Le Midi Libre - entretien - Il faisait main basse sur les pensions des retraités
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Edition du 8 Novembre 2011



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Escroquerie
Il faisait main basse sur les pensions des retraités
8 Novembre 2011

Abdelhak, un retraitĂ© de 66 ans, entra Ă  la poste de RĂ©ghaĂŻa et son premier souci fut de trouver un mur contre lequel il s’appuierait parce que le petit trajet qu’il avait effectuĂ© pour venir de la maison jusque-lĂ  l’avait extĂ©nuĂ©.

Il enfonça sa main sĂ©nile Ă  l’intĂ©rieur de sa vieille veste et en sortit un chèque qu’il avait pris soin de placer entre les pages d’un livre pour ne pas le froisser. Ce n’est qu’Ă  ce moment lĂ  qu’il leva la tĂŞte et qu’il s’aperçut qu’il y avait une grande foule devant le guichet des retraites. Et il ne pouvait pas espĂ©rer passer avant les autres parce qu’ils avaient tous l’air plus âgĂ© que lui. Au moment oĂą il allait remplir son chèque, il se frappa le front. Il regarda encore autour de lui et il vit arriver un jeune homme portant veste et cravate.
- Tu as besoin de quelque chose, mon père ?
- Oui, je dois retirer de l’argent et je cherche quelqu’un pour remplir mon chèque…
L’homme regarda le livre que le vieil homme tenait Ă  la main et sourit :
- Qu’est-ce que je vois lĂ  ? Tu lis des livres et tu ne sais pas remplir un chèque ?
- Non… ce livre n’est pas Ă  moi mais Ă  mon petit-fils. Je n’ai jamais su lire ni Ă©crire. Je suis un peu hors de moi parce que j’ai oubliĂ© mes lunettes pour voir de près. C’est pour tout Ă  l’heure quand je signerai le chèque.
- Hum…je comprends…mais tu n’as pas besoin de bien voir. Je suis lĂ , je sais que le chèque t’appartiens, je travaille ici Ă  la poste…
- Ah ! Mais, c’est formidable… Tu peux me remplir alors mon chèque ?
- Mais avec plaisir, mon brave, père. Tu as ton chéquier ?
- Non, j’ai juste un chèque…
- Je vais te le remplir mais il faut toujours venir avec son chéquier à la poste ; une erreur est toujours possible. Tu vas retourner chez toi pour ramener un autre ?
- C’est juste mon fils… la prochaine fois, je ramènerai mon chĂ©quier.
- Tu as ta carte d’identitĂ© sur toi ?
- Oui, bien sûr...
- Et tu as de l’argent dans ton compte ?
- Oui…j’ai fait hier une demande d’avoir… j’ai 11.000 DA, mais je ne vais tirer que 10.000 DA. Il faut toujours laisser une petite somme dans le compte sinon, on risque de me le fermer…
- Qui a dit ça ?
- L’employĂ© qui m’a ouvert le compte, il y a quelques annĂ©es.
- Ce n’est pas vrai…Enfin, ce n’est pas un problème. Donne-moi ta carte d’identitĂ© et ton chèque, je m’occupe de tout, mais il faut attendre un peu…parce qu’il y a du monde. Et puis, il faut espĂ©rer qu’il y aura encore des liquiditĂ©s quand ton tour arrivera.
- Ah ! C’est vrai…depuis quelques jours, il y a des problèmes. Des gens ont fait la chaĂ®ne et quand ils sont arrivĂ©s devant la caisse on leur a dit qu’il n’y avait plus d’argent.
- C’est vrai… Le problème n’est toujours pas rĂ©glé… Mais rassure-toi, mon père, je m’arrangerai pour que tu sois payĂ© mĂŞme s’il n’y a plus d’argent…parce qu’il y a toujours un petit fonds de secours en cas d’extrĂŞme urgence…
- Ah ! Oui ? C’est bon Ă  savoir ça !
- Mais, attention, il ne faut pas le répéter…
- Oh ! Merci, mon fils, merci ! Que Dieu t’octroie tout ce que tu dĂ©sires !
L’homme remplit le chèque tout en ayant sous les yeux la carte d’identitĂ© du vieil homme. Une fois qu’il avait fini de le remplir, il demanda au vieil homme de le signer comme il en avait l’habitude et celui-ci griffonna deux lettres qui ressemblaient vaguement Ă  un « D » et Ă  « A » : les initiales du vieil homme.
- Très bien, maintenant tu n’as qu’Ă  t’asseoir quelque part ; le guichetier va t’appeler dès que ton chèque arrivera entre ses mains.
Le jeune homme s’Ă©loigna et le vieil homme le suivit du regard. Il le vit s’approcher du guichet et poser le chèque et la carte d’identitĂ© sous une pile d’autres chèques et d’autres cartes, puis il ouvrit une porte et entra dans un espace normalement interdit au public. Le vieux Abdelhak s’installa alors sur un siège et entreprit d’attendre stoĂŻquement son tour. Une heure s’Ă©coula puis deux heures et son tour n’Ă©tait toujours pas arrivĂ©. Il n’y avait presque plus aucun retraitĂ© devant le guichet. MĂŞme ceux qui Ă©taient arrivĂ©s après lui Ă©taient partis. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Il se prĂ©senta au guichet, s’enquit au sujet de son chèque et de sa carte d’identitĂ© et le prĂ©posĂ© au guichet lui fit savoir qu’on avait trouvĂ© sa carte d’identitĂ© mais pas de chèque.
- Comment ça, pas de chèque ? C’est mĂŞme un de vos collègues qui l’a rempli !
- Un de nos collègues qui l’a rempli ? Attends… je vais vĂ©rifier.
Au bout de quelques minutes, le guichetier releva la tĂŞte.
- J’ai trouvĂ© ton chèque mais l’argent a Ă©tĂ© encaissĂ© par une autre personne si j’en juge d’après les renseignements inscrits sur le chèque. Mon brave père, tu as Ă©tĂ© escroquĂ© ! Tu as donnĂ© ton chèque Ă  quelqu’un pour qu’il le remplisse et il a portĂ© des renseignements autres que les tiens et il l’a encaissĂ© Ă  ta place ! Et mĂŞme les renseignements que ce chèque porte ne sont peut-ĂŞtre pas Ă  lui. Il doit s’agir d’une carte d’identitĂ© qu’il a volĂ©e.
- Et alors, mon argent ? fit le vieil homme désemparé.
- Ton argent ? Il faut déposer plainte et espérer que la police parvienne à mettre la main sur cet escroc !
Un mois plus tard, vers le 15 septembre de l’annĂ©e en cours, l’escroc est arrĂŞtĂ©. Il avait Ă  son actif plusieurs retraitĂ©s qu’il avait escroquĂ©s de la mĂŞme manière. JugĂ© par le tribunal de Rouiba en première instance, il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  5 ans de prison ferme. En seconde instance, la cour de Boumerdes l’a condamnĂ© tout rĂ©cemment Ă  10 ans de prison ferme.

Par : K. A.

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