Lors de la prĂ©sentation de sa thèse de doctorat Ă Alger, l’historien et spĂ©cialiste des migrations sportives internationales des footballeurs professionnels africains en Europe, Stanislas Frenkiel, a mis en Ă©vidence les prĂ©sences successives et majoritaires des trois gĂ©nĂ©rations de footballeurs professionnels algĂ©riens en Europe, et plus particulièrement en France.
«Sur les 194 joueurs algĂ©riens dont 96 binationaux, 46% ont optĂ© pour la sĂ©lection algĂ©rienne de football durant le pĂ©riode allant de 1954 au 2002», a indiquĂ© Stanislas Frenkiel, tout en considĂ©rant que «ce chiffre est Ă©norme». Au cours de sa confĂ©rence de presse, Stanislas s’est Ă©talĂ© beaucoup plus sur les diffĂ©rentes raisons qui ont conduit Ă la migration sportive. Pour quelle raison les footballeurs algĂ©riens ont-ils choisi la France ? La raison incontournable, selon l’orateur, Ă©tant Ă©videmment l’histoire, la culture qui lient les deux pays. Au cours de la dĂ©monstration faite au CCF d’Alger (centre culturel français), Stanislas dira : «Les AlgĂ©riens traversent la MĂ©diterranĂ© Ă cette Ă©poque Ă©videmment» pour conquĂ©rir une ascension sociale improbable en AlgĂ©rie. Pour Ă©chapper Ă cette misère et Ă la violence : fuir les discriminations et mĂŞme fuir la guerre d’AlgĂ©rie. «Outre l’existence indispensable de rĂ©seaux sportifs et extra-sportifs qui peuvent aider les joueurs Ă traverser la MĂ©diterranĂ©e et Ă atteindre un pays relativement proche, ces migrations sportives s’expliquent aussi», ajoute l’historien, «par les perspectives socioĂ©conomiques (permettant un espoir d’ascension sociale) et par des contextes politiques, dans un strict cadre fĂ©dĂ©ral et Ă©tatique rĂ©glementĂ© en France et en AlgĂ©rie», a-t-il expliquĂ©.
La migration de vagues successives des footballeurs algériens en France est triplement catégorisée, précise le conférencier : les migrants sportifs (1954-1972). Cette catégorie, explique Stanislas, renferme les joueurs qui sont nés en Algérie, mais qui jouent par la suite dans des clubs européens. Les migrants familiaux (1972-1988), sont ceux qui partent avec leurs familles et découvrent par la suite le football, et, enfin, ceux qui, en vertu du droit du sang et du sol, communément appelés les binationaux.
L’appartenance Ă l’une des catĂ©gories, ajoute Stanislas, est dictĂ©e par une conjoncture historique, Ă©conomique et culturelle. «Les effets de double culture de ces footballeurs les poussent, ajoute le confĂ©rencier, Ă dĂ©velopper Ă la fois le dĂ©sir de travailler dans le championnat de France de football et celui de jouer pour l’Ă©quipe nationale algĂ©rienne.»
Le travail de recherche qu’il a effectuĂ© en AlgĂ©rie est basĂ© sur des sources orales rĂ©sumĂ©es en une soixantaine d’entretiens rĂ©alisĂ©s avec des joueurs aussi bien en AlgĂ©rie qu’en France. Le confĂ©rencier français a tenu Ă©galement Ă prĂ©senter les principales conclusions de sa recherche qui, signalons-le, a durĂ© trois mois en AlgĂ©rie, en analysant les carrières sportives des ces joueurs. A l’Ă©poque coloniale comme postcoloniale, les migrants, entre la France et l’AlgĂ©rie sont conditionnĂ©s par la mise en jeu d’un capital sportif dans un marchĂ© concurrentiel et opportunitĂ© historique Ă saisir.
Les footballeurs algĂ©riens de France choisissent par la suite de dĂ©fendre massivement les couleurs algĂ©riennes en raison, explique-t-il, de leur appartenance, langue d’origine, Ă©ducation stricte et traditionnelle et aussi rendre fiers leurs parents. Plusieurs thèmes ont Ă©tĂ© abordĂ©s Ă©galement Ă travers cette confĂ©rence, entre autres, le sport, les relations passionnelles entre la France et l’AlgĂ©rie, la construction du projet migratoire de ces joueurs, leurs conditions d’immigrĂ©s sportifs en France.