Le Midi Libre - Culture - Qui est Jacques Simon ?
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Edition du 19 Mars 2012



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Qui est Jacques Simon ?
19 Mars 2012

Jacques Simon est nĂ© le 1er avril 1933 Ă  Palat (Mellakou) près de Tiaret, dans l’une des deux familles juives du village.
La famille Ă©tait implantĂ©e en Afrique du Nord depuis les temps les plus anciens. La branche paternelle originaire du Sud-marocain Ă©tait imprĂ©gnĂ©e de traditions berbères de l’Atlas et du Sahara. Quant Ă  la branche maternelle, celle des Teboul et des Medioni, installĂ©e dans la rĂ©gion de Frenda, elle fait partie de ces tribus berbères judaĂŻsĂ©es dont parle Ibn Khaldoun. Au Moyen-Ă‚ge, la majoritĂ© de ces tribus s’Ă©tait convertie Ă  l’islam, une minoritĂ© restera attachĂ©e au judaĂŻsme, tout en restant imprĂ©gnĂ©e des traditions du milieu berbère originel.
Après des Ă©tudes secondaires en AlgĂ©rie (Mascara, Alger), externe au lycĂ©e Bugeaud en 1951, il Ă©tudie les classiques du marxisme, participe aux meetings du PCA contre l’impĂ©rialisme amĂ©ricain, s’intĂ©resse Ă  l’Indochine, la Tunisie et frĂ©quente aussi des militants du PPA-MTLD.
En 1954, il se rend Ă  Paris. Etudiant en Lettres (Sorbonne) et en Droit, il frĂ©quente les Ă©tudiants communistes de l’UNEF et lors de deux meetings du PCF devant les usines Renault, il prend conscience que le prolĂ©tariat algĂ©rien constituait une force sociale cultivĂ©e, politisĂ©e et organisĂ©e. Il se rend dĂ©sormais souvent au siège du MTLD Ă  Paris, 22 rue Xavier Privat.
Après le congrès de refondation du MTLD d’Hornu, en juillet 1954, il dĂ©cide de retourner en AlgĂ©rie, pour participer Ă  la rĂ©volution algĂ©rienne, dĂ©cidĂ©e par la direction messaliste, en dĂ©cembre 1954. Après le 20 aoĂ»t 1955, on lui demande de revenir Ă  Paris.
De retour en France, il est instituteur supplĂ©ant, syndiquĂ© au SNI et militant du PCI qui l’affecte Ă  la cellule Renault..
En 1956, il milite activement, Ă©crit des articles dans la VĂ©ritĂ©, la Voix du peuple (MNA), Afrique Informations et Inter Afrique Presse (Claude GĂ©rard). Il frĂ©quente le cercle des surrĂ©alistes (entretiens avec AndrĂ© Breton, Benjamin PĂ©ret, Jean-Jacques Lebel..) la gauche socialiste et rĂ©volutionnaire (Marceau Pivert, Pierre Monatte, Daniel GuĂ©rin). Il participe Ă  la manifestation massive du MNA contre les pouvoirs spĂ©ciaux, le 9 mars 1956 et connaĂ®t sa première arrestation. Après octobre 1956 (Suez, Budapest, Alger), membre supplĂ©ant du comitĂ© central du PCI, il est affectĂ© comme AlgĂ©rien Ă  la construction de la FĂ©dĂ©ration de France du syndicat algĂ©rien (USTA), dirigĂ© par Abdallah Filali et Ahmed Bekhat. Tout en restant au PCI, il participe Ă  la construction de l’USTA et de la section algĂ©rienne de la IVème internationale.
Responsable de la commission Ă©conomique et sociale de l’USTA, il prĂ©pare des dossiers et rĂ©dige des articles dans la Voix du travailleur algĂ©rien. Il accorde une grande place au travail syndical dans le secteur de la mĂ©tallurgie de la rĂ©gion parisienne, oĂą se trouvent de remarquables cadres ouvriers. Il rĂ©dige plusieurs documents prĂ©paratoires au ler Congrès de la FĂ©dĂ©ration de France de l’USTA (la rĂ©forme agraire, l’industrialisation, le Sahara, les libertĂ©s dĂ©mocratiques, le syndicalisme...) Dans le cadre de ce travail, il rencontre des dirigeants de l’École ÉmancipĂ©e (Robert Cheramy, Pierre BrouĂ©, Letonturier), du Syndicat de l’enseignement de la rĂ©gion parisienne (SERP) dirigĂ© par Paul Ruff, du SNI (Denis Forestier) et de la FEN (Georges LaurĂ©). Il est arrĂŞtĂ© Ă  plusieurs reprises et emprisonnĂ© huit jours Ă  la SantĂ©.
