Le Midi Libre - Supplément Automobile - «Il faut proposer des camions avec des moteurs puissants dotĂ©s d’une mĂ©canique simple»
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Edition du 4 Octobre 2011



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Belkacem Ouyahia, directeur général Elsecom Véhicules Industriels :
«Il faut proposer des camions avec des moteurs puissants dotĂ©s d’une mĂ©canique simple»
4 Octobre 2011

Belkacem Ouyahia, directeur général Elsecom Véhicules Industriels a bien voulu nous parler du développement de la gamme Daewoo (camions et bus) en Algérie.

Pour lui, le professionnel algérien se distingue par une demande en motorisations toujours plus puissantes mais avec des mécaniques à la technologie classique et simple à la maintenance. Aller vers les normes Euro 4 et Euro 5 est pour lui prématuré pour le marché Algérien. M.Ouyahia qui explique le leadership de Daewoo Trucks dans le segment des Porteurs estime que le renouvellement de sa gamme Tracteur a pour but de mieux de se repositionner pour se rapprocher encore plus de la hiérarchie établie.

Auto-utilitaire.com : Daewoo s’est construit une excellente image et une notoriĂ©tĂ© notamment avec la gamme de camions Porteurs. Comment expliquez-vous ce succès ?
Belkacem Ouyahia : -Je dirais que c’est le vĂ©hicule lui-mĂŞme qui a bâti cette rĂ©putation après 7 annĂ©es de prĂ©sence en AlgĂ©rie. Depuis 2008 annĂ©e de son lancement en AlgĂ©rie, cette marque a rapidement occupĂ© le premier rang. Certes, la marque elle-mĂŞme Ă©tait dĂ©jĂ  connue grâce aux vĂ©hicules lĂ©gers, mais je dirais qu’il ya deux raisons principales qui l’ont mise en première position.
En premier lieu, il faut retenir la simplicitĂ© de ce vĂ©hicule notamment par son cĂ´tĂ© mĂ©canique et les clients algĂ©riens veulent rester dans la simplicitĂ© afin de pouvoir opĂ©rer des interventions de rĂ©paration et de maintenance facilement. En second lieu, l’atout prix a primĂ© car le rapport qualitĂ©/prix de nos camions Daewoo convenait parfaitement aux aspirations des clients. Comme j’ai dĂ©jĂ  eu Ă  le signaler, je pense que le produit Daewoo en AlgĂ©rie est le mieux adĂ©quat technologiquement pour le marchĂ© local.
L’investissement dans le secteur du transport de marchandise est lourd et le client AlgĂ©rien cherche un camion fiable, au prix raisonnable et facile Ă  entretenir et Ă  rĂ©parer. Les camions Daewoo ont rempli ces critères et c’est ce qui explique leur leadership.

Si la gamme ’’Porteur’’ est leader sur le marchĂ©, quelle incidence a cette position sur les autres segments de la gamme Daewoo ? Avez-vous profitĂ© de cette bonne image pour dĂ©velopper les autres segments ?
C’est une question que nous nous posons jusqu’Ă  prĂ©sent. Sur le segment Tracteur, Daewoo totalisait prĂ©s de 4% de parts de marchĂ© il y a deux Ă  trois ans et nous avons atteint actuellement 13% (4% en 2009, 9,6% en 2010 et 13% en 2011). Pour nous, la question reste posĂ©e, pourquoi le segment ’’Tracteur’’, qui est pourtant de la mĂŞme marque et avec des prix très abordables par rapport Ă  la concurrence et mĂŞme par rapport au segment des Porteurs, ne prend pas la mĂŞme ampleur que sur le segment ’’Porteur’’? Je pense que l’existence d’une forte concurrence europĂ©enne avec certaines habitudes du consommateur AlgĂ©rien par rapports aux marques europĂ©ennes auxquelles il est fidèle reste une raison valable. C’est Ă  l’image des vĂ©hicules particuliers oĂą il n’est pas facile de dĂ©trĂ´ner les marques europĂ©ennes de part leur histoire chez nous. Donc en matière de Tracteurs, semi-remorques et grands routiers, il y a une marque qui s’est installĂ©e en AlgĂ©rie depuis longtemps qui dĂ©tient une grosse part de marchĂ©, mais nos vĂ©hicules et nos tracteurs n’avaient pas les caractĂ©ristiques qui pouvaient se comparer aux camions de cette marque notamment sur le plan de la performance, nous avons optĂ© pour un Tracteur de moindre performance et bien sur de moindre coĂ»t, nous nous sommes donc posĂ©s cette question, pourquoi les tracteurs n’Ă©voluaient pas comme les porteurs ? Ces derniers avaient une performance qui Ă©tait Ă  mon avis largement comparable Ă  celle des Porteurs de la concurrence. Dans ce segment, nous assistons Ă  une certaine phobie des clients algĂ©riens qui demandent des Tracteurs munis de moteurs puissants de 450ch par exemple et certains d’entre eux veulent mĂŞmes aller jusqu’Ă  500 ch ! A mon avis notre idĂ©e se dĂ©fend autant que notre stratĂ©gie. Nous avons voulu standardiser les Ă©quipements et les organes mĂ©caniques (moteur, boĂ®te et pont), ainsi, sur l’ensemble de notre gamme, les moteurs sont tous les mĂŞmes en Tracteur et en Porteur. Après plusieurs annĂ©es de fonctionnement nous avons dĂ©cidĂ© de suivre la tendance du marchĂ© en important dĂ©sormais des camions dont la puissance du moteur est plus importante cela Ă  partir du 1er octobre prochain avec l’arrivĂ©e d’un tracteur de 415ch. J’espère que nous allons augmenter de manière significative nos parts de marchĂ© sur ce segment.

