La cĂ©lĂ©bration de Yennayer, le 12 janvier de chaque annĂ©e Ă Beni Snouss, se distingue par l’organisation du carnaval d’Ayrad, qui a des origines lointaines dans l’histoire de cette rĂ©gion situĂ©e au sud-ouest de la wilaya de Tlemcen.
Ce carnaval, qui constitue une fĂŞte populaire sĂ©culaire des Beni Snouss, comporte des rituels aussi nombreux que mythiques. Ses origines sont tirĂ©es de l’histoire ancienne, du temps des guerres et des batailles que se livraient les autochtones, les Romains, les numides et les pharaons. L’hypothèse la plus plausible, selon l’anthropologue Saridj Mohamed, auteur du livre "La verveine fanĂ©e", est que cette fĂŞte de trois jours marquait la victoire du roi Chachnak sur le roi Juba 1 de MaurĂ©tanie. A partir de ces guerres naissa le carnaval d’Ayrad (lion en amazigh) qui symbolise la victoire et la paix, a-t-il expliquĂ©. Les diffĂ©rents villages du canton snoussi cĂ©lĂ©braient cette date mais chacun lui donne une appellation. Au vieux village de Tafesra, on l’appelle "cheikh Bouguernane" alors que dans les villages de Beni Achir, Sidi El Arbi et Ouled Moussa, on parle de "kraâ kriaâ" mais le tout, en fait, convergeait, une fois par an, selon la mĂŞme source, vers "la distraction et le spectacle". Dans tous les foyers snoussis, en plus de la biscuiterie traditionnelle Ă base de farine et de semoule, comme "msemmen", "sfendj", "trid", "khringo", les femmes s’attellent Ă prĂ©parer des galettes piquĂ©es d’amandes et de noix pour accueillir cet Ă©vènement avec un grand enthousiasme, a ajoutĂ© l’auteur. Le spectacle commence dès la tombĂ©e de la nuit oĂą quelques personnes volontairement dĂ©guisĂ©es, dont obligatoirement une femme qui joue le rĂ´le de "l’biya" (lionne), font irruption, au rythme nourri du bendir, dans quelques maisons du village choisies au hasard. La lĂ©gende veut que la lionne dansant au rythme du bendir tombe brutalement et commence Ă crier, poussant ainsi Ayrad qui, sous le coup de la colère, commence Ă balayer tout sur son passage Ă l’exception de ses compagnons qui sont, en fait, ses lionceaux. La foule encore sous le choc du drame reste silencieuse attendant la trame de l’histoire. C’est Ă ce moment que Ayrad, Ă l’aide de son grand bâton avec lequel il frappe le sol pour dĂ©gager le terrain, prĂ©pare la piste de danse Ă la lionne. Se remettant sur pied, celle-ci reprend la danse. Au moment ou le chĹ“ur entonne, devant sa demeure, "Amoulay djerouane, dor ouaâkele" qui signifie, selon l’anthropologue, "patron des lionceaux, tourne et danse", la maĂ®tresse de la maison se prĂ©cipite vers la pièce oĂą sont stockĂ©es les vivres pour en ramener une poignĂ©e qu’elle versera dans un sac. Ainsi, le rituel se poursuivra de maison en maison, jusqu’Ă l’aube, heure ou prendra fin le carnaval. A l’issue de ces trois jours de fĂŞte, s’effectuera alors "la distribution, dans le plus grand secret, des vivres collectĂ©es au bĂ©nĂ©fice des nĂ©cessiteux et aux veuves sans ressources", a-t-il ajoutĂ©. Le spectacle prend fin par la lecture, sur la place centrale du village, de la Fatiha, oĂą tous les habitants prient Dieu de guĂ©rir les malades, enrichir les pauvres et offrir une saison agraire abondante, avant que la foule ne se disperse. Pour sa part, le rĂ©alisateur et homme de théâtre Ali Abdoune estime que Ayrad, en plus de son aspect social (solidaritĂ©), est "un pur théâtre traditionnel, de par toutes les composantes artistiques qu’il rassemble". "MĂŞme si Ayrad est une fĂŞte agraire Ă but essentiellement solidaire, il demeure un patrimoine culturel très riche qui interpelle la sensibilitĂ© de l’homme et rĂ©vèle ses dons artistiques, car les masques et les costumes sont conçus par des jeunes qui n’ont jamais suivi de formation acadĂ©mique", a-t-il expliquĂ©. Ce carnaval est un riche patrimoine qu’il faut impĂ©rativement sauvegarder et dĂ©velopper, s’accorde-t-on Ă dire Ă Beni Snouss.