La soirĂ©e de clĂ´ture du festival international de l’inchad, Ă Constantine, a Ă©tĂ© un vĂ©ritable ravissement musical et spirituel pour le public qui a pu accĂ©der, au théâtre de la ville qui s’est, une nouvelle fois, rĂ©vĂ©lĂ© trop exigu pour abriter de grandes manifestations.
Le "voyage", Ă©trennĂ© par la troupe du mounchid soudanais Charaf Eddine El Bady, qui a transportĂ©, jeudi soir, le public dans l’ambiance magique des rythmes africains, a Ă©tĂ© portĂ© au firmament de l’enchantement par le virtuose du luth irakien Naseer Shamma dont chaque passage Ă Constantine est en soi un Ă©vènement musical quasiment historique. La troupe soudanaise a donnĂ© une autre facette de la fabuleuse richesse du patrimoine musical arabo-musulman, oĂą l’on retrouve dans un dĂ©licieux mariage les rythmes envoĂ»tant de l’Afrique et les mĂ©lodies des maqamate arabes. Bien que la majoritĂ© des chansons Ă©taient interprĂ©tĂ©es en swahili, le public n’eut aucun problème pour "recevoir" cet inchad aux rythmes Ă la fois gais et lĂ©gers, souvent accompagnĂ©s de danses et oĂą le mystique n’exclut en rien la joie de vivre. Très emballĂ©, le public qui n’a pas cessĂ© tout le long du concert d’accompagner les artistes avec des claquements de mains, a saluĂ© la sortie de scène de la troupe par des cris de "one, two, three, viva l’AlgĂ©rie !" en souvenir du match de football historique d’Oum Dourmane qui a de toute Ă©vidence marquĂ© d’une pierre blanche les relations entre les deux peuples. Le magicien du luth arabe, Nasseer Shamma, a une fois de plus apportĂ© une merveilleuse surprise au public de Constantine oĂą ses fans sont de plus en plus nombreux. Il a rĂ©itĂ©rĂ© sur la scène du TRC une fusion musicale, similaire Ă celle qu’il avait rĂ©alisĂ©e de manière spontanĂ©e lors de son passage au mois de Ramadhan dernier, avec le grand virtuose indien de la Tabla, Amrat Hussain. Attendu, selon le programme, avec son orchestre d’Orient de quelque 70 membres, Shamma est finalement venu avec un orchestre plus lĂ©ger (7 Ă©lĂ©ments), mais avec une nouvelle expĂ©rience de fusion musicale plus systĂ©matique. Dans cette expĂ©rience prĂ©sentĂ©e sous cette forme pour la première fois Ă Constantine, Shamma a impliquĂ© des musiciens internationaux virtuoses dans leur spĂ©cialitĂ© qui sont venus avec des instruments peu connus Ă Constantine, comme la lyre et le bouzouki grecque, la Djouza irakienne ou encore une autre innovation du musicien amĂ©ricain Miles Jay qui a jouĂ© sur un instrument de sa propre invention, faisant fonction de basse et de contrebasse Ă la fois. Ross Daly, l’un des plus grands joueurs de lyre, un instrument très ancien du pays de Socrate dont le public dĂ©couvrait avec beaucoup de curiositĂ© la forme originale et le son, son compatriote Giorgos Manolakis sur le bouzouki, l’AmĂ©ricain Miles Jay, Alâa Al Majed, un grand musicien Irakien vivant en suède, Anouar Abou Dragh, sur la Djouza et par la voix, ont accompagnĂ© Nasseer Shamma qui a interprĂ©tĂ© des compositions rĂ©centes de son rĂ©pertoire et d’autres Ă©crites pour la circonstance, dont une composition dĂ©diĂ©e au grand mystique musulman Djallal Eddine Erroumi Ă©lu personnalitĂ© de l’annĂ©e en 2007, soit 800 ans après sa mort. Commentant le succès de sa prestation et le ravissement du public, Shamma a estimĂ© que cette expĂ©rience "d’association d’artistes internationaux" confirme sa conviction que le chant spirituel n’a pas de frontières et que l’inchad est un art qui requiert une grande culture.