La relance du marché prévue pour fin 2011 ne semble pas venir. Comment gérez-vous cette situation et quel avenir attend ce marché selon vous ?
Ce marchĂ© a commencĂ© Ă  baisser depuis presque une annĂ©e, mais Daewoo, Dieu merci, a rĂ©ussi Ă  gagner en parts de marchĂ©, mĂŞme si en volume le marchĂ© global a rĂ©gressĂ©. Daewoo a maintenu ses positions. Dans le segment des Porteurs, nous sommes les leaders avec 71% de parts de marchĂ© contre 69% l’annĂ©e dernière. Dans le segment des tracteurs on Ă©tait Ă  9.6% en 2010 et aujourd’hui nous sommes Ă  13% de parts. Le marchĂ© n’a pas vu une reprise pour plusieurs raisons, comme les retards cumulĂ©s dans le traitement des dossiers Ansej. Nous avons mis en place un business plan pour 2011 ambitieux mais rĂ©aliste car on s’attendait Ă  cette situation mais tout de mĂŞme pas Ă  ce point car 45% de baisse du marchĂ© du vĂ©hicule industriel est un pourcentage très important. Chez nous avec Daewoo, nous enregistrons une baisse de 38% qui reste largement infĂ©rieure Ă  la chute que connaissent certains de nos concurrents.

Daewoo est aussi présente dans le segment des bus. Comment comptez-vous positionner votre gamme et la développer ?
Pour la partie bus, je dirais que depuis la crĂ©ation de cette activitĂ© de commercialisation des vĂ©hicules Daewoo, Elsecom ne s’est pas rĂ©ellement donnĂ© les moyens pour faire connaitre ce produit, mis Ă  part la participation aux diffĂ©rents appels d’offres. Les ventes directes de bus chez Elsecom sont minimes et 80% de ventes de bus se sont rĂ©alisĂ©es par le biais des marchĂ©s. Elsecom n’a pas essayĂ© de dĂ©velopper ce crĂ©neau, d’introduire, de faire connaitre, de promouvoir ce type de vĂ©hicules en AlgĂ©rie contrairement Ă  son engagement pour les camions. Contrairement aux camions chinois qui prĂ©sentaient un très bon prix mais avec un niveau loin de la moyenne en matière d’Ă©quipements technologiques et de service après vente, les bus chinois, au bout de quelques annĂ©es, ont fait leurs preuves auprès du client algĂ©rien Ă  l’image de certaines marques comme Higher, Kinglong qui rĂ©pondent Ă  certains besoins. Concernant la gamme des bus de luxe issus de marques comme Mercedes ou Hyundai, je pense qu’ils ont rĂ©ussi leurs paris chez nous. Au milieu de tout cela, nous sommes entrain de bâtir notre stratĂ©gie et nous avons choisi l’annĂ©e 2011 pour nous investir sĂ©rieusement dans ce segment. Ainsi, nous avons initiĂ© une caravane qui a sillonnĂ© certaines villes du pays pour faire connaitre nos bus et nous avons introduit deux nouveaux bus. Le premier interurbain avec un prix acceptable qui est de conception purement cornĂ©enne mais pour la fabrication il fallait sous traiter avec des entreprises chinoises et indiennes pour des considĂ©rations de coĂ»t de production et nous continuons Ă  nĂ©gocier avec notre partenaire Daewoo Bus pour pouvoir revoir encore les prix notamment que nous passons par une pĂ©riode oĂą le prix de la matière première a sensiblement augmentĂ©. Je peux ainsi dire que nous sommes optimistes pour Daewoo Bus et nous sommes entrain de faire en sorte que le prix proposĂ© aux professionnels du transport soit Ă  la hauteur de ces attentes.

