Le Pr Habel, qui a eu l’amabilitĂ© de nous accorder cet entretien, nous explique les moyens de contraception qui existent chez nous, ainsi que leurs avantages et inconvĂ©nients, mais surtout quelle mĂ©thode choisir, selon la photologie ou le profil de la femme. Suivons le professeur dans cette remarquable intervention.
Midi Libre : La pilule est-elle un bon moyen pour contrĂ´ler sa fertilitĂ© ? C’est la prĂ©occupation de toutes les femmes ; qu’en pensez-vous ?
Pr Habel : D’abord ce qu’il faut savoir, c’est que la pilule est efficace Ă 100%. Aussi, elle est très bien tolĂ©rĂ©e par la majoritĂ© des femmes. Elle permet d’avoir des cycles rĂ©guliers pour celles qui ont des cycles perturbĂ©s. Elle permet aussi d’avoir des règles moins abondantes et mois douloureuses. Pour celles qui pensent que la pilule rend stĂ©rile, je leur dis aucune inquiĂ©tude lĂ -dessus, Dès que la femme arrĂŞte la prise de la pilule, les effets sont rĂ©versibles ; une grossesse vient systĂ©matiquement.
Vous venez d’Ă©numĂ©rer les avantages de la pilule, cependant, quelles en sont les contre-indications ?
La pilule est contre-indiquĂ©e en cas d’hypercholĂ©stemie, en cas d’hypertension artĂ©rielle, elle est Ă©galement Ă proscrire dans certains cancers, particulièrement le cancer du sein, les maladies trembo-amboliques, c’est-Ă -dire les femmes qui souffrent de grosses varices. Et ces dernières annĂ©es, les spĂ©cialistes se sont rendus compte que la pilule n’est pas compatible avec le tabac. Et comme certaines femmes en tendance Ă fumer, alors il faudrait qu’elles choisissent entre la pilule et la cigarette, car pilule plus cigarette Ă©gale problème cardiovasculaire.
Selon certaines idĂ©es reçues, la pilule fait grossir, donne des boutons, un risque de cancer du sein et du col de l’utĂ©rus… Qu’en dites-vous ?
Lorsque les premières pilules ont Ă©taient lancĂ©es, elles faisaient effectivement grossir, mais grâce au progrès, les pilules modernes sont mini- dosĂ©es, elles ne font pas grossir. Cependant, il faut dire que la pilule donne un bon appĂ©tit, donc je dirais Ă ces femmes de faire un peu attention Ă ce qu’elles mangent. Pour les boutons, la pilule ne donne pas de boutons, il y a mĂŞme des pilules que l’on prescrit en cas d’acnĂ©. La pilule ne risque pas Ă©galement de donner un cancer du sein ou du col de l’utĂ©rus, bien au contraire, les nouvelles recherches montrent maintenant que la pilule diminue ces cancers. On pourrait donc dire que la pilule est un très bon moyen de contraception.
En cas d’intolĂ©rance Ă la pilule, quels sont les autres moyens contraceptifs proposĂ©s aux femmes ?
En cas d’intolĂ©rance Ă la pilule, nous leur proposons des stĂ©rilets. Actuellement, nous avons des stĂ©rilets modernes qui donnent de très bons rĂ©sultats. Le tau d’Ă©chec et de 0%. Le stĂ©rilet est placĂ© tout simplement Ă l’intĂ©rieur de la matrice. Il y a plusieurs types de stĂ©rilets, comme les stĂ©rilets classiques au cuivre, or certaines femmes se plaignent de saignement. De nos jours, nous avons mieux pour cette catĂ©gorie de femmes, Ă savoir des stĂ©rilets Ă base de progestĂ©rone qui non seulement servent de contraception mais permet tent Ă©galement de rĂ©gler le cycle. Donc, c’est une contraception efficace et qui règle tous ces dĂ©sagrĂ©ments.
Toujours selon les idĂ©es reçues, Ă©tant donnĂ© que le stĂ©rilet est un corps Ă©tranger Ă l’organisme, on dit qu’il peut ĂŞtre source d’infections ; qu’en dites-vous professeur ?
Attention, le stĂ©rilet doit ĂŞtre posĂ© dans des conditions d’hygiène très rigoureuses. La pose doit se faire par un gynĂ©cologue. Si le stĂ©rilet est posĂ© dans des conditions douteuses, il peu y avoir effectivement une infection vaginale. Sinon, le stĂ©rilet en cuivre et lui-mĂŞme un antiseptique, mais bien entendu, Ă condition que la pose se fasse sur un col sain. Et c’est pour cela d’ailleurs qu’il est obligatoire de faire un frottis et un examen gynĂ©cologique afin d’Ă©liminer toute infection existante dĂ©jĂ .
