Nous avons vu plusieurs manifestations défiler au cours de ces dernières années en Algérie, de l’année en Algérie en France,
d’ «Alger capitale de la culture arabe 2007 », en passant par la 2e édition du Festival panafricain d’Alger en 2009, et en cours la manifestation «Tlemcen capitale de la culture islamique 2011 ». Il aura fallu le Festival d’Avignon en France pour qu’il ait un hommage à l’un de nos grands écrivains, Mouloud Feraoun.
Avec Le Contraire de l’Amour, une pièce mise en scène par Dominique Lurcel, qui présente des extraits de l’ouvrage Le Journal de Mouloud Feraoun, le public a pu apprécier un homme d’une grandeur littéraire et humaine inégalable.
Mouloud Feraoun a laissé un journal, commencé en 1955 et tenu jusqu’à la veille de sa mort, qui est un document unique où l’on suit le quotidien d’un village kabyle, la peur, la torture, les petites lâcheté individuelles. Feraoun, tiraillé entre deux cultures, condamne un siècle de colonisation où «il n’y a pas eu mariage, mais que de l’indifférence. Indifférence qui est le contraire de l’amour».
« Le contraire de l’amour c’est l’indifférence réfléchie », écrivait Mouloud Feraoun à propos des relations entre les Français et les Algériens dans le journal qu’il a tenu, sur les conseils de son ami Emmanuel Roblès, jusqu’à sa mort en 1962. Feraoun, instituteur nourri par des cultures universelles, a été assassiné par l’OAS quatre jours avant la signature des accords d’Evian. Son journal est le témoignage précieux d’un homme né dans un petit village de Kabylie, d’un écrivain et d’un intellectuel éclairé ami, entre autres, de Roblès, Camus et Germaine Tillion. Il nous fait pénétrer dans le quotidien d’un peuple martyre victime de la colonisation. Dominique Lurcel qui poursuit un travail autour de l’Algérie depuis plusieurs années, nous donne à entendre des fragments de ce volumineux journal de 450 pages, dans une mise en scène à deux voix, celle du comédien Samuel Churin et du violoncelliste Marc Lauras. Au rythme des repères chronologiques énoncés par la belle voix grave de Marc Lauras et les modulations de son violoncelle, Samuel Churin raconte, sans pathos aucun, la succession des événements de 1955 à 1962, la vie au village, les disparitions, les exactions, le mépris des Français pour les Algériens, la torture... Et puis ses réflexions sur l’histoire du pays, sur les relations impossibles avec la France. Au-delà de l’intérêt historique, ce témoignage à hauteur d’homme rend hommage à l’engagement d’un homme dont les propos, totalement dénués d’acrimonie, n’ont exprimé que sa peine et son impuissance devant tant de mensonges et de malheurs, et dont le courage, la droiture et l’intégrité ont été ses principaux remparts contre la violence.
Le Contraire de l’amour d’après
le Journal de Mouloud Feraoun. Mise en scène Dominique Lurcel, avec Samuel Churin et Marc Lauras. Scénographie, Gérald Ascargorta. Lumière, Céline Juillard, Costumes Angelina Herrero. A Avignon, festival Off, Présence Pasteur, à 10h30 jusqu’au 30 juillet 2011. Durée : 1h25. Tel : 04 32 74 18 54. © Guilaine Rigollet