Vous avez introduit un nouveau camion d’une capacitĂ© de charge de 10 tonnes et un tracteur de 415 ch, quels sont vos objectifs avec ces nouveautĂ©s ?
En matière de camions comme je le disais tout Ă  fait au dĂ©part, notre offre du segment Porteur se positionne bien et alors pourquoi pas notre offre Tracteur ? On devait rĂ©pondre dans ce segment Ă  des impĂ©ratifs de performance du moteur qui doit ĂŞtres plus puissant et c’est dans cette optique que nous avons introduit ce nouveau Tracteur et ainsi augmenter nos parts de marchĂ©. Aujourd’hui, nous avons voulu complĂ©ter notre gamme par ce vĂ©hicule de 10 tonne de charge utile (rĂ©ellement 12 tonnes) et avec deux versions : benne plateau et châssis nu. Cette dernière version est lĂ  pour offrir aux clients l’opportunitĂ© de l’Ă©quiper comme ils veulent, notamment avec l’existence en AlgĂ©rie de carrossiers (frigorifiques notamment, plateau, en benne, benne mĂ©nagère…) qui proposent un travail remarquable. Ce type de clients doit savoir que Daewoo veut rĂ©pondre Ă  leur besoins et dĂ©veloppe donc ce type de vĂ©hicules de moyen tonnage avec des prix assez concurrentiels. Par contre si on se positionne par rapport aux Chinois, nous sommes naturellement assez chers. Ce vĂ©hicule est un peu particulier, chaque fois qu’on descend un petit peu dans le tonnage, le chinois nous rattrape, ils ont rattrapĂ© toutes les grandes marques mondiales surtout sur les petits vĂ©hicules de 2 tonnes par exemple. Le produit chinois s’installe de mieux en mieux et si on a dĂ©cidĂ© de commercialiser un camion de 10t c’est pour montrer au consommateur algĂ©rien que Tata-Daewoo a une gamme assez complète qui rĂ©pond Ă  leurs diffĂ©rents besoins.
Avant de clĂ´turer l’entretien, est-ce qu’on peut dĂ©tailler les Ă©lĂ©ments techniques qui diffĂ©rencient vos camions Daewoo de la concurrence ?
J’ai toujours dĂ©fendu en AlgĂ©rie la marque Daewoo. Beaucoup de consommateurs ont Ă©tĂ© induits en erreur quand on leur disait que nos camions sont Ă©quipĂ©s de moteurs Euro 4 et Euro 5. Je pense que certes il fallait amĂ©liorer la puissance de notre offre moteur des Tracteurs pour aller vers les 400 chevaux mais d’introduire une complexitĂ© technologique sur nos moteurs je ne suis pas convaincu que c’est une bonne solution pour notre marchĂ© car nous ne sommes pas prĂŞts (ni l’algĂ©rien ni l’environnement algĂ©rien) pour cela.
Tata-Daewoo dĂ©veloppe des moteurs allant de l’Euro 1 jusqu’Ă  l’Euro 6, mais je pense que le marchĂ© AlgĂ©rien n’est pas prĂŞt pour recevoir et entretenir des moteurs hautement technologiques, il ne faut pas aller lĂ  oĂą on ne sait pas nager. La plupart des vĂ©hicules de nos concurrents qui sont de haute technologie causent beaucoup de regrets aux clients notamment lors des opĂ©rations de maintenances, donc l’essentiel pour nous est de faciliter cette tâche. Je pense qu’il faudra commercialiser des camions avec des moteurs classiques oĂą l’ancien ’’mĂ©cano’’, qu’importe le lieu oĂą il se trouve en AlgĂ©rie avec son matĂ©riel standard, doit pouvoir rĂ©parer un moteur Daewoo, c’est cela la force de notre marque ; l’aisance et la facilitation de la maintenance. On a donc optĂ© pour des vĂ©hicules sur lesquels on a effectivement augmentĂ© les performances mĂ©caniques mais en gardant la facilitĂ© dans la maintenance, il ne faut pas que cela soit compliquĂ©. Vous imaginez qu’il faut un scanner de haute technologie nĂ©cessitant une mobilisation Ă©norme, une formation poussĂ©e pour pouvoir rĂ©parer une petite panne sur une pompe d’injection ! alors que chez Daewoo, tout le monde peut dĂ©panner, nous le savons et nous sommes restĂ©s sur cette simplicitĂ© technologique du moteur. Tout de mĂŞme, avec le nouveau camion Tracteur que nous allons commercialiser, nous sommes passĂ©s Ă  l’Euro 3, la loi algĂ©rienne exige l’euro 2 et c’est ce que nous commercialisons et nous ne voulons pas directement passer Ă  l’euro 5. Nous pouvons importer des camions Euro 5 mais nous ne voulons pas le faire. L’Euro 3 est meilleur sur le plan de l’Ă©mission CO2 mais sur le plan technologique, il est restĂ© très basique, et c’est notre force Ă  mon avis.

