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Ces contes qui ont bercé notre enfance
Il était une fois…
9 Mars 2011

Autrefois, dans les montagnes, la nuit tombĂ©e après le souper souvent bien maigre, la tĂ©lĂ©vision ou l’Internet n’existant pas, c’Ă©tait alors le moment des contes et lĂ©gendes. Les petits enfants entouraient alors jida, ou yema azizou, la grand-mère, qui se faisait un plaisir de leur raconter une histoire.

C’est ce qu’Idir chante de manière magistrale dans A vava inova sur une idĂ©e non moins sublime du poète Ben Mohamed.
Après avoir soupĂ©, chaque jour Ă  tour de rĂ´le, la grand-mère ou la plus âgĂ©e d’une famille assez nombreuse, contait des histoires qui tenait en haleine les enfants qui finissaient par tomber dans les bras de MorphĂ©e. Elle rĂ©citait aussi des poèmes anciens ou narrait des lĂ©gendes merveilleuses et captivantes. Les grand-mères d’antan avaient le don de la narration. Sans doute par nĂ©cessitĂ©, la tĂ©lĂ©vision n’existait pas, il fallait bien s’occuper pendant les soirĂ©es d’hivers. Autour du feu tous les enfants de la famille se rĂ©unissaient autour de l’aĂŻeule, pour Ă©couter le conte que celle-ci avait choisi pour eux, afin qu’ils s’endorment sans faire de bruit et que leurs aĂ®nĂ©s puissent enfin rĂ©cupĂ©rer de la dure journĂ©e de labeur. En Ă©tĂ©, la situation Ă©tait autre puisque les gamins s’amusaient dehors jusqu’Ă  une heure assez avancĂ©e. Ils s’Ă©puisaient Ă  force de courir et jouaient Ă  mille jeux qu’ils inventaient. Mais les premiers frimas de l’hiver venus, il n’Ă©tait plus question de tarder Ă  l’extĂ©rieur. Ainsi, dès que le bĂ©tail rejoignait l’Ă©table, les enfants avaient hâte de rentrer Ă  la maison pour se rĂ©chauffer. Ils avalaient leur dĂ®ner rapidement et chacun retrouvait sa place près de yema azizou. Elle racontait ces histoires lorsque les animaux parlaient, disait-elle. Elle s’exprimait d’une voix douce et avec un talent, en donnant Ă  chaque scène des images si profondes et concrètes, et faisait pĂ©nĂ©trer dans l’ambiance du rĂ©cit. La famille reste suspendue aux lèvres de la conteuse. Qui ne connait pas l’histoire de Loundja, la fille de l’ogresse, crĂ©ature gentille et douce contrairement Ă  Tserial sa gĂ©nitrice. Ou bien le rĂ©cit d’une AĂŻcha orpheline, d’abord victime d’un impitoyable et cynique destin, et par la suite elle connaĂ®tra une vie idyllique, le fruit de sa longue patience. En Ă©coutant ces histoires, chaque Ă©vĂ©nement Ă©tait vĂ©cu intensĂ©ment. Les larmes venaient spontanĂ©ment lorsque la petite famille traversait une mauvaise passe puis la providence lui venait en aide, alors toute la famille poussait un ouf de soulagement. Ainsi un silence religieux s’installait dans la nichĂ©e, on n’entendait plus que le crĂ©pitement des flammes dans l’âtre. Les contes duraient environ une Ă  deux heures de temps pour en fait une durĂ©e rĂ©elle ne pouvant dĂ©passer une vingtaine de minutes. Mais la conteuse savait y mettre les formes et entrecouper de moments « morts » qui tout en accentuant le suspense du rĂ©cit lui permettait de retrouver son souffle en expirant profondĂ©men , ce qui ajoutait du charme Ă  la l’histoire. Ces veillĂ©es qui ont bercĂ© notre enfance, tendent Ă  disparaĂ®tre de notre jour dans le monde moderne.

Par : Ourida Ait Ali

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