Pour que nul n’oublie qu’ Abdelkader Alloula Ă©tait cet homme de gĂ©nie. Pour que nul n’oublie qu’il a Ă©tĂ© un crĂ©ateur incontestĂ© du théâtre. Pour que nul n’oublie qu’il Ă©tait gĂ©nĂ©reux, qu’il ouvrait les portes du théâtre Ă la jeune gĂ©nĂ©ration… pour que nul n’oublie qu’il Ă©tait un homme de parole au service du 4e art...
Assassiné le 10 mars 1994 par des balles lâches Abdelkader Alloula demeurera à jamais ce grand dramaturge algérien ayant donné un nouveau souffle au théâtre. Même si les tueurs ont tiré trois balles, visant la tête de Alloula, les œuvres laissées par le défunt restent et resteront un véritable trésor culturel et une preuve incontestée de son génie.
Raja Alloula, veuve du disparu, ne cherchera pas ses mots. Elles coulent avec Ă©motion telle une pluie par une dure journĂ©e d’hiver. Elle rend hommage Ă son Ă©poux, ami et collègue de longue date, non pas sur une tribune, mais sur sa page personnelle du rĂ©seau social Facebook.
Elle dira ainsi : «Alloula est touchĂ© Ă la jugulaire et Ă la base du crane au niveau du «rocher», centres vitaux de la pensĂ©e, de la raison et de la vie. Il tombe sur le trottoir de la rue de Mostaganem Ă 50 mètres du domicile familial pour ne plus... se relever. Alloula donne le 16 mars 1994, la plus belle et la plus grandiose des GÉNÉRALE : Oran sort pour enterrer son fils chĂ©ri. Ils sont venus de tous les coins de l’AlgĂ©rie pour lui dire adieu, pour le pleurer, pour crier Ă l’injustice du crime commis, persuadĂ©s qu’ils le retrouveront Ă travers son Ĺ“uvre artistique et humaniste, tantĂ´t sur les planches du théâtre, ou avec les enfants cancĂ©reux, les droits de l’Homme, les veuves et les orphelins…»
Nous lirons cette tristesse d’avoir perdu un ĂŞtre cher, mais Ă©galement cette joie de l’avoir cĂ´toyĂ©
«L’hĂ©ritage est lourd. Il s’enracine en profondeur dans la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne, il la pĂ©nètre pour en tirer le meilleur d’elle-mĂŞme, pour la rendre immortelle. C’est ça la force de Alloula, c’est d’avoir pu et su se dĂ©passer en tant qu’ĂŞtre humain dans le don de soi Ă un statut transcendant, en donnant la parole Ă ceux qui ne l’ont jamais : les travailleurs, les producteurs des richesses, les anonymes, les gens du petit peuple». Puis elle conclura, et nous partageons certainement ce souhait avec la veuve «Alloula est tellement modeste, humain, gĂ©nĂ©reux… Allah Yarhmek yal Hacham ! »
Ainsi rendre hommage Ă Alloula ne relève pas seulement de la nĂ©cessitĂ©, mais d’un devoir de mĂ©moire. Comme l’a dĂ©jĂ si bien dit Zoubida Hagani en 1996 «Mon lion est certes tombĂ©, mais son esprit hante les vivants. Merci, ami, pour avoir dĂ©posĂ© en moi cette part de divinitĂ© qu’est l’humanité».
Plusieurs commĂ©morations ont eu lieu en AlgĂ©rie Ă l’occasion de son assassinat, Ă l’instar de la rencontre organisĂ©e Ă Oran par plusieurs universitaires et hommes de culture qui ont pris part Ă cet hommage initiĂ© par l’Institut de dĂ©veloppement des ressources humaines de haĂŻ El-Menzah (IDRH, Canastel) en collaboration avec la fondation Abdelkader-Alloula prĂ©sidĂ©e par la veuve du dĂ©funt.
Une journĂ©e en hommage Ă Alloula est organisĂ©e par l’association AlgĂ©rie mĂ©moire en France le 22 mars prochain. Cette journĂ©e nommĂ© «CONTRE L’OUBLI» sera animĂ©e par de grandes figures artistique Ă l’instar d’Amazigh Kateb, Samira Brahmia, Cheikh Sidi Bemol, Gaada Diwane Bechar, Essi Moh…
Avec cette journée les organisateurs aspirent à aider en mettant en place des unités de soins en psychiatrie et en psychologie pour les personnes qui ont été traumatisées par le terrorisme. «Nous récolterons des fonds qui serviront à aider les victimes et leurs familles. Ce sera notre manière de rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui se sont battus pour une Algérie moderne, une Algérie solidaire et unie, nous continuerons à défendre leurs valeurs et propagerons leurs idées. Ils sont là -haut à nous regarder... Ils doivent être fiers de nous .», peut-on lire dans leur communiqué.