Ĺ’uvre artistique et anthologie de l’art fĂ©minin de l’AlgĂ©rie profonde, le tapis de laine pure, produit artisanal du gĂ©nie familial, est menacĂ© par l’obsolescence des moyens techniques de base utilisĂ©s pour sa fabrication et la concurrence dĂ©loyale de l’industrialisation du produit. Les signes rĂ©vĂ©lateurs de cette menace sont visibles chez les marchands de tapis traditionnels du souk de GhardaĂŻa, dĂ©sertĂ©s par les acheteurs, notamment nationaux, qui prĂ©fèrent les tapis industriels synthĂ©tiques cĂ©dĂ©s Ă des prix imbattables. ’’Le tapis et autre produits traditionnels se portent mal en l’absence d’acheteurs connaisseurs et souffrent de la concurrence du tapis industriel vendu beaucoup moins cher", confie M. Benzait, marchand de tapis au souk de GhardaĂŻa. "Le tapis traditionnel confectionnĂ© par les tisserandes de GhardaĂŻa ne trouve plus acquĂ©reur et ne s’Ă©coule pas bien, compte tenu de son prix jugĂ© cher par rapport Ă celui du tapis synthĂ©tique industriel", a-t-il expliquĂ©. Les dernières mesures prises par les pouvoirs publics relatives Ă la baisse des taux d’imposition dĂ©cidĂ©es en faveur des artisans, l’octroi de crĂ©dits sans intĂ©rĂŞts pour l’acquisition et le renouvellement des Ă©quipements utilisĂ©s dans les activitĂ©s artisanales menacĂ©es de disparition, sont de nature Ă aider les artisans Ă "aplanir le problème de la hausse du coĂ»t du matĂ©riel d’artisan", a estimĂ©, par ailleurs, M. Benzait. Pratiquement, chaque famille ghardaouie possède un mĂ©tier Ă tisser faisant partie des Ă©quipements domestiques ordinaires, d’oĂą l’existence de quelque 15.000 femmes artisanes travaillant seules Ă domicile, ou en coopĂ©ratives, notamment Ă El Menea et Beni Isguen, a-t-il fait savoir. La fabrication du tapis artisanal, mĂ©tier rĂ©servĂ© par excellence aux femmes, revĂŞt, outre un aspect Ă©conomique, une dimension culturelle qui colporte l’imaginaire social et la tradition orale du milieu sociologique dont sont issues les tisseuses et tisserandes. A travers les symboles et les motifs ainsi que le langage abstrait et gĂ©omĂ©trique fidèlement transmis, en plus avec raffinement et savoir-faire, un nĂ©ophyte peut aisĂ©ment dĂ©terminer avec exactitude l’origine du milieu de fabrication de la ‘’Zarbia’’ (tapis). ConsidĂ©rĂ© gĂ©nĂ©ralement comme une Ĺ“uvre ornementale pour Ă©gayer et dĂ©corer l’intĂ©rieur d’une demeure, le tapis transmet Ă©galement des messages reflĂ©tant une culture millĂ©naire riche et variĂ©e que seul le gĂ©nie fĂ©minin a pu prĂ©server et transmettre entre gĂ©nĂ©rations. Ces tapisseries traditionnelles, fabriquĂ©es et confectionnĂ©es par le gĂ©nie familial, expriment fidèlement, par des caractères distincts, l’appartenance Ă chaque milieu social d’une rĂ©gion de l’AlgĂ©rie profonde et l’enracinement aux us et culture ancestrale. Ainsi, chaque rĂ©gion possède son propre rĂ©pertoire de dessins, de symboles et de dĂ©corations, reprĂ©sentĂ©s par des motifs gĂ©omĂ©triques tels les triangles et les losanges ainsi que des paillettes et franges typiques. Parmi les rĂ©gions du pays qui excellent dans la symbolique artistique, vĂ©ritable ancrage culturel et identitaire, figurent les rĂ©gions de Kabylie, des Aurès, du M’zab, de Tlemcen, des Hauts-Plateaux et du Djebel Amour. Du tapis d’Ath Hichem Ă celui de Beni-Isguen, en passant par les tapis de Nememcha , de Ksar Chellala , d’Aflou et de Laghouat, l’expression artistique et symbolique propre Ă chaque rĂ©gion se manifeste Ă travers les dessins et motifs reproduits et exĂ©cutĂ©s magistralement par des tisserandes dans les Ĺ“uvres demandent beaucoup de patience. Chaque rĂ©gion se reconnaĂ®t Ă travers des reprĂ©sentations atypiques et styles gĂ©omĂ©triques assortis de couleurs soigneusement choisies par les artisanes. A titre d’illustration, les tapis des rĂ©gions de Djebel Amour de Nador en allant vers Souguer, Aflou, El Bayadh et Laghouat, se distinguent par le mariage des couleurs rouge, noire et blanche. Chacun des symboles et couleurs que renferme le tapis artisanal, confectionnĂ© avec amour, tĂ©moigne d’une pratique sociale, d’un mode de vie propre Ă une rĂ©gion et d’une entitĂ© culturelle inspirĂ©e du vĂ©cu quotidien et de l’imaginaire sociologique. Dans cette perspective, la capitale du M’Zab (Ghardaia) reconstituera, Ă l’occasion de la 44e Ă©dition de la fĂŞte du tapis qui dĂ©butera samedi prochain, la diversitĂ© culturelle du pays et se penchera sur une stratĂ©gie de promotion et de valorisation du produit artisanal menacĂ© par la concurrence du tapis industriel souvent importĂ©.