Il assure le secrĂ©tariat pendant le ler Congrès de l’USTA en juillet 1957 : 325 dĂ©lĂ©guĂ©s reprĂ©sentant 25. 000 militants de toutes les villes de France. La rĂ©pression massive de la police, l’hostilitĂ© active du PCF alliĂ© au FLN, ce dernier considĂ©rĂ© par une large partie de la gauche et des medias comme le seul reprĂ©sentant de l’AlgĂ©rie combattante, crĂ©ent les conditions politiques qui permettent aux commandos du FLN d’assassiner la direction de l’USTA, de terroriser ses militants et de s’imposer Ă  l’immigration.
IncorporĂ© au 19ème rĂ©giment du gĂ©nie Ă  Hussein Dey, il est affectĂ© après le 13 mai 1958, comme interprète d’arabe, Ă  la prĂ©paration des listes Ă©lectorales pour le vote au collège unique de tous les AlgĂ©riens (EuropĂ©ens et musulmans). En civil et Ă  un poste privilĂ©giĂ©, il Ă©crit plusieurs articles pour ses camarades de France.
En juillet 1958, il comparaĂ®t devant le tribunal militaire d’Alger pour atteinte Ă  la sĂ»retĂ© du territoire. DĂ©fendu par Me Yves Dechezelles, venu de Paris, il est affectĂ© dans une section spĂ©ciale au Sahara (Ben Zireg). En 1959, revenu en France il se marie Ă  une Française et deux enfants naĂ®tront de cette union.
Après 1962, il reste en France, milite encore au PCI et au SNI (École ÉmancipĂ©e). Pendant l’Ă©tĂ© 1963, il mène en Oranie, en Kabylie et dans l’AlgĂ©rois, une enquĂŞte sur l’autogestion, l’UGTA et la situation gĂ©nĂ©rale. A son retour, il rĂ©dige deux gros articles, dont l’un : "Classes sociales et Etat en AlgĂ©rie" (64 pages) publiĂ© dans la VĂ©ritĂ© (1964) critique le rĂ©gime de Ben Bella et annonce la prise du pouvoir par Boumediène.
En 1972, Ă  la demande de Mustapha Ben Mohamed, ancien dirigeant MNA d’Alger (actuellement dĂ©putĂ© du Parti des travailleurs et doyen de l’AssemblĂ©e algĂ©rienne), il accepte de revenir au PCI pour diriger le ComitĂ© de Liaison des Trotskystes AlgĂ©riens (CLTA), qu’il a cofondĂ© avec lui. Il devient Ă  la fois membre d’une cellule du PCI (la IVème Internationale en France) et d’une autre cellule du CLTA, dont il est un dirigeant Ă©lu par une confĂ©rence annuelle. Le travail algĂ©rien est dĂ©cidĂ© par la seule direction du CLTA, mais après discussion avec Pierre de Massot qui reprĂ©sente le PCI. Il sera Ă©lu Ă  la direction du CLTA en France jusqu’au congrès de fondation de l’Organisation socialiste des travailleurs (OST), en 1980, dont il a rĂ©digĂ© le programme. L’OST deviendra ensuite le Parti des travailleurs avec un programme diffĂ©rent.
Directeur du mensuel Tribune AlgĂ©rienne et de la revue thĂ©orique l’Etincelle, il a impulsĂ© et coordonnĂ© le travail du CLTA avec les sections ou groupes sympathisants du Maroc, de Tunisie et du Moyen-Orient (Palestine, IsraĂ«l, Irak, Kurdistan et Iran). Il a animĂ© plusieurs sĂ©minaires et dirigĂ© une Ă©cole de formation de cadres, tenu une trentaine de rĂ©unions publiques dans les universitĂ©s (La CitĂ© internationale, Antony, Vincennes). Il a Ă©galement impulsĂ© la crĂ©ation d’un syndicat Ă©tudiant algĂ©rien en France (ASEAF ) qui se liera Ă  l’UNEF-ID. Pendant ces annĂ©es, il a rĂ©digĂ© une dizaine de brochures de 80 Ă  150 pages, restĂ©es des manuscrits ou simplement ronĂ©otypĂ©es.
Dans le cadre de cette activitĂ©, il a rencontrĂ© le jeune Ă©tudiant Benjamin Stora, membre du comitĂ© central du PCI. Pendant de longues sĂ©ances de travail et durant un an, il l’a, selon la dĂ©dicace Ă©crite par B.Stora lui mĂŞme «initiĂ© aux mĂ©andres de l’histoire intĂ©rieure de la rĂ©sistance algĂ©rienne» (Messali Hadj, Ed. Le Sycomore,1982) livre envoyĂ© Ă  J.Simon lors de sa parution.
En 1990, J. Simon considère qu’il est temps d’Ă©crire sur l’histoire oĂą il fut observateur et acteur. Pour prendre le recul indispensable, il retourne Ă  l’universitĂ©, passe un doctorat et devient historien.
Il formera en 1995 une Ă©quipe, avec d’autres chercheurs dans le CREAC . Leurs travaux ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans la revue Cirta de 1995 Ă  2002. Ils le sont maintenant dans les deux collections qu’il dirige : CREAC-Histoire et CREAC-Politique et SociĂ©tĂ©, aux Ă©ditions l’Harmattan.
http://www.simon-hist.com


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