Le plaisir de l’écrivain dit-on rencontre toujours celui du lecteur, surtout lorsque l’ouvrage proposé sort du cycle traditionnel d’écriture pour aborder un autre genre, celui de la relation entre la musique et le comportement humain.
Le docteur Mouloud Ounnoughène est neurochirurgien de profession, musicien, ancien producteur et animateur d’émissions radiophoniques, sur les musiques du monde, il a dès son jeune âge, caressé le rêve d’être un jour maestro dans un genre qui sied à sa vocation de virtuose.
Ses passages à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou en tant qu’enseignant vacataire de musique ont été beaucoup dans sa recherche à comprendre et à approfondir ses connaissances dans le domaine.
Ses efforts ne son pas vains puisqu’il sortit avec son groupe Massin’s un album de fusions musicales, qui a connu, faut-il le souligner un succès non négligeable au sein de la famille musicale.
Passionné par les effets et les impacts de la musique sur le cerveau humain, le docteur Ounnoughène n’est pas à sa première publication puisqu’il a eu à écrire plusieurs articles à ce sujet, qu’il publia dans plusieurs journaux et autre revues spécialisées.
A première vue et eu égard au titre, le lecteur se demandera certainement si le livre en question n’est pas une thèse qui s’adresse à une catégorie de lecteurs, voire aux spécialistes de l’histoire de la musique, de la liturgie et de l’art des rituels musicaux.
Dans son ouvrage Influences de la musique sur le comportement humainLe docteur Mouloud Ounnoughène essaie d’abord de démontrer que la lecture n’est pas seulement une relation intellectuelle ou esthétique, mais c’est aussi un rapport d’adoption qui lie directement le lecteur à l’auteur et lui procure tant de connaissances et de plaisir dès son contact avec le texte. En effet dans un langage très accessible, l’auteur nous transporte dans un monde féerique et paradisiaque, ou la musique dans ses différents genres retrouve toute sa quintescence, sa rigueur et sa vivacité. C’est finalement toute la sociologie humaine qui est mise à l’épreuve dans cette ouvrage, à travers lequel le langage musical se confond et se juxtapose, pour irriguer le temps d’une lecture les parties les plus sencibles de notre cerveau afin de nous donner cette envie pathétique de nous accrocher au sublime. L’influence de la musique sur le comportement humain, même si cela est resté un secret et un tabou pour certains, n’a pas pour autant laissé indifférents les grands philosophes et autres chercheurs en musicologie à travers les ages, qui ont de tout temps essayé de combattre les tares et préjugés que certains veulent à tout prix lui gréffer. Par ses palettes esthétiques et la gymnastique émotionnelle qu’elle induit sur les processus physiologiques de l’homme, la musique dit-il a depuis la nuit des temps été toujours une thérapie à laquelle tout les grands de ce monde y croyaient. Sédative ou stimulante, la musique dissèque nos souvenirs et explore notre passé, langage intéressant pour l’Alzeihmerien ou l’autiste, la musique peut améliorer la cognition de ces patients. Tout en soulignant que sa contribution s’adresse aussi bien au profane qu’au musicien confirmé, le lecteur trouvera affirme l’auteur quelques éléments de réponses concernant les effets de la musique au sens large…
Pour étayer sa thèse l’auteur, tout en affirmant que la longue flûte en roseau ou le Ney constitue l’instrument par excellence du mysticisme des soufis, n’hésite pas à parler du grand maître Djallal ud-in Roumi (1202-1273) fondateur au 13ème siècle de la confrérie des derviches tourneurs. Ce dernier affirme en effet que le Ney symbolise l’âme qui souffre de ne pas être liée à la sphère divine.
Sa musique est une allégorie de l’essence de l’homme. Elle dénoue les situations de crise mentale. Ses ondes sonores nous aiguillonnent au centre de nous même et au cœur de l’univers, c’est d’ailleurs là un des principes des danseurs soufis. " Dans la cadence de la musique est caché un secret, si je le révélais, il bouleverserait le monde ", disait Djallal ud-in.
C’est dans ce même ordre d’idées que l’ouvrage traitera de l’esthétique de la musique pour dire que le but est non pas le délice d’écouter de suaves mélodies mais de saisir une allusion divine. Il prendra l’exemple du poète Persan El Hallaj qui souligne que : ‘‘ la musique est l’éveil de l’âme, elle abolit la durée…’’ Le livre du docteur Ounnoughène enfin, tout en maintenant le lecteur dans une sorte de spiritualité d’une autre dimension, a le mérite de bousculer certains tabous, tout en essayant de baliser les sentiers épineux, que d’aucuns n’osent défraichir pour des raisons que tout le monde connait.
Par : K. Zakaria