C’est une plante vivace herbacĂ©e assez robuste de 40 Ă 100 cm de hauteur. Les feuilles de base sont en rosette appliquĂ©e sur le sol : elles sont très divisĂ©es en lobes assez Ă©troits, vert sombre dessus et cendrĂ©es dessous. La plante doit son qualificatif de « velue » (villosa) Ă ses feuilles basales poilues sur les deux faces. Le reste de la plante est glabre, sans feuilles ni bractĂ©es (les feuilles caulinaires sont rĂ©duites Ă une gaine jaunâtre Ă sommet pointu), Ă tige finement striĂ©e.
L’ombelle terminale est grande et arrondie et comporte au moins douze rayons (en gĂ©nĂ©ral de 15 Ă 25). La fleur est jaune-vif et le fruit ovale Ă 4 ailes larges et ondulĂ©es.
Noms vernaculaires
en arabe dialectal
Denas, drias, œ—Í«" derias. Au Maroc, la plante s’appelle Ă©galement aderyas, touffalte, rouaba, rapat chkaoui, abagur, abu ou seffarate lmayz (Abbès Tanji.) La racine est appelĂ©e «»Ë Ê«?Ÿ bou nâfa, soit "père de la santĂ©", ce qui selon Battandier (1900) prouve l’estime que porte la population Ă cette plante.
Écologie, répartition
Thapsia garganica est présente au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Lybie mais aussi en Turquie, en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce (Hand, 2011).
Dans la rĂ©gion de l’Achach, au Maroc, elle apprĂ©cie les clairières forestières, les pâturages sablonneux et rocailleux, les steppes, dans la plaine et les basses montagnes (Bammi et Douira, 2004).
Usages alimentaires
Rachid Meddour rapporte divers usages alimentaires en Kabylie :
A Ait Ouabane et Ait Alloua, le couscous cuit à la vapeur du bulbe (mis à ébullition) est consommé (le couscous seul, NDLR) pour ses vertus digestives et tonifiantes.
A Ait Ouaghlis, les bulbes servent à préparer un mets typique pour la célébration du 1er jour du printemps berbère : le couscous au thapsia ("seksou udheryis").
Usages agricoles
Les Arabes employaient comme topique sur certaines affections articulaires des chevaux un onguent composé de racine et de goudron (Soubeiran, 1870).
Rachid Meddour ajoute d’autres emplois :
En usage externe, le bulbe trempĂ© dans de l’huile d’olive sert Ă masser les mamelles des animaux pour son effet galactogène. Le Thapsia a Ă©galement la propriĂ©tĂ© de "gonfler" la peau, ainsi les vendeurs de bĂ©tail malhonnĂŞtes frottent leurs bĂŞtes avant de les vendre au marchĂ© bien "grosses"!
Les feuilles et les racines broyĂ©es et jetĂ©es dans les eaux des oueds, servent Ă pĂŞcher facilement les poissons ("assommĂ©s"?), lesquels sont consommĂ©s sans risque aucun d’intoxication.
Un usage agronomique notoire est celui de dĂ©poser des feuilles de Thapsia sur les arbres fruitiers et les vignes au moment de la floraison, elles Ă©vitent ainsi l’avortement des fleurs et la chute prĂ©coce des fruits.
Comme le contact direct des feuilles vertes provoque une dermatite, les paysans se protègent les mains avec de l’huile d’olive.
Usages médicinaux :
En AlgĂ©rie, traditionnellement, le bounĂ©fa, après exsudation d’un suc visqueux obtenue sur des charbons ardents, Ă©tait frictionnĂ© sur la peau en guise de rĂ©vulsif (Reboulleau, 1856).
Rachid Meddour rapporte divers emplois mĂ©dicinaux kabyles : « les feuilles fraĂ®ches, chauffĂ©es et trempĂ©es dans de l’huile d’olive, Ă©taient appliquĂ©es en cataplasme afin de calmer les douleurs articulaires. Cet usage se retrouvait Ă©galement Ă Majorque (Marès et Vigineix, 1880). Par voie interne, la consommation de la viande cuite en friture, sur quelques tranches de racines de Thapsia (prĂ©alablement bouillies dans l’eau), est fortement indiquĂ©e dans le traitement des infections utĂ©rines chez les femmes ! A Ait Ouaghlis (Bejaia), les racines broyĂ©es sont chauffĂ©es Ă petit feu pendant des heures dans de l’huile d’olive, le liquide qui en rĂ©sulte est utilisĂ© pour traiter la stĂ©rilitĂ© fĂ©minine. (Rachid Meddour)
Au Maroc, la rĂ©putation de l’efficacitĂ© de la plante dans le traitement de la stĂ©rilitĂ© fĂ©minine est si grande qu’un proverbe marocain dit "li ma weldet Ă® ala deryas, ghir taqtâ liyas", ce qui veut dire "celle qui n’a pas rĂ©ussi Ă enfanter au moyen de Thapsia, doit perdre l’espoir d’accoucher un jour" (Bellakhdar, 1997).
Utilisations pharmacologiques
Ayant observĂ© l’usage rĂ©vulsif du bou-nĂ©fa, le Docteur Reboulleau (1856) Ă l’idĂ©e de l’amĂ©liorer sous la forme d’un emplâtre Ă base de rĂ©sine, prescrit contre la bronchite aiguĂ« (Bouchut, 1883).
Le succès est tel que Battandier (1900) précise que la racine est exportée en grande quantité et que la résine a été extraite "en grand".
Mais il explique Ă©galement que cette industrie a alors « Ă peu près cessé». Six ans après, Trabut confirme l’arrĂŞt de la production industrielle de rĂ©sine en AlgĂ©rie.