Les chiffres officieux avancent 400 familles SDF dans les quatre communes du centre de la capitale. Ce chiffre est pourtant loin de refléter la réalité et sera certainement revu à la hausse dans les jours à venir.
De plus en plus nombreuses des familles SDF occupent les rues de la capitale sous le regard indiffĂ©rent ou accusateur des passants, cela sans parler de leurs conditions de vie prĂ©caires, notamment en hiver. Chaque famille a sa propre histoire : expulsĂ©es pour dĂ©faut de paiement de loyer, celles qui ont fuit le terrorisme et se sont retrouvĂ©es piĂ©gĂ©es par les lumières de la capitale, les femmes veuves ou divorcĂ©es avec enfants rejetĂ©es par leurs familles et qui finissent sur les trottoirs, les filles-mères, venues de lointaines wilayas ou villages perdues pour ne pas avoir Ă subir les foudres d’une sociĂ©tĂ© qui place son honneur, Ă´ paradoxe, dans ce sexe taxĂ© de faible... les histoires sont multiples, mais la misère est la mĂŞme pour toutes ces personnes en quĂŞte d’un endroit plus ou moins sĂ©curisĂ© surtout la nuit pour fuir les dangereux prĂ©dateurs qui prennent pour cible ces femmes et adolescents, assurĂ©s de l’impunitĂ©.
Causes multiples menant à une même misère...
« Je suis Ă la rue depuis mon divorce prononcĂ© voilĂ près de 4 ans maintenant. Mon mari a dĂ©cidĂ© de nous mettre Ă la porte du domicile conjugal moi et nos 3 enfants. Jusqu’Ă prĂ©sent la justice s’est rĂ©vĂ©lĂ© incapable de nous restituer nos droits. Je n’ai d’autre choix que de dormir avec mes enfants Ă la belle Ă©toile après avoir Ă©puisĂ© mes maigres la location de taudis », nous explique une mère abordĂ©e Ă Messonier Ă Alger-Centre. Son histoire peut ĂŞtre celle de centaines d’autres femmes hantant les rues de la capitale en compagnie de chĂ©rubins trop jeunes pour comprendre ce qui leur arrive et qui mĂŞme sont, peut-ĂŞtre, heureux de ne plus ĂŞtre obligĂ©s de se laver, de manger et dormir Ă heures fixes et de se retrouver sur un grand terrain de jeu, ignorant confusĂ©ment la detresse de leurs parents.
En effet nombreuses sont ces familles expulsĂ©s des toits qu’elles occupaient. Dans le cadre de l’Ă©radication des bidonvilles et des habitations prĂ©caires et en l’absence de la rĂ©gularisation de leurs situations administratives, plusieurs familles se retrouvent Ă la rue. « J’ai vĂ©cu plus de 37 ans dans un appartement Ă Alger-Centre et je me retrouve, depuis plusieurs mois, dehors avec mes enfants. Après le dĂ©cès du propriĂ©taire, ses hĂ©ritiers ont dĂ©cidĂ© de rĂ©silier le bail de location. Ils ont engagĂ© une action en justice pour me faire expulser. », nous explique amer un père de famille entourĂ© de sa petite famille Ă Alger-Centre.
Sauver les enfants des fleaux de la rue...
Pour mettre fin Ă la situation dramatique de ces centaines de familles, la wilaya d’Alger en collaboration avec les quatre communes du centre, Ă savoir Alger- Centre, Sidi M’Hamed, Mohamed-Belouizdad et El-Biar ont, selon les responsables de ces communes et une source de la wilaya d’Alger, entamĂ© une large opĂ©ration de recensement de ces familles sans domicile fixe. « Cette opĂ©ration devrait se clĂ´turer avant l’arrivĂ©e de l’hiver pour pouvoir apporter une solution dĂ©finitive qui mettra fin Ă la souffrance des enfants dont la place n’est certainement pas dans la rue », nous a affirmĂ© un responsable de la commune d’Alger-Centre qui nous avoue fournir beaucoup d’efforts pour mener Ă bien cette opĂ©ration le plus tĂ´t possible.
Alger-Centre tristement première en termes de SDF
Il faut savoir que les chiffres, non encore dĂ©finitifs, classent Alger-Centre Ă la triste première place en matière de familles SDF. « Une semaine seulement après le lancement de l’opĂ©ration quelque 200 familles ont Ă©tĂ© dĂ©jĂ recensĂ©es», nous affirme un responsable de la localitĂ©. Il est Ă noter que les chiffres officieux parlent de 400 familles SDF pour le moment dans les quatre communes citĂ©es plus haut, mais ce chiffre est selon l’avis mĂŞme des responsables bien loin de rĂ©flĂ©ter la rĂ©alitĂ© et sera certainement revu Ă la hausse dans les jours Ă venir. Il faut dire que les opĂ©rations de relogement des habitants des bidonvilles et des chalets, entamĂ©es en mars dernier, ont aggravĂ© la donne puisque des dizaines de familles sont actuellement sans toit Ă ChĂ©raga, Oued Koriche, Hydra, Bordj El-Kiffan, Bordj El-Bahri, RĂ©ghaĂŻa... et il y a fort Ă parier qu’Ă l’annonce de ce recensement, grâce au radio-trottoir, les quatre communes ne voient affluer ces familles en quĂŞte d’une prise en charge salutaire avant l’hiver. Les principales victimes de ces situations sont avant tout et principalement les enfants qui finissent par sombrer dans la dĂ©chĂ©ance la plus totale confrontĂ©e Ă une lĂ©gion de flĂ©aux. « Je suis un sinistrĂ© du dernier sĂ©isme, j’ai Ă©tĂ© relogĂ© dans un chalet Ă Bordj El-Kiffan. Lors du relogement d’avril dernier j’ai Ă©tĂ© catastrophĂ© d’apprendre que je ne figurais pas parmi les bĂ©nĂ©ficiaires au relogement et on m’a obligĂ©, par la force, Ă quitter le chalet. Je me retrouve avec ma femme et mes trois enfants Ă la rue sans mĂŞme pouvoir scolariser mes petits parce que et simplement je n’ai plus de lieu de rĂ©sidence», nous affirme M. Feroukh les larmes aux yeux. « Comment puis-je espèrer Ă©lever correctement mes enfants alors que nous n’avons plus que le ciel pour toit », s’interroge-t-il. Des dizaines de famille sont dans le cas de M. Feroukh et ont Ă©tĂ© forcĂ©es de quitter leurs misĂ©rables toits sous la matraque, eau chaude et bombes lacrymogènes. On se souvient tous de ce père de famille, habitant un bidonville Ă ChĂ©raga, et qui a tentĂ© au mois de juin dernier de mettre fin Ă ses jours en faisant exploser une bouteille de gaz pour ne pas perdre sa bicoque. Ces familles dĂ©racinĂ©es ne trouvent pas de mots pour qualifier leur malheur. Il est important de signaler que les opĂ©rations de recensement des familles sdf, qui touchent pour le moment les communes du centre de la capitale, ne prendront en considĂ©ration que les familles trouvĂ©es dehors lors du passage de la commission de recensement, ce qui pourrait exclure de nombreuses familles lesquelles pour conserver, un tant soit peu de dignitĂ©, ont prĂ©fĂ©rĂ© squatter chez des proches ou des amis le temps que leurs recours soient Ă©xaminĂ©s par les services concernĂ©s.