Le Midi Libre - entretien - Quand cambriolage rime avec bricolage
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Edition du 28 Mars 2012



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Flagrant délit
Quand cambriolage rime avec bricolage
28 Mars 2012

Zoubir (23 ans) et Mouloud (25 ans), deux cousins qui ne s’Ă©taient pas vus depuis trois ans s’Ă©taient retrouvĂ©s lors d’une fĂŞte familiale. De leur discussion allait germer une idĂ©e qui allait bouleverser complètement leur existence.

Après que chacun eut exposĂ© Ă  l’autre les dĂ©tails de ce qu’il avait accompli durant les trois dernières annĂ©es, Zoubir, qui travaille comme agent de sĂ©curitĂ© dans une grande entreprise de communication, dit Ă  son cousin :
- Tu sais, Mouloud, cela fait un bon bout de temps que j’ai envie de te voir pour concrĂ©tiser un projet qui me tient Ă  cĹ“ur.
- Mais pourquoi n’es-tu pas venu me voir Ă  la maison ? Nous n’avons pas changĂ© d’adresse, tu sais.
- Oui, je le sais mais ce projet est un peu spĂ©cial… Je n’Ă©tais pas sĂ»r qu’il aboutisse et je ne voulais pas t’entrainer avec moi. Mais maintenant que je t’ai vu, que nous avons discutĂ©, je pense qu’il y a des chances que tu acceptes de te lancer avec moi dans l’affaire que je vais te proposer. Je t’expose mon idĂ©e et c’est Ă  toi de voir si elle te convient ou pas… Je ne te force pas la main…
- D’accord ; je t’Ă©coute…
- Mais d’abord Ă©loignons-nous d’ici. Il ne faut pas qu’on nous entende
Une fois Ă  l’Ă©cart, Zoubir poursuivit :
- Tu sais que je travaille comme agent de sécurité dans une entreprise de communication.
- Tu me l’as dit .
- J’ai tous les doubles des clefs de la villa oĂą cette entreprise est installĂ©e.
- Hum… je te vois venir…
- J’ai besoin de quelqu’un pour me donner un coup de main. Le matĂ©riel qu’il y a Ă  prendre n’est pas très grand mais il coĂ»te très cher. Je me suis renseignĂ©. Il y a deux appareils photos Ă  plus de 50 millions chacun, trois camĂ©ras dont chacune coute plus de 150 millions… Sans parler des ordinateurs portables et des enregistreurs sous la forme de tĂ©lĂ©phones mobiles qui valent au moins un million et demi chacun. Il y aussi des scanners mais ceux-lĂ , on ne les touchera pas parce qu’ils sont gros et ils ne coutent pas cher… En revanche, il y a deux petites machines de la taille d’un petit dĂ©mo numĂ©rique qui coĂ»tent environ 200 millions de centimes chacune mais dont je n’ai pas compris l’utilité…TantĂ´t on me dit qu’elles permettent d’enlever les incorrections des films enregistrĂ©s sur cassette vidĂ©o, tantĂ´t on me dit que c’est pour convertir les DVD en Divx …
- Le plus important c’est qu’elles valent de l’argent !
- VoilĂ  !
- Tu sais Zoubir, j’en ai marre de travailler pour une bouchĂ©e de pain…Tu sais ce que j’ai envie de faire si j’avais euh… disons 150 millions de centimes ?
- Non…
- Je m’achèterai une voiture neuve et solide et je ferai chauffeur de taxi… Je gagnerai mieux ma vie et je n’aurai plus Ă  subir la bĂŞtise et la mauvaise humeur de mon abruti de chef… qui n’est mon chef que parce que c’est un brosseur nĂ©. C’est fou ce que les brosseurs percent de nos jours, hein Zoubir ?
- Donc, tu as compris ce que j’ai compris, Mouloud. Et je suis heureux que tu acceptes de marcher dans ma combine. Et tu empocheras, incha Allah plus de 250 millions dans cette affaire…
- Incha Allah
- Maintenant Mouloud, il nous reste Ă  trouver quelqu’un qui a une voiture… N’importe quelle voiture pourrait faire l’affaire… parce que comme je te l’ai dit le matĂ©riel est petit.
- Hum… il nous faut quelqu’un de confiance…Quelqu’un qui n’ira pas vendre la mèche.
- C’est sĂ»r. Et pour qu’il ne vende pas la mèche, il faut l’associer. Il aura sa part du magot. Mais on ne lui donnera pas la vraie valeur de ces objets que nous prendrons, nous lui dirons qu’en tout et pour tout, le montant de ce que nous aurons pris vaut 90 millions et il aura le tiers : 30 millions… ça vaut le coup, non ?
