Face à la rude concurrence et à la prolifération des locaux commerciaux au niveau des quartiers et cités du chef-lieu de wilaya, des commerçants avisés se sont investis dans de nouveaux créneaux lucratifs.
Ils ont dĂ©libĂ©rĂ©ment changĂ© d’activitĂ© pour se lancer dans la vente de produits alimentaires indispensables Ă la maĂ®tresse de maison.
Dans un passĂ© rĂ©cent, la mère de famille veillait Ă la prĂ©paration et Ă la conservation de certaines recettes culinaires chères Ă nos ancĂŞtres. Pendant plusieurs jours, elles roulaient le couscous qu’ elles sĂ©chaient sur des draps exposĂ©s au soleil et qui sera mis dans des sacs en toile pour la consommation de toute la maisonnĂ©e durant une annĂ©e. Les mĂ©nagères d’antan s’Ă©chinaient Ă confectionner des dizaines de galettes fines qu’elles cuisaient sur un tadjine en argile et cela nĂ©cessitait une " touiza " pour les dĂ©couper avec les doigts et obtenir la fameuse " chakhchoukha " qui sera exposĂ©e quelques jours au soleil puis entreposĂ©e dans des sacs. PrĂ©venantes, les maĂ®tresses de maison confectionnaient la " trida " et la " naâma " qu’elles servaient lors des fĂŞtes religieuses, d’Ă©vènements heureux avec des morceaux de viande mouton ou de poulet.
Les choses ont changĂ© et c’ est la rançon du progrès puisque tous ces produits sont dĂ©sormais disponibles dans des boutiques spĂ©cialisĂ©es qui ne dĂ©semplissent pas. Lors de notre visite dans l’ une d’entre-elles, implantĂ©e rue Abderrahmane Tabbouche, il nous a Ă©tĂ© loisible de constater l’engouement autour des galettes-maison chaudes et croustillantes que s’ arrachent des clients aigris par le pain amĂ©liorĂ© des boulangeries. D’autre part, des dames achètent volontiers quelques kilogrammes de couscous, de trida, chakhchoukha et elles estiment que cette formule est plus pratique et moins fatiguante. Les traditions se perdent car le " bradge " Ă base de semoule au beurre fourrĂ©e de datte Ă©crasĂ©e, cuit sous forme de losanges sur un tadgine pour fĂŞter l’arrivĂ©e du printemps, et dont des gĂ©nĂ©rations conservent un souvenir d’enfance, commence Ă disparaĂ®tre de nos mĹ“urs. Cette pâtisserie traditionnelle est proposĂ©e dans ces magasins Ă raison de 400 Ă 500 dinars le kilogramme et il en est de mĂŞme pour le dĂ©licieux " rfis ", semoule grillĂ©e mĂ©langĂ©e Ă de la datte Ă©crasĂ©e et servie en losanges. DĂ©sormais, il suffit de passer une commande pour n’importe quel produit et le commerçant se fera un plaisir de vous satisfaire, l’essentiel est de dĂ©bourser quelques billets de banque. Beaucoup de mĂ©nagères sont devenues de fidèles clientes car les corvĂ©es d’antan sont oubliĂ©es et seules quelques rares familles prĂ©fèrent tout prĂ©parer Ă la maison, ce qui est une solution Ă©conomique .