranges Ă©trangers (1997), et En finir avec la guerre (2008).