Quelles sont les contre- indications du stérilet ?
Comme on vient de le dire, on ne pose pas de stĂ©rilet en cas d’infection vaginale, de malformation de l’utĂ©rus, car non seulement il ne tiendra pas mais il y a mĂŞme un risque de perforer l’utĂ©rus. Le stĂ©rilĂ© est Ă©galement Ă proscrire en cas d’antĂ©cĂ©dents d’une grossesse extra-utĂ©rinen, en cas de fibromes, pour celle qui n’a jamais enfantĂ©, car en cas d’infection, il y aura un risque de stĂ©rilitĂ©. Pour les femmes sujettes aux hĂ©morragies, on prĂ©fĂ©rera un stĂ©rilet aux progestĂ©rones qui est mĂŞme prescrit pour celles qui ne cherchent pas de contraception mais qui saignent ; ça donne de très bons rĂ©sultats. Alors qu’autrefois lorsqu’une femme souffre d’hĂ©morragie, il fallait procĂ©der Ă des curetages, voire mĂŞme l’ablation de l’utĂ©rus.
Qu’en est-il des prĂ©servatifs ?
Eh bien, c’est une mĂ©thode très peu utilisĂ©e alors que c’est une très bonne mĂ©thode. On les trouve partout, ils sont en latex. Non seulement le prĂ©servatif est un moyen contraceptif mais il protège contre les maladies sexuellement transmissibles (M.S.T), particulièrement contre le sida. D’ailleurs, c’est le seul traitement efficace pour l’heure contre cette pathologie et il ne faut pas dire que cela n’arrive qu’aux autres.
On parle de prĂ©servatifs masculins que certains hommes n’apprĂ©cient pas ; existe-t-il des prĂ©servatifs fĂ©minins ?
Effectivement, il y a des prĂ©servatifs fĂ©minins mais on en parle très peu ici en AlgĂ©rie. Cependant, c’est Ă peu près le mĂŞme que le prĂ©servatif masculin.
Et qu’appelle-t-on les mĂ©thodes locales, naturelles, retrait… ?
Les mĂ©thodes locales sont des ovules spermicides que la femme place au fond du vagin avant le rapport sexuel. Ces ovules tuent les spermatozoĂŻdes. Cependant, prudence, ce n’est pas très efficace. Pour les mĂ©thodes naturelles, il s’agit de calculer et de s’abstenir d’avoir des rapports lors de la pĂ©riode d’ovulation, c’est-Ă -dire 5 jours avant le 14e jour du cycle et 5 jours après. Cependant, ces comptes ne sont pas fiables du tout Ă©tant donnĂ© que la femme peut ovuler Ă n’importe quel moment. On appelait autrefois cette mĂ©thode Ogino, mais Ă force d’Ă©chec, on l’appelle plutĂ´t les bĂ©bĂ©s Ogino. Pour le «retrait» ou coĂŻt interrompu, attention ça donne souvent de mauvaises surprises. Donc, pour un couple qui ne veut pas d’enfant, on ne conseille jamais ces mĂ©thodes appelĂ©es naturelles.
Dans quel cas recourons-nous à la stérilisation avisée de contraception ?
Cette mĂ©thode est conseillĂ©e aux femmes qui ont plusieurs enfants et qui, en outre, souffrent de pathologie, tel que diabète, hypertension, problème cardio-vasculaire, varices… Souvent, nous sommes face Ă des situations oĂą la grossesse mĂŞme est proscrite Ă ces femmes qui, en outre, ne peuvent recourir Ă d’autres. Dans ces cas extrĂŞmes, on propose une ligature des trompes qui se fait par cĂ©lioscopie en 10 minutes, donc sans chirurgie. Cette mĂ©thode est irrĂ©versible et ce pratique selon l’indication mĂ©dicale.
Le mot de la fin…
Si on veut vraiment obtenir une bonne efficacitĂ© de contraception, avant de prendre une pilule quelconque, ou autre moyen de contraception, il faut faire un bilan sanguin, clinique et hormonal. Un examen des seins et un frottis sont systĂ©matiquement demandĂ©s quel que soit l’âge de la femme. Une fois tous ces examen sont faits, on prescrit, selon le profil de chaque femme, une mĂ©thode adĂ©quate. Ces examens permettent, en outre, de dĂ©tecter une anomalie et de la traiter.