- Bien sûr ! Si nous nous en tirons avec 200 millions chacun… oui, il peut les prendre les 30 millions et avec nos remerciements les plus chaleureux !
- Très bien… Maintenant…Il faut choisir celui que nous associerons Ă  cette affaire. J’ai le choix entre trois types. Tous les trois travaillent comme chauffeurs clandestins depuis plus de dix ans.
- DĂ©jĂ  ils conduisent bien… parce que dans les affaires de ce genre, le chauffeur est important…Je l’ai vu dans les films policiers… C’est le chauffeur qui permet aux voleurs de s’Ă©loigner au plus vite des lieux du crime. Mais nous, en plus, il nous faut quelqu’un qui ne connaisse pas la valeur de la marchandise que nous volerons sinon il nous rĂ©clamera plus de 30 millions.
- C’est ce que je me disais aussi. De ce cĂ´tĂ©, il n’y a rien Ă  craindre…Ils ne connaissent que la valeur des tĂ©lĂ©phones portables et des dĂ©mos qui captent les chaines de football.
- Ah ! Très bien… Alors choisis celui que tu veux…Celui dont la voiture peut prendre le maximum d’objets dans son coffre pour qu’on n’ait pas besoin de les poser sur nos genoux.
- Mouloud ! C’est fou ce que tu raisonnes comme
moi ! Ah ! Je sens que ça va marcher.
- On passe quand Ă  l’action ?
- Dans une semaine. Je vais d’abord solliciter un congĂ© de quinze jours et faire une copie du jeu de clefs. Une dizaine de jours plus tard, une voiture s’arrĂŞta devant une villa sur les hauteurs d’Alger. Il Ă©tait 4h du matin.
Avant de descendre de voiture, Zoubir donna à ses complices les dernières explications. :
- J’ai la clef qui ouvre ce portail mais si je l’ouvre l’alarme va se dĂ©clencher. Je dois escalader le mur et une fois Ă  l’intĂ©rieur, je coupe le système d’alarme, j’ouvre les portes et on commence Ă  sortir le matĂ©riel.
- D’accord, firent en mĂŞme temps Mouloud et le chauffeur Ă  qui ils avaient fait appel.
Zoubir escalada le mur en un rien de temps.
Mais trente secondes Ă  peine qu’il fut entrĂ© dans la villa, le chauffeur avait vu dans le rĂ©troviseur une voiture de police qui approchait. Il s’affola et demanda Ă  Mouloud ce qu’il y avait lieu de faire et celui-ci lui rĂ©pondit :
- Démarre, démarre !
- Tu es sur que c’est la bonne solution ?
- Je ne sais pas… tout ce que je sais c’est qu’il ne faut pas rester ici…
Ils dĂ©marrèrent mais cent mètres plus loin, la voiture de police les obligea Ă  s’arrĂŞter. Un policier descendit et leur demanda leurs papiers. Et Mouloud rĂ©alisa Ă  ce moment que lui et son cousin n’avaient rien prĂ©vu pour faire face Ă  ce genre de situation.
Les policiers une fois qu’il eurent examinĂ© les papiers des deux hommes, regardèrent le chauffeur et lui
dirent :
- Tu étais en stationnement et dès que tu nous as vus, tu as démarré….
- Euh…je…je…
- Vous habitez le quartier tous les deux ?
Mouloud Ă  ce moment lĂ  Ă©tait certain qu’il n’empocherait jamais les 150 millions qui lui permettraient de devenir un chauffeur de taxi respectable.
Soudain, il frémit de la tête aux pieds : son téléphone portable venait de sonner.
Le policier sourit et lui dit :
- Tu réponds à la communication et tu actives
le haut-parleur.
- Que… j’active… le… ?
- Oui.
Mouloud obéit et la voix tonitruante de Zoubir crépita :
- Win rakoum ? OĂą ĂŞtes-vous ? Venez m’aider ! Vous ĂŞtes fous ? Le matĂ©riel n’est pas volumineux mais il est
lourd ! Vous voulez qu’on reste ici jusqu’Ă  ce que la police vienne nous cueillir ?
Quelques secondes plus tard, les trois hommes furent menottés et emmenés au poste de police.
Il y a quelques jours ils ont été jugés au tribunal de Bir Mourad-Raïs.
7 ans de prison ferme ont Ă©tĂ© requis contre Zoubir, le principal accusĂ© et 5 ans contre ses deux complices. Et tous les trois doivent s’acquitter d’une amende de 50 millions de centimes.

Par : Kamel Aziouali

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