Pouvez-vous nous retracer la situation du rĂ©seau de distribution d’Elsecom vĂ©hicules industriels et la partie SAV ?
Le rĂ©seau d’Elsecom VĂ©hicules Industriels fonctionnait avec les mĂŞmes agents que le rĂ©seau de la SARL Elsecom, le mĂŞme agent qui distribuait Maruti et Alto s’occupait aussi de Daewoo. Mais depuis 2009, nous avons dĂ©veloppĂ© notre propre rĂ©seau avec notre propre cahier des charges, et nous avons essayĂ© de crĂ©er un rĂ©seau propre Ă  notre entreprise. Donc nous sommes aujourd’hui Ă  9 agents agrĂ©es sur tout le territoire national, deux succursales et trois agents qui sont en prĂ©paration. Sur le terrain, il est tout Ă  fait clair que certains de nos agents sont mieux organisĂ©s et mieux Ă©quipĂ©s que d’autres, mais nous allons petit Ă  petit crĂ©er ce rĂ©seau de professionnels.
Le numĂ©ro 1 en AlgĂ©rie reste Renault Trucks AlgĂ©rie avec ses 12 agents, nous, nous en avons 11 (avec 3 en prĂ©paration). Nous avons aussi les agents agrĂ©es pour la pièce de rechange qui sont au nombre de 6 agents et on va aller sur 9 agents sur le territoire national. Nous avons des prospecteurs particuliers pour les rĂ©gions oĂą on n’est pas reprĂ©sentĂ©.
Pour la partie service après vente (SAV), on est parfaitement conscient qu’il faudra bien augmenter nos capacitĂ©s en pièces de rechange. Il y a des vĂ©hicules Daewoo qui ont 9 ans d’âge et qui sont en circulation. Notre objectif est de multiplier par 4 l’approvisionnement en pièces de rechange, et nous sommes entrain de concentrer nos efforts en moyens Ă  mettre en place pour les ateliers de maintenance. Le parc commence Ă  vieillir donc il faut mettre Ă  niveau notre service après vente et les compĂ©tences. D’ailleurs, 6 de nos employĂ©s sont aujourd’hui en CorĂ©e pour 15 jours de formation et nous sommes entrain de mettre le paquet en termes de moyens humains et matĂ©riels aux niveaux de nos ateliers.

Donc la concurrence aujourd’hui se joue sur ce point ?
Oui tout Ă  fait, surtout pour le vĂ©hicule lourd. S’il est immobilisĂ© et qu’il ne peut pas ĂŞtre pris en charge au niveau de la maintenance, vous voyez bien ce qu’on va dire de nous. Nous sommes conscients de ça, et nous travaillons dessus.

Un dernier mot
Cette annĂ©e malheureusement nous n’avons pas assez de visibilitĂ©, nous sommes dans une annĂ©e difficile mais j’espère qu’il va y avoir une reprise sur le plan des investissements des chantiers parce que nous sommes liĂ©s aux grands projets de l’Ă©tat pour booster l’activitĂ© du vĂ©hicule industriel.
Avec les nouveaux produits que nous avons essayĂ© d’introduire en AlgĂ©rie, notamment camion Tracteur Ă©quipĂ© d’un moteur de 415 ch et d’une boite Ă  16 rapports, nous espĂ©rons grignoter des parts de marchĂ© dans ce segment devenu de plus en plus imposant au niveau du marchĂ© algĂ